Interview – 1 livre en 5 questions : Il faut beaucoup aimer les gens – Solène Bakowski

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

SOLENE BAKOWSKI

Titre : Il faut beaucoup aimer les gens

Sortie : 05 mai 2022

Editeur : Plon

Lien vers ma chronique du roman

Tu as voulu mettre en lumière ces personnes de l’ombre, qui vivent et meurent souvent dans l’indifférence. Mais ils ont aussi une vie, des émotions, des valeurs…

J’ai perdu mon père à 10 ans. Je me suis donc construite en interrogeant beaucoup cette notion. Que garde-t-on des gens après leur départ ? Pourquoi certains se gravent-ils plus que d’autres dans nos souvenirs ? Je suis arrivée à la conclusion que la postérité ne s’intéresse pas à ceux qui se contentent de donner du bonheur à leur entourage.

Être quelqu’un de bien, juste quelqu’un de bien, n’est pas assez marquant pour imprimer les mémoires. J’ai toujours été intriguée, outrée même, que dans les affaires criminelles, on s’intéresse de près au parcours du tueur alors que celui de la victime passe à l’as. Il y a quelque chose d’immoral là-dedans, de quasi indécent.

Il faut beaucoup aimer les gens, constitue, en fin de compte, une tentative de donner une voix à ceux qui vivent sans jamais crier trop fort.

Peux-tu nous raconter quel a été le déclic de cette histoire ?

Je me promenais aux abords de mon domicile quand j’ai aperçu une affiche, collée à un poteau près d’un banc, sur laquelle était écrit : « Ici est mort Joseph B. Si vous l’avez connu, merci de nous contacter ». Cette affiche avait été posée par le Collectif des morts de la rue.

Mon premier sentiment a été la culpabilité : quelqu’un était mort, seul, presque sous ma fenêtre. J’avais sans doute vu cet homme cent fois sans jamais le regarder. Mon indifférence, comme celle de tous les passants, me scandalisait.

En même temps, savoir que des gens étaient en train de chercher à restaurer la mémoire de cet homme m’émouvait beaucoup.

Finalement, cette affiche contenait tout le paradoxe de l’espèce humaine, où le pire côtoie souvent le meilleur. Il m’a semblé que je tenais là un sujet.

A travers ton histoire, tu tisses des liens entre des personnes qui n’avaient normalement pas de raison de se croiser…

Je crois à la magie. Je crois que la vie fait bien les choses. Je crois que nous ne sommes pas là par hasard et qu’il est finalement plus raisonnable de croire que nous sommes reliés les uns aux autres que d’imaginer que nous ne sommes que le fruit d’une gigantesque coïncidence.

Combien de gens croisons-nous sans jamais nous rendre compte que, d’une manière ou d’une autre, ils vont changer notre existence ? J’avais à cœur de raconter une histoire qui illustre ça.

Le ton est doux-amer, il se veux positif mais lucide…

Au moment de commencer l’écriture de ce roman, je me suis donné un défi : comment, à partir d’une situation terrifiante, tendre vers la lumière ? Je voulais partir de la mort pour écrire la vie.

Je crois que ce roman est à l’image de l’existence dans ce qu’elle contient à la fois de tragique et de merveilleux.

Si une phrase devait résumer l’idée du roman, ce serait celle de Jean d’Ormesson : « Merci pour les roses, merci pour les épines. »

Crois-tu que c’est encore plus difficile d’aimer les gens actuellement, dans une société en tension ?

Non, je ne le crois pas comme je ne suis pas certaine que la société actuelle soit plus en tension que les précédentes. Si l’histoire nous montre que nous n’avons pas appris grand-chose, elle nous montre aussi que nos aïeux n’ont pas toujours été davantage à la hauteur. Il y aura toujours des héros et des salauds, et, au milieu de ces deux petites îles, l’océan des entre-deux, celui auquel je pense appartenir, les ni-ni, ni trop pourris, ni trop courageux, ni trop gentils, ni trop méchants, les faillibles, les gens à trous.

Aimer, c’est une démarche, un choix. Il faut aimer pour aimer, sans rien attendre en retour, ce qui nous met à l’abri des déceptions. Surtout, il faut aimer pour soi : aimer les gens, c’est se rendre la vie plus douce. En dépit des apparences, c’est un cheminement plutôt égoïste.



Catégories :Interviews littéraires

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6 réponses

  1. Merci, Yvan, de donner ce bel éclairage à ce titre qui, je l’avoue, me laissait perplexe. Voilà, maintenant j’ai envie de m’y mettre !

  2. J’ai terminé le roman ce week-end ❤️

  3. Je ne sais comment faut Solène pour mettre de la couleur dans les choses les plus sombres. Merci pour ce bel échange encore une fois. 🙏😘

  4. C’est exactement ça, Solène met de la lumière partout où il fait normalement noir !

Rétroliens

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