Sans un bruit – Paul Cleave

Un enfant disparaît. Il y a peu de sujets de thrillers à avoir été autant traités dans tous les sens. Et pourtant, Paul Cleave a décider de s’y frotter. Il fallait bien tout son (immense) talent pour que ce roman ne tombe pas dans l’ennui, et c’est réussi.

S’en est presque un exercice de style, tant cette intrigue est dans la pure tradition du thriller psychologique. Exit le Cleave habituel et son ton caustique empreint d’humour noir, loin aussi de toute violence physique durant une bonne partie du livre. Le challenge est bien de se plonger au plus près de la psychologie des personnages.

Emballements

Du père du gamin en particulier, puisque la narration est principalement à la première personne, sauf les chapitres concernant l’enquête. Au plus profond de son esprit et de ses tourments.

Les deux parents ont la particularité d’être auteurs de polars, à quatre mains. Ayant rencontré un joli succès, sans pour autant devenir des stars du genre. Le gamin, lui, s’avère être difficile, presque autiste. Pas facile à surveiller, donc, et il suffit de peu pour que les ingrédients d’une disparition tragique soient réunis.

C’est l’histoire d’un emballement, ou plutôt de plusieurs. Celui des médias, tout d’abord, prompts à jouer avec le feu et à attiser les flammes qui embrasent l’opinion publique.

Celle-ci, sorte d’hydre à têtes multiples, devient un élément difficilement contrôlable, face à des parents qui sont toujours les premiers soupçonnés.

Auteurs de polars et suspects

A tort ou à raison ? Cleave joue avec leur statut d’écrivains de polars, eu qui ont trop plaisanté par le passé sur le fait qu’ils étaient les plus à même de concevoir le crime parfait.

Du coup, la disparition est à la fois centrale et périphérique, selon les moments, selon les passages. Le roman est aussi l’occasion de parler des auteurs, de ce qu’ils ont en tête, de la manière dont ils sont perçus, et de ce monde singulier de l’édition.

Avec ce sujet clivant autour d’un enfant, on a le droit à un traitement Cleavant, mais un peu surprenant quand on connaît bien l’auteur. Il s’efface effectivement au profit de son intrigue, qu’il a pensée avec la plus grande minutie. Comme à son habitude, c’est prenant, impossible à lâcher, et les répercutions en cascade sont mûrement réfléchies.

Et certaines franchement dingues. Il y a toujours de grosses surprises dans une histoire de Paul Cleave.

Actes et conséquences. Des parents, des flics, des journalistes, des voisins. Les décisions, les coups de sang, ont tous des répercutions, parfois inattendues ; effet boule de neige.

Qui ment ?

Même si c’est le roman le moins original de l’écrivain néo-zélandais, sa maîtrise du sujet, des personnages et des actes en font un thriller qui tient formidablement bien la route. Sur près de 500 pages, ce qui n’est pas le moindre des exploits. Où il n’hésite pas à malmener ses protagonistes, pour fouiller ensuite avec brio dans leurs pensées, doutes, actes, stress, dépression…

Jusqu’à faire douter le lecteur. Qui ment ? Accuser un auteur de polar de tous les maux est-ce la vérité ?

Sans un bruit est un thriller qui ne renouvelle sans doute pas le genre, mais se révèle au final un modèle de maîtrise, de suspense et de tension.

Avec un Paul Cleave qui s’efface davantage derrière une intrigue psychologiquement fouillée, qu’il a pensé dans ses moindres détails, pour une lecture prenante et sans répit. A conseiller à tous les amateurs du genre.

Yvan Fauth

Sortie : 10 novembre 2022

Éditeur : Sonatine

Genre : thriller

Traduction : Fabrice Pointeau

4ème de couverture

Victime ou coupable ?

Auteurs de thrillers écrits à quatre mains, Cameron et Lisa Murdoch jouissent d’une confortable notoriété à Christchurch, où ils mènent une existence paisible et heureuse. Certes Zach, leur fils de sept ans, peut être difficile à vivre, mais Cameron et Lisa font face, s’arment de patience. Jusqu’au jour où Zach disparaît en pleine nuit. Fugue ? Enlèvement ? Les Murdoch sont bouleversés, prêts à tout pour retrouver leur fils. Mais lorsque les médias s’emparent de l’affaire, une vidéo fait surface : Cameron, visiblement excédé par une crise de Zach, emportant son fils sous son bras pour le jeter dans la voiture. Et le doute, lentement, s’insinue dans les esprits : après tout, qui mieux qu’un auteur de romans policiers peut commettre le crime parfait ?



Catégories :Littérature

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7 réponses

  1. Un de mes auteurs « chouchous « ,donc même (et surtout !)s’il est Cleavant, je prends!

  2. J’adore cet écrivain, contrairement à d’autres je ne m’en lasse pas. Et l’idée m’emballe également.

  3. Si c’est clivant et Cleavant, je prends je note, je vais braquer. J’attendais ton retour avec impatience. Merci à toi Yvan 🙏😘

  4. Je viens de le terminer : effectivement ça pulse !!! De bonnes surprises pour un sujet tellement traité qu’on se demande comment faire « original » sans se prendre les pieds dans le tapis.

  5. Je n’en ai lu qu’un dont l’écrit m’avait beaucoup plu, avec juste un bémol sur le manque de surprise. Je retenterais bien avec celui-ci !

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