Je ne suis pas noir, pas pauvre,
Je ne suis pas une femme, pas homo,
Je suis dans la norme, putain de norme.
Je me réclame, depuis ado, de faire preuve d’empathie, je me fais fort de comprendre les autres, d’essayer de me mettre à leur place. C’est sans doute louable, mais ça ne suffit clairement pas.
J’utilise beaucoup le « je » pour démarrer ce retour de lecture, mais ce n’est pas le sujet, c’est un contexte. Et ça me permet de mettre en lumière cette expérience marquante vécue à travers le texte de Baptiste Beaulieu.
Tous les silences ne font pas le même bruit, joli titre, bien trouvé, parce qu’il est question d’en sortir. D’ailleurs, ce silence commence par un rire dès les premiers mots, qui met bien en perspective et aussi mal à l’aise. À raison.
À travers mes nombreuses lectures de romans noirs, je côtoie la misère et les injustices du monde, pour mieux les appréhender, mais avec la distance de la fiction. Avec le livre de Beaulieu, on est en prise directe. Le choc n’en est que plus rude. Et salvateur. Méthode écarteur de paupières.
Rien ne remplacera jamais un (bon) témoignage pour entendre et saisir la réalité, embrasser la douleur, toucher la condition. Apprendre à comprendre. Ce livre est essentiel, il permet de porter le juste regard, et surtout de concevoir réellement ce que c’est que de faire partie d’une minorité ou d’être une femme, de ne pas être un mâle alpha. L’auteur y parle d’homosexualité, mais aussi beaucoup des femmes.
Il faut lire ce texte pour vraiment passer de l’autre côté du miroir, celui dissimulé, dans ce que l’écrivain appelle une « dystopie permanente », de « vivre dans un monde à côté du monde ». Pour ne plus s’en cacher, vraiment saisir « la honte » imposée, démystifier aussi.
Ces mots sont une déclaration de l’Homme, le témoin humain, pas juste ceux d’un homosexuel. Oui, être humain vs inhumanité.
Un texte de douleurs, de solitude. Un cri de colère autant que de partage. S’il vous met dans l’inconfort, c’est déjà en partie gagné. Si vous en ressortez enrichi et changé, c’est l’essence même de ce que Beaulieu tente de dispenser (il n’est pas médecin pour rien).
Me concernant, il y a un avant et un après cette lecture. Ma seule ouverture d’esprit ne suffisait pas pour bien comprendre le quotidien de personnes en souffrance du fait du regard ou du comportement des autres.
Dans mon cercle très restreint, j’ai des amies proches qui sont un couple homo, mais ça ne suffit pas, on n’en parle pas. Ça nous semble naturel, mais pour autant on ne partage pas les difficultés qu’elles peuvent vivre du fait de leur amour (car il n’est bien question que de ça, d’amour).
Au fil des pages, j’ai pris des mandales dans la gueule, je suis entré en collision avec un univers que je ne cernais pas assez. C’est dur autant que salutaire. Positif aussi. Quand je clame que tout le monde doit lire ce livre, ce n’est pas juste une vue de l’esprit ou une posture, je le pense du fond du cœur.
L’auteur a eu le bon sens de ne pas parler que de sa situation, même si entrer dans son existence, son passé, sa construction, fait partie de l’apprentissage. Il s’appuie sur nombre d’expériences de vie très parlantes, poignantes, qu’il a croisées durant sa vie personnelle et celle de médecin. Loin de grandes théories fumeuses. Le meilleur moyen pour développer son empathie, sans jamais tomber dans le pathos.
Des personnes qui permettent de se projeter dans ce qu’est être gay (ou femme) aux différentes étapes de la vie. Je dois dire que, par exemple, je n’avais jamais réfléchi à la vieillesse d’un homosexuel et ce que ça implique, j’en sors chamboulé.
