Recueil de nouvelles : Ecouter le noir – Vu par les auteurs – 2ème partie

Le 16 mai 2019, est sorti un recueil de nouvelles noires aux Éditions Belfond, regroupant 13 grands noms du genre.

13 écrivains qui m’ont accompagné dans cette belle aventure humaine que j’ai mené avec passion en tant que Directeur d’Ouvrage.

11 nouvelles autour d’un même thème. Ils ont joué avec les différentes définitions du mot « audition ».

Quoi de mieux pour en parler que de donner la parole aux auteurs du recueil !

Voici donc leurs mots quand je leur ai demandé comment ils appréhendent l’art de la nouvelle et comment ils ont voulu jouer avec le thème imposé.

Lien vers la première partie, avec Nicolas Lebel, Sophie Loubière, Laurent Scalese

R.J. ELLORY

Une nouvelle demande une approche très différente. Un roman c’est facile. Vous avez 300 ou 400 pages pour raconter une histoire. Mais une nouvelle c’est une vignette, un moment, une fenêtre dans la réalité, elle doit avoir un début, un milieu et une fin.

Une nouvelle c’est comme un poème – elle doit partager de l’émotion, des personnages, avec un vrai sens du temps et de l’espace, et il ne doit jamais y en avoir plus que nécessaire. C’est un bon exercice, et vous devez toujours vous souvenir qu’un sentiment de déception ou d’insatisfaction à la fin d’une nouvelle est le pire des crimes pour un écrivain. C’est comme le sexe sans orgasme.

Concernant le sujet de ce recueil, c’était un challenge différent. Il est question de perception. Il est question d’une limitation, d’un obstacle à la capacité d’une personne à faire totalement l’expérience de la vie.

Mais une telle chose ne peut pas être traitée de manière condescendante, car un sens humain est très puissant, et quand quelqu’un perd un degré d’un sens, il en gagne un autre. 

Néanmoins, pour moi, il fallait qu’elle raconte l’histoire de personnes.  Le texte devait parler de la vie, de l’amour et de la perte.  Il me fallait l’écrire de manière à encourager une perception de ce qui se passait, mais pour que cette perception soit renversée à la fin.  C’est pour moi le vrai plaisir d’un exercice aussi court : faire croire au lecteur qu’une chose se passe, gagner sa confiance, puis le retourner complètement à la toute fin.

JÉRÔME CAMUT et NATHALIE HUG

Le CamHug va parler à la première personne, ce sera plus simple, et en plus on pourra le taxer de mégalomane (rappelons que les initiales de la part masculine du CamHug rappellent invariablement celles d’un certain empereur romain), ce qui sera abusif mais participera à sa légende —

L’art de la nouvelle dîtes-vous ? Mais ce n’est pas un art, c’est bien pire que ça. Pour le romancier, la nouvelle est une épine dans le pied. Pour celui qui est habitué à développer une histoire sur un minimum de quatre cents pages, réduire, résumer sa pensée, la contraindre, l’enfermer dans la petite boîte à nouvelles relève du traumatisme absolu. Il tremble d’avoir utilisé l’idée du siècle pour un si petit format (Notez bien que Stephen King s’y est essayé avec le succès que nous connaissons tous avec, entre autre, Stand by me et The Shawshank redemption), il craint de se briser les os parce que l’accès à la boite est très étroit !

La nouvelle ? Un enfer ! Si, si, et en plus un enfer pavé d’intentions louables en général. Comme pour toute histoire, la nouvelle exige un début, un milieu et une fin. J’insiste sur le mot FIN avec tout le poids du CamHug, car c’est à cet endroit que la torture infligée par la nouvelle se concentre. Une idée forte (et pas deux) et une fin réussie….

L’enfer, je vous dis !

Il y avait une deuxième partie à la question ? Ah oui ? Comment le CamHug a joué avec le thème imposé ?

Sachez qu’il ne joue jamais. Il fait ses gammes, il compose, il reste attentif à son lecteur. Mais il ne joue pas. Ecouter le noir, ça n’était pas un thème imposé, mais un cadeau à un ami.



Catégories :Littérature

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3 réponses

  1. Moi qui ne prends jamais le temps de lire des nouvelles, je dois admettre que ce recueil est un condensé de petits plaisirs !

    • C’était mon but, mon Graal 😉. Toucher des lecteurs peu habitués aux nouvelles ou peu attirés habituellement. Et les voir apprécier ! Et merci pour tes mots, donc !

  2. Oui, condenser sa pensée, son histoire, c’est une torture, un traumatisme ! Les Droits des Auteurs (DDA) devraient intervenir pour punir cette horrible torture ! 🙂

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