Interview – 1 livre en 5 questions : Seul avec la nuit – Christian Blanchard

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous plonger dans ces sujets particulièrement difficiles…

Je ne me suis pas réveillé un matin avec la révélation : j’ai trouvé le sujet de mon prochain livre. Cette fois, la maturation a été plus longue. D’abord, je voulais traiter d’un sujet du moment, ce qui n’est pas toujours le cas dans mes romans. Je venais de terminer la lecture du dernier livre de Karine Giebel « Toutes blessent, la dernière tue » et je trouvais qu’elle avait admirablement travaillé un sujet peu exploité et pourtant d’actualité : l’esclavage moderne. Quel sujet pouvait être aussi fort que celui-ci ? De façon naturelle, je me suis tourné vers les migrants. Thème particulièrement clivant. J’ai donc fait des recherches sur le Net en faisant évoluer au fur et à mesure les mots-clés. En étirant les fils de la pelote, j’ai cerné ce qui soulevait en moi le plus d’émotion. Je ne peux pas en dire plus sans dévoiler les trames du livre mais par honnêteté intellectuelle, je cite mes sources à la fin du livre dans un chapitre intitulé « notes de l’auteur », ce qui a eu, involontairement, pour effet de rendre l’histoire (les histoires) plus forte(s) encore, puisque puisée(s) dans la réalité.

J’ai été d’emblée interpellé par les jeunes migrants et leurs faux espoirs de découvrir l’Eldorado. S’ensuivent les trafics en tout genre… Stop ! La suite dans « Seul avec la nuit ».

Autre point : l’un des acteurs principaux de mes derniers romans était un lieu singulier. Une cellule d’isolement pour « Iboga », un chalutier pour « La mer qui prend l’homme ». Impossible de déroger à cette règle implicite. Dans « Seul avec la nuit » c’est un wagon (non ! une voiture de passagers). Mais comme ce roman est noir, évidemment cette voiture associée à une très vieille locomotive diesel va partir à la casse… et elle ne sera pas vide.

Pour vous, le roman noir a clairement une dimension sociale…

C’est la définition que je donne au roman noir. Je ne fais pas de policier et rarement du thriller. Les limites sont souvent ténues entre ces genres, mais je me revendique vraiment comme auteur de roman noir. La dimension sociale est omniprésente parce que c’est tout simplement la vie. Des livres peuvent apporter du rêve, transporter les lecteurs dans un monde virtuel, inventé, fantastique… Moi, je tente de me plonger (et d’emmener mes lecteurs si possible) dans le monde qui nous entoure. On peut croiser à un carrefour des enfants comme Sayid et Diarra. Chacun de nous peut être confronté à l’une des questions du livre : « Que sommes-nous prêts à sacrifier pour sauver nos proches ? ».

Quant à la dimension « politique » incluse dans la dimension « sociale », je l’aborde de façon indirecte. Je ne suis pas un donneur de leçons ni un auteur engagé dans des causes à défendre. Sauf que le lecteur, confronté à une certaine réalité, peut s’approprier les sujets abordés et s’interroger sur ses propres convictions. Je suis avant tout un « raconteur d’histoires » enserré dans le monde actuel.

Le roman est sombre, mais éclairé par de lumineux personnages…

Avant l’écriture, il m’a semblé nécessaire de tempérer la dureté du sujet par une forme d’empathie ou de modération. D’où le rôle important de Némo et de Muette. Surtout de Némo, ce vieil homme qui, malgré son caractère bourru, déborde de tendresse. Mais lui aussi a un lourd passé qu’il traîne comme un boulet derrière lui.

Puis arrive la magie de l’écriture. Je ne domine pas tout lorsque j’écris. Heureusement. Je me laisse porter par les personnages et certains évoluent au fur et à mesure de l’histoire. Sayid et Diarra sont des enfants proches de l’adolescence. Malgré ce qu’ils vivent, ils ont de temps en temps des réactions de gosses avec un peu d’humour. J’espère que les lecteurs auront, par-ci, par-là, le sourire.

Mais le côté lumineux vient aussi du combat que mes personnages mènent, chacun avec leur passé et leur projet. Je ne pense pas être manichéen et je cherche à nuancer la psychologie des acteurs du livre.

Se sacrifier pour sauver d’autres vies peut être aussi un acte étincelant. Encore une fois, j’espère avoir atteint mon objectif.

Les premiers retours de lecteurs sont unanimes sur le fait que ce livre est dur, prenant et interpelle sur la nature humaine. Il paraît qu’on ne le lâche plus après l’avoir commencé. Mais le commentaire qui à mon sens, résume parfaitement le livre vient d’une lectrice qui a pleuré en le lisant : Ce roman est une merveille d’humanisme sous l’inhumanité.

On peut dire que chaque personnage est arrivé au bout du chemin, d’un chemin…

Presque. Pour la plupart oui. Certains ont un chemin tracé dès le départ et n’en sortiront pas. D’autres auraient souhaité prendre d’autres routes mais les circonstances, ou leurs choix, les ont amenés ailleurs. Ce n’est pas toujours calculé. Une grande partie de l’histoire se construit au fur et à mesure et j’oblige parfois les acteurs à prendre une direction plutôt qu’une autre.

Mais à la toute fin du récit, une éclaircie se produit. Le chemin va continuer pour certains personnages. La route n’est pas terminée. Aux lecteurs d’imaginer la suite de leur parcours. Est-ce une pointe d’espoir ? Pas certain en fait. Mais la vie, leur vie, est ainsi faite.

Une anecdote. Mon éditrice aurait souhaité que j’aille plus loin. J’ai refusé et la fin est donc celle que j’ai désirée. Selon les retours des lecteurs, je verrais si j’ai eu raison ou non de m’entêter. À suivre.

La construction du récit est audacieuse, avec une originale alternance de points de vue qui vont au final s’entrechoquer…

Le récit s’écoule sur une année et est découpé en quatre saisons. À chacune d’elles correspondent une histoire et des personnages. Ce qui est développé en hiver est écrit à la première personne et au présent. Dès le départ, on sent que la fin va se dérouler au bout de l’hiver. Des histoires a priori distinctes se réuniront en grande partie à ce moment.

La fin de l’hiver est triste. Les jours sont les plus courts et les nuits les plus longues. Épilogue noir ? Sauf qu’après, arrive le printemps. Une note d’espoir, peut-être ? Un nouveau cycle recommence.



Catégories :Interviews littéraires

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2 réponses

  1. Un roman qui semble plein de questions!

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  2. Oh, le commandant Cousteau !!! Ça me rappelle une mauvaise blague mais je ne la dirai pas, des enfants nous lisent peut-être !

    Je dois encore lire son précédent, celui après Iboga… je suis en retard !

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