Interview – 1 livre en 5 questions : Pasakukoo – Roy Braverman

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

ROY BRAVERMAN

Titre : Pasakukoo

Editeur : Hugo (poche)

Sortie : 03 juin 2021

Lien vers ma chronique du roman

Roy Braverman, l’explorateur du Noir. Autre livre, autre style…

Oui, c’est un des grands plaisirs que j’ai à écrire pour Hugo Thriller sous la direction de Bertrand Pirel. Le principe même de notre collaboration, c’est de répondre à des défis d’écriture à chaque fois différents. Dans la première trilogie, le défi était d’adopter un style d’écriture à l’américaine en fonction de chaque situation de l’intrigue : Hard Boiled pour Hunter qui se déroule dans les Appalaches, Nature writing pour Crow en Alaska, et écriture à la sudiste pour Freeman en Louisiane.

Le pari a été ensuite de passer avec Manhattan Sunset à un polar urbain, et Pasakukoo est presque un roman de commande pour Bertrand qui voulait un « polar d’été », allant jusqu’à sortir directement en format poche pour l’occasion, ce qui supposait à la fois un changement d’ambiance, d’écriture et de construction. C’est très gratifiant pour un auteur de travailler avec un éditeur qui ne cherche pas à l’enfermer dans un seul et même style. Je considère d’ailleurs certains de ces titres comme mes meilleurs

L’intrigue est surprenante, faite de déviations, voire sorties de route…

C’est dû à la fois à la demande de Bertrand Pirel et à ma façon d’écrire sans plan. Pour répondre au défi d’écriture, j’ai posé une scène de départ très différente de celles de mes précédents romans. Ce n’est pas le restaurant fracassé au bulldozer de Hunter, le carnage du parc aquatique de Crow, le cambriolage pendant l’ouragan de Freeman. Ces trois scènes construites, point de départ de mon improvisation, étaient toutes des scènes d’action. Pour une atmosphère différente, j’ai commencé Manhattan Sunset avec non plus une scène d’action, mais une scène d’enquête, ce qui posait déjà mes personnages de façon différente.

Dans Pasakukoo, j’apporte deux notions fondamentalement différentes : d’une part je commence par poser quatre des personnages principaux, Dempsey, Akerman, Matthew et Esther avant même la scène de crime, et d’autre part je ne décris pas le crime en début de roman, mais je pose au contraire une atmosphère très apaisée avec juste un corps qui flotte au milieu d’un décor magnifique. Alors l’improvisation qui en découle est forcément très différente de celle de mes précédents romans dans l’ambiance et le style, mais ça reste une improvisation qui produit donc les mêmes surprises, déviations et sorties de route comme tu le dis, même si je m’applique à essayer de tout maîtriser. Disons que j’essaye d’éviter les sorties de route en contrôlant les dérapages inattendus de mon histoire.

C’est un vrai thriller, mais comme souvent ce sont les personnages qui sont au centre de ton histoire…

L’intrigue est toujours secondaire aux personnages. Elle est à leur service et pas le contraire. Je peux lire des romans à l’intrigue faible si les personnages sont forts, mais pas le contraire. Pour moi la hiérarchie est la suivante : d’abord l’environnement qui détermine le comportement des personnages, ensuite les personnages qui subissent ou résistent à ce déterminisme, et ensuite l’intrigue. J’ai bien conscience que ce n’est pas vraiment la recette du best-seller, mais c’est la façon dont j’aime écrire.

Comme rien n’est écrit d’avance, tout peut arriver à mes personnages. Je peux les tuer sans m’y attendre, les abandonner en cours de route, les faire basculer dans l’ombre ou la lumière. L’essentiel est qu’ils me surprennent. L’avantage d’un tel système, c’est qu’il m’oblige à tous les construire de façon dense et solide, même s’ils n’ont finalement que quelques pages à vivre. J’espère qu’aux yeux des lecteurs, mes personnages soient un des points forts de mon écriture, parce que je m’emploie vraiment à en faire le moteur de mes histoires.

