Interview – 1 livre en 5 questions : Fatal baby – Nicolas Jaillet

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

NICOLAS JAILLET

Titre : Fatal baby

Editeur : La manufacture de livres

Sortie : 03 juin 2021

Lien vers ma chronique du roman

Julie 2.0. Une suite, mais un roman qui se suffit aussi à lui-même…

Merci de dire ça. J’y tiens beaucoup. La série est devenue le principal produit culturel ; on en bouffe tous des tonnes (moi le premier). C’est notre premier sujet de conversation, on est sous son influence. C’est la raison pour laquelle il faut à tout prix écrire des livres qui ne sont pas des séries. Et qui n’aspirent pas à en devenir. Et puis, il y a quelque chose qui me gêne dans les suites. Quand je lis une BD en deux tomes, j’ai l’impression de me faire avoir. Je me dis : « pourquoi l’auteur n’a pas fait un seul album deux fois plus long ? » La question, elle est vite répondue : c’est pour te faire acheter deux albums. Ceci dit, je suis très sensible au charme de la mention « À suivre » qui est un emblème de la littérature de genre. Mais je n’ai jamais eu l’intention de faire un feuilleton.

Dans Fatal Baby, on retrouve en effet Julie, l’héroïne de Mauvaise Graine. Elle n’est plus tout à fait la même, parce que sa situation a évolué, mais surtout, elle est confrontée à un autre problème, et le livre raconte autre chose que Mauvaise Graine. En fait, je voulais, dès le début, parler de notre rapport à l’enfance. Devenir père est une expérience qui m’a profondément changé. C’est assez violent, comme nos enfants nous transforment. Je voulais parler de ça, et je me suis aperçu en terminant Mauvaise Graine que j’avais commencé trop en amont, puisqu’il s’agit de porter un enfant ; une expérience dont je sais que je ne la vivrai jamais et qui, forcément, me fascine. Je me suis un peu laissé emporté, et finalement, je n’ai pas commencé d’aborder les thèmes qui sont ceux de Fatal Baby.

En résumé, ce sont deux histoires qui se suivent chronologiquement, mais qu’on peut parfaitement lire dans le désordre. On peut n’en lire qu’un seul, voire ni l’un ni l’autre, même si ça me chagrine. Surtout, ce que je voulais faire, c’était deux livres qui se répondent, qui contiennent chacun une part de mystère explicité dans son autre partie.

C’est un roman de genre(s), un mélange détonnant…

Oui, j’aime bien emprunter certains attributs du roman de genre, mais pas forcément tous. Quand j’étais petit, j’étais très fan de Patrick Cauvain. Un auteur qui, j’espère, restera. Il faisait de vrais romans sentimentaux. Flaubert aurait détesté ça. En respectant toutes les règles du genre, sauf une. Par exemple, un homme et une femme vivent une grande histoire d’amour mais, contrairement à ce qu’on lit d’habitude dans ce genre de livres, ils sont par exemple, moches. Je trouve ça beaucoup plus subversif que Manchette, qui était un génie, mais dont on ne peut dire que, politiquement, il avançait masqué. J’essaye de faire comme Cauvain.

En fait, Julie, c’est James Bond. Elle a un peu le même rapport à la sexualité, elle est en mouvement permanent, et elle accomplit des exploits à la limite du plausible (c’est un euphémisme). La différence, c’est qu’elle ne danse pas le tango en robe de soie dans des palaces. C’est une James Bond féminine, issue de la classe moyenne. Mais tu sais, je pense que le roman populaire est beaucoup moins figé qu’on le pense. Certes, il y a des codes, mais qui évoluent en permanence. Et il suffit d’y injecter de petits morceaux de vraie condition humaine dedans, pour produire, comme tu dis, une détonation.

Dans notre interview sur le précédent livre, tu me disais : « La seule chose qui m’intéresse vraiment, cest l’émotion ». Je crois que cest encore plus vrai pour ce roman-là, avec le lien maternel qui tient à bout de bras cette histoire...

Ça me rassure beaucoup, ce que tu dis là, merci. Parce que l’enfance n’est pas un sujet avec lequel on peut faire le mariole.

Je suis très attaché à l’humour, mais il ne faut pas que l’humour soit prétexte à ricanement ; ce n’est pas un détachement, c’est au contraire, à mon avis, un forme supérieure de la compassion.

Il est aussi question dhistoires de rencontres, sauf quelles ne peuvent être qu’éphémères…

Oui. Parce que Julie est une fugitive. Si elle s’arrête, elle meurt. Par conséquent, si elle s’attache, elle meurt. Et là, je m’en suis rendu compte après coup, mais je me suis finalement beaucoup inspiré de ma période « théâtre forain ». On jouait partout, sur les places de village, et on vivait en caravane. On m’a souvent incité à utiliser cette matière, pour en faire un récit. Mais c’est très difficile, parce que ce que j’en ai retenu, c’est surtout que les gens, en fait, sont vachement sympa, vachement accueillants. Alors, il n’y a pas de drame. C’est très difficile d’écrire sur le bonheur, la générosité.

Mais là, comme le drame est pris en charge par cet affreux complexe militaro-pharmaceutique, je pouvais me lâcher sur mon côté bisounours. J’ai l’impression que ça marche. J’ai voulu traduire cette sensation, quand on est en tournée, et qu’on passe de bonheur en bonheur, de gens merveilleux en autres gens merveilleux, mais que, sans cesse, il faut quitter, toujours. Parce que, si tu aimes, comme dit le poète, il faut partir. L’errance est une joie… et un crève-cœur permanent. Et c’est aussi une petite entorse au genre, parce que James Bond n’a pas de potes. Des gens l’aident, éventuellement, meurent pour lui, mais il n’en a rien à foutre. Dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça.

Tu sais que tu ne peux pas t’arrêter en si bon chemin, hein!

Non, je sens bien que c’est un personnage qui va me hanter encore. Je vais essayer de faire une pause ; je travaille à un roman court, intimiste, histoire de me renouveler un peu. Mais je n’en ai pas fini avec Julie, c’est sûr. Et elle n’est pas au bout de ses peines…



Catégories :Interviews littéraires

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