Le livre est éminemment politique, parce que ces situations le sont inévitablement. Il est un appel au respect de ses congénères, une règle de bon sens qui pourtant est loin de la réalité du quotidien.
Partage. Je dois remercier mon amie du blog Aude bouquine et ma compagne à m’avoir poussé à lire ce livre, alors que je ne lis habituellement que des fictions. Tout ce que j’ai ressenti va au-delà des mots (mais est partagé grâce à la puissance de ceux de Baptiste Beaulieu, qui fait résonner Tous les silences (qui) ne font pas le même bruit).
Je vous passe le flambeau, mais j’en garde une braise avec moi. À vous d’en faire le meilleur usage pour semer les bonnes graines.
Yvan Fauth
Sortie : 03 octobre 2024
Éditeur : L’Iconoclaste
Genre : Témoignage
Prix : 20,90 €
4ème de couverture
L’Histoire d’une différence.
Tu es un garçon de 8 ans. Un dimanche soir, en famille, tu regardes un film qui se moque d’un couple d’hommes. Qu’y a-t-il de si drôle ? Tu deviens un adolescent que l’on insulte : » Sale pédé ! » Tu contemples l’eau noire du canal du Midi, prêt à abandonner. Sur tes épaules, un sac à dos rempli de pierres et ton secret.
Te voilà jeune homme, tenant la main de ton amoureux au risque d’être tabassé, puis père à ton tour. Un médecin révolté, un écrivain qui ne peut plus se taire.
C’est l’histoire d’un homosexuel, aujourd’hui, en France. Son récit nous fait entrer dans sa peau et adopter son regard. Il raconte les préjugés, le harcèlement, la mise à l’écart et les silences qu’il doit affronter. Il y a l’homophobie qui nous révolte et celle que l’on ne soupçonne pas, logée en chacun de nous.
Un grand texte, bouleversant et universel.
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Catégories :Littérature

Je vous passe le flambeau mais j’en garde une braise avec moi.
Quelle fabuleuse manière de conclure cette si belle chronique. On a tous besoin de lire Baptiste Beaulieu, c’est une certitude. Merci d’avoir fait le pas de côté 😉
un immense merci sincère pour m’y avoir poussé !
Ne l’adore, lui !
Comme quoi, sortir des sentiers battus.. Ça ouvre le cœur. Merci à toi pour cette chronique magnifique ❤️
c’est exactement ça, tu as bien résumé !
J’imagine bien Domi et Aude te pousser à le lire. N’oublie pas que tu dois lire « la meute » 😉
Apparemment un beau texte que j’ai encore plus envie de découvrir. Merci, c’est chouette de s’ouvrir toujours plus et de le partager avec nous !
merci à toi pour suivre ces chemins de traverse ! Certains sont déstabilisés par mes choix et les changements dans mes lectures, j’aime voir que certains autres apprécient 😉
C’est ce qui fait la richesse selon moi !
On est en phase
très belle chronique avec beaucoup de coeur et de sincérité (c’est toujours le cas, mais là on te sent vraiment touché)… je le note, merci Yvan
je suis content que ça se sente 🙂
Je l’ai dans les mains ! Youpiiii
bonne lecture alors, pleine d’émotions
❤️ De la part de ma Maman et bravo qu’elle a dit
Tu la remercieras chaleureusement pour sa gentillesse et sa bienveillance !
C’est fait 🥰. Je ne vais plus la tenir. Ah ces gosses 😉
😁
🙃
Ok, garde une braise, nous, on va allumer le feu avec le reste 😆 Je note ce roman, pour me faire pardonner de te foutre Johnny dans la tête :p
Va allumer le feu, oui ! 😉
Tu veux que je te la chante ?? 😛
Superbe chronique ! Je n’ai encore jamais lu de romans de l’auteur, pourtant, beaucoup m’attirent. Peut-être que je sauterais le pas avec celui-ci !
Celui-ci je le présenterai en juin prochain pour le month price challenge ! 😉
super !
yesss