Lou Jan est une voix singulière qui démontre que la richesse de la SF est infinie. Une fois encore, avec Un Corps d’avance, sa manière d’imaginer le futur surprend.
Ce qui étonne, de prime abord, c’est sa vision plus positive que la moyenne, loin du catastrophisme. Et si la technologie pouvait sauver le monde et nous sauver de nous-mêmes ?
La fin de la mort
Sans naïveté pour autant, simplement en imaginant un avenir davantage apaisé que notre présent, grâce aux innovations qui ont révolutionné la vie. Fini les maladies, la mort même n’existe plus. Il est possible de faire reset tous les 75 ans, de se « réincarner », en gardant toujours l’apparence et la force de ses 20 ans, et l’expérience de ses existences passées.
Un monde idéal ? À beaucoup de niveaux oui, mais rien n’est jamais parfait, les états d’âme demeurent. Qui est-on vraiment quand on doit à chaque fois se reconstruire une nouvelle vie ailleurs ? (c’est la condition sine qua non pour pouvoir revivre). Quand on touche l’immortalité du doigt, c’est un changement entier de paradigme.
Court, mais dense
Idées à la pelle, phrases à la hache, l’approche de l’autrice est originale autant dans la forme que dans le fond. Le roman est atypique, surprenant, touchant. Une écriture souvent poétique toujours tournée sur les émotions, des surprises de taille aux moments clés (l’écrivaine maîtrise bien son arc narratif), de belles pistes de réflexion, les bons ingrédients pour une lecture prenante.
Comme avec son excellent précédent roman, La Machine à aimer, l’amour est au centre du jeu. C’est bien devenu l’essentiel quand le monde devient plus doux, mais c’est aussi source de douleurs.
L’approche est cependant différente, moins d’action, davantage de passages introspectifs, mais toujours un rythme qui fait qu’on ne lâche pas l’affaire. Le roman est court, 220 pages, mais dense par ce qu’il partage.
Foi
Perturbant aussi, dans le bon sens, avec ces passages qui renvoient vers le moyen-âge, et l’obsession des personnages pour ce lointain passé. Incompréhensible au début, mais le lien se fait au fil des pages, de manière inattendue et bien sentie.
La foi de l’autrice en l’avenir est revigorante, sa conviction en l’humanité tout autant. Les (nombreux) doutes existentiels de ses personnages n’en ont que plus de force.
Comment exister quand on a toujours Un Corps d’avance ? Lou Jan marque les esprits avec son court, mais intense roman, une belle matière à réflexions, joliment divertissant. Avec un ton tout en nuances, qui s’éloigne de la noirceur totale, comme une bouffée d’oxygène.
Yvan Fauth
Sortie : 16 avril 2025
Éditeurs : Critic
Genre : anticipation / imaginaire
Prix : 19 €
4ème de couverture :
Ah, garder toute la vie l’apparence de ses 20 ans ! En 2320, c’est un rêve devenu réalité. Le traitement garantit même dix vies de bonne qualité, à la condition d’opérer un reset au bout de 75 ans pour repartir à zéro en coupant tous les liens avec son passé. Certes, on manque un peu de recul sur la technologie, mais personne ne s’en est encore plaint. Alors que Jinseï vit son premier reset, tiraillé entre un passé avec lequel il a interdiction de renouer et un présent où tout est à reconstruire, il découvre peu à peu les embûches et les limites de ce pacte aux relents faustiens.
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Catégories :Littérature

En tout cas, l’idée est originale !
tout comme le livre 😉
Chronique réussie une fois de plus et qui donne envie. Merci à toi pour le partage 🙏 😘
tu es trop gentille 😉
Je l’avais repéré dans ta liste des sorties d’avril et ta chronique confirme mon envie de le découvrir… merci à toi !
j’aime ta curiosité ! 🙂
😉
Je n’ai pas un corps d’avance, mais je vais essayer d’avoir un coup d’avance et le noter (et puis, le lire) 😉
Il n’y a qu’une seule Belette 😉
Oui, deux, ce serait un cauchemar pour tout le monde 😆
On se saurait plus où donner de la tête 😉
En effet ! Mes parents se suicideraient 😆 Ou m’assassineraient…
Vive la Sf positive 😉
Ça existe, un peu 😉
et heureusement