Interview – 1 livre en 5 questions : A vif – René Manzor

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

RENE MANZOR

Titre : A vif

Editeur : Calmann-Lévy

Sortie : 17 mars 2021

Lien vers ma chronique du roman

Après un roman aussi particulier que « Apocryphe », était-ce une volonté de départ de revenir vers une histoire plus classique, ou rien n’est jamais réfléchi à l’avance ?

Pour moi, créer, c’est faire quelque chose de neuf. J’ai donc besoin de changer de terrain de jeu, de film en film, ou de roman en roman. Après avoir tenté de faire frissonner le lecteur dans la Palestine du 1er siècle, j’ai voulu le ramener au 21e et j’ai choisi la France pour cela. Le décor principal de À Vif est une petite commune médiévale d’Occitanie sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Comparée à Toulouse où résident les enquêteurs, elle apparaît comme une sorte de purgatoire rural. Un village souillé, deux ans auparavant, par une série d’immolations qui ont emporté quatre de ses plus jeunes filles. Un mélange de mystère et d’émotions allié à un univers visuel fort.

On est donc dans un vrai polar, une vraie enquête qui ne ménage ni ses victimes, ni ses enquêteurs…

Dans ce roman, j’ai voulu prendre le temps de faire éprouver à la fois sympathie et suspicion pour les personnages rencontrés. Chacun semble avoir un secret inavouable que l’enquête va mettre à jour. D’où cette impression de paranoïa permanente qui semble écraser les habitants. L’intrigue est structurée sur deux lignes narratives parallèles. Celle de l’affaire proprement dite, tandis que les deux enquêteurs cherchent à appréhender le coupable et celle des proches des victimes auxquels on s’identifie forcément, étant donné le calvaire qu’ils endurent. Le lecteur assiste aux conséquences des crimes sur leur vie quotidienne, tiraillés qu’ils sont entre la culpabilité de ne pas avoir su protéger leur enfant et leur soif de vengeance. Et l’on ne peut s’empêcher de se demander comment on réagirait à leur place.

Comme pour les tremblements de terre, les répliques du drame sont souvent plus meurtrières que le drame lui-même. Des secrets sont mis à jour que l’on aurait préféré ne jamais voir divulgués. Quand on creuse le présent, il arrive souvent de trouver les ruines du passé.

Ton duo improbable de flics est assez épatant, surtout leurs échanges et leurs dialogues qui sont vraiment vifs…

Ils sont aux antipodes l’un de l’autre. Novak Marrec est un personnage sombre qui ne sait pas ce que « vie personnelle » veut dire car son instabilité émotionnelle l’empêche d’en construire une. Ses seuls moments de partage avec les autres n’existent qu’auprès des patients de l’hôpital psychiatrique où il réside de son plein gré. Le contraste avec la normalité de Julie Fraysse, la capitaine du SRPJ de Toulouse chargée de l’enquête, permet au lecteur d’avoir un personnage référent, un point d’ancrage dans le roman. Elle est une mère de famille, séparée de son mari, qui élève seule ses deux garçons. Les deux capitaines vont être contraints de travailler ensemble, de se confronter sur le plan professionnel, bien sûr, mais aussi immanquablement sur le plan personnel.

L’aspect psychiatrique, très présent dans l’histoire, est-il un domaine qui te fascine ?

Certainement, en raison du mystère que représentent les troubles mentaux. Les patients qui en sont atteints sont des énigmes ambulantes. La psychiatrie comme source de thrillers est un domaine que je n’avais exploré jusqu’ici qu’au cinéma en 2002 dans Dédales, avec Sylvie Testud et Lambert Wilson. Pour À Vif, j’ai eu envie de plonger ma plume dans un syndrome peu connu : le trouble obsessionnel délirant, une affection se caractérisant par la présence dans l’esprit du malade de fausses certitudes fermement ancrées qui l’amènent à ne plus faire la différence entre la réalité et ce qu’il imagine. Je me suis dit que cela représenterait un terrible handicap pour un enquêteur. Comment faire confiance à ses intuitions quand votre propre esprit joue contre vous ?

Je verrais vraiment bien cette histoire adaptée à l’écran, y as-tu pensé ?

On me pose souvent cette question, sans doute parce que je pratique les deux disciplines. Mais, quand j’écris des romans, ce ne sont pas des films en devenir. Ce sont des histoires à part entière. C’est au lecteur qu’appartient le privilège de les visualiser, grâce à ce merveilleux outil qu’est l’imagination.



Catégories :Interviews littéraires

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5 réponses

  1. Toujours passionnant René !

  2. Encore un livre à déguster avec envie

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