Voilà un vrai divertissement, on sent que tu t’es amusé à l’écrire…

D’abord, en règle générale, je m’amuse toujours à écrire. Entre Albin Michel et Hugo, et très bientôt les éditions Paulsen, j’ai la chance de pouvoir écrire ce que je veux. L’écriture a toujours fait partie de ma vie. J’ai écrit mes cent premières pages romancées à 15 ans, âge auquel je gagnais déjà (un tout petit peu) ma vie en signant une chronique locale hebdomadaire dans un journal régional. Par la suite, tous les métiers que j’ai exercés tournaient peu ou prou autour de l’écriture. Écrire est dans ma nature. De plus, comme je l’ai déjà expliqué, le succès me vient dès mon premier roman, Yeruldelgger, à 65 ans. L’avantage c’est qu’à cet âge on ne construit ni une œuvre ni une carrière, et qu’on ne garde du métier d’écrivain (parce que c’est un métier) que le bon côté.

Le même succès que Yeruldelgger à 50 ans m’aurait angoissé (même si ce n’est pas vraiment dans ma nature) : il aurait fallu, matériellement, espérer garder le même succès jusqu’à la retraite, choisir entre ce métier aléatoire et celui qui assure le bien-être de ma famille, ou cumuler les deux, décider de garder toujours la même recette du livre qui a marché ou prendre le risque de tenter des choses… Grâce à mon grand âge, j’échappe à tous ces questionnements et je peux considérer l’écriture non pas comme un divertissement, mais comme un métier divertissant. Et tant mieux si cela se sent dans mes romans…

Tu as aussi joliment joué avec la narration, avec ces accroches à chaque début de chapitre…

Cela fait partie des choses « techniques » que j’aime tester dans l’écriture. Longtemps ma signature a été, dans les romans publiés par Albin Michel, de mettre en titre de chapitre la dernière phrase du chapitre ce qui, pour le lecteur, créait un effet inattendu dès le début de lecture, et me forçait à trouver une dernière phrase pertinente qui puisse servir à la fois de titre et de chute. Dans Mato Grosso, j’ai opté pour la construction d’un livre dans un livre en jouant à la fois sur le ton, le temps et la personne. Dans Manhattan Sunset, je me suis donné comme défi technique de faire parler un fantôme dont je fais un des personnages principaux.

Dans Pasakukoo, comme le roman mettait en scène des écrivains, j’ai choisi cette voix off qui introduit chaque chapitre en prenant bien soin de ne pas en faire une simple accroche. C’est d’abord le point de vue d’un personnage qui ne dit pas son nom mais annonce au lecteur qu’il va bientôt mourir. Mais ce n’est pas juste un artifice technique pour introduire le chapitre, c’est une courte réflexion pour créer une atmosphère par exemple, mais surtout pour établir avec le lecteur une complicité supplémentaire entre les personnages et l’auteur du roman, voire l’éditeur. Un petit jeu d’écriture supplémentaire pour apporter un supplément d’âme au roman.



Catégories :Interviews littéraires

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9 réponses

  1. En ce qui concerne les atmosphères c’est ce qui m’avait totalement subjuguée dans la trilogie « Hunter, Crow, Freeman »,ainsi que justement cette écriture différente à chaque fois. Il me reste à lire tous les autres…

  2. Comme le lapin d’Alice, je suis en retard dans mes lectures des derniers titres de Manook !! Je dois lire Manhattan Sunse, Pasakukoo et les lumières bleues ! Ok, j’arrête de causer et je me mets au travail 😉

    Merci pour cet interview qui nous éclaire un peu plus sur l’auteur !

  3. Un régal à chaque fois sans oublier L’oiseau bleu d Erzeroum

  4. Passionnant ! En ce moment je suis plongée dans Heimaey. Et cette interview éclaire ma lecture. Je prends conscience de certaines choses que je n’avais pas perçues consciemment. La hiérarchisation personnages /intrigue, par exemple. 🙂

Rétroliens

  1. Pasakukoo - Roy Braverman - EmOtionS - Blog littéraire

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