Interview littéraire 2013 – Gilles Paris

RDV Gilles Paris par Jean-Philippe BALTELParis,FRANCE-le 17/11/11Gilles Paris a eu la gentillesse de répondre à mes questions. A l’image de son dernier roman « au pays des kangourous », cet échange est unique et touchant.

Je ne peux que chaudement vous recommander l’histoire de ce petit homme de neuf ans, confronté à la dépression de son papa ; récit fort, tout à la fois attendrissant, drôle et poignant (voir ma chronique sur le site). Un bouquin assez unique en son genre.

 L’entretien :

 1. Pouvez-vous vous définir en trois mots, juste trois ?

Tendre, indépendant, fonceur

2. Avant d’être écrivain, vous êtes avant tout attaché de presse. Au-delà des stéréotypes véhiculés sur ce métier, comment le décririez-vous ?

Je suis attaché de presse, car ce métier me fait vivre et me passionne. Mais je suis écrivain avant tout, depuis mes premières nouvelles, écrites vers 12/13 ans, dont sont issues Papa et maman sont morts (Point-Seuil) et Autobiographie d’une Courgette (J’ai lu), mes deux premiers romans. Intérieurement, écrire est une véritable pépite émotionnelle qui me fait davantage vibrer que mon métier d’attaché de presse.

Ce métier a évolué avec les années et il est parfois difficile à mener à terme la promotion d’un auteur comme je me l’étais fixé à la lecture de son livre, les médias nationaux ayant perdu un peu de leur curiosité d’autrefois. Ils ne sont pas à blâmer non plus étant donné le nombre de livres qu’ils reçoivent chaque jour pour la plupart. Des rentrées littéraires à 600 titres… Qui peut se vanter d’en lire autant ? Les principales émissions littéraires à la radio ou à la télévision s’intéressent soit aux auteurs reconnus, soit à ceux dans l’air du temps. Parfois quelques découvertes inattendues et des succès de librairie qui réconcilient avec l’humeur ambiante.

Heureusement, depuis quelques années l’émergence des sites et des blogs renouvellent cette curiosité disparue. Mais les éditeurs n’en sont pas encore tous convaincus. Les écrivains, eux, apprécient la franchise des propos et souvent la qualité d’écriture de ces billets. L’essentiel en ce qui me concerne est de bien scinder mes deux passions. D’être le plus intègre possible. Défendre mes auteurs, et écrire. Le seul lien peut-être, est de comprendre au plus près les attentes des écrivains que je défends.

3. Avez-vous toujours voulu écrire ou est-ce une envie venue à force de côtoyer des auteurs ?

Oui, j’ai toujours voulu cela. Dès l’âge de dix ans, où j’écrivais dans un journal, tout ce que je n’osais pas dire à voix haute. A force de côtoyer les écrivains, je les vois comme vous et moi. Je ne suis ni fasciné, ni blasé. J’ai été l’attaché de presse d’écrivains célèbres, de parfaits inconnus qui le sont restés et d’autres qui par leur travail se sont fait connaître. Car nul doute, c’est bien le contenu d’un livre qui fait sa force, et non son attaché(e) de presse.

Je suis, nous sommes, une passerelle entre le livre et les médias et un accompagnateur bienveillant auprès de l’auteur. Si la lecture de certains romans comme ceux de Tennessee Williams, Christopher Isherwood et Françoise Sagan m’ont marqué à jamais, ils ne m’ont pas pour autant pousser à écrire. C’est la vie que je mène qui est source de toutes mes inspirations.

cvt_Au-pays-des-kangourous_70764.Votre dernier roman, « au pays des kangourous », parle de la dépression, vue à travers le prisme d’un enfant. Un sujet de prime abord assez casse-gueule…

J’ai vécu trois dépressions graves, toutes accompagnées de nombreux séjours en hôpitaux et cliniques psychiatriques et je m’en suis sorti depuis huit ans. Ni plus fort, ni plus faible. Et toujours aussi fragile, probablement jusqu’à la fin de mes jours. Mais c’est justement cette fragilité qui m’a permis de prendre de la distance (et le temps aussi), pour écrire un roman à la fois grave et léger sur ce thème oh combien tabou dans notre société conformiste.

La France est le pays en Europe le plus consommateur d’antidépresseurs, mais les médias évitent souvent d’évoquer ce sujet trop anxiogène. Une maladie quasi honteuse dans nos familles, auprès de nos amis, nos collègues. Seuls ceux qui ont connu cette maladie connaissent la douleur morale, quasi invisible, qui pousse la plupart des malades à s’en sortir au prix d’efforts indescriptibles.

Quand j’ai reçu le Prix Folire au début de cette année, des mains de Bernard Pivot, (un Prix Littéraire décerné par les patients de l’hôpital de Thuir près de Perpignan en association avec le Centre Méditerranéen du Livre), j’ai à peine écouté les discours. Je trouvais la situation énorme. Me retrouver dans un hôpital psychiatrique pour recevoir un Prix Littéraire. Quelle douce revanche sur ces noires années !

5. Vous arrivez à parler de dépression avec humour, poésie, sans tomber dans le pathos, tout en restant profond. Était-ce une volonté de départ de traiter le sujet avec une certaine légèreté ?

Oui. J’aime faire sourire avec des choses graves. Dans la vie, comme dans mes livres. On les comprend mieux sous cet angle. J’ai lu quelques témoignages d’anciens dépressifs qui, malgré les qualités littéraires de leurs récits, me laissaient insensibles à leurs douleurs trop personnelles. Trop de noirceur pour moi n’amène pas le lecteur à réfléchir. L’espoir et l’optimisme sont de puissantes ailes pour décoller face à la douleur des autres, ou des personnages d’un roman. Mais l’humour reste essentiel pour mieux les comprendre.

6. Faire parler un enfant dans son roman n’est pas chose facile, il faut que cela sonne vrai. Vous semblez avoir une réelle facilité avec cette façon d’écrire…

Parce que j’écris comme un enfant depuis plus de quarante ans !

Je ne sais pas bien écrire comme un adulte. J’ai même un manuscrit sur une étagère qui n’a pas trouvé d’éditeur. Et puis le plus difficile c’est toujours de travailler son texte. Je le fais sans relâche, traquant le mot facile, la virgule absente, la phrase bancale. Tout est une question de musique. Il faut que ça sonne juste. Je ne cherche pas à écrire comme un enfant. Je dois être cet enfant.

Je demande souvent conseil à des enfants de 9/10 ans comment ils réagiraient dans telle ou telle situation. Je peux laisser certains mots que les enfants peuvent avoir retenu dans un contexte familial ou scolaire. Mais il faut que je sois sincère jusqu’au dernier mot de mon roman. Voilà sans doute pourquoi, une fois parus, je ne relis jamais mes romans pour l’avoir fait au moins plus d’une centaine de fois auparavant.

7. Avez-vous une méthode bien rodée lorsque vous vous lancez dans un nouveau roman ?

Une méthode ? Non. Bien rodée, encore moins. J’ai une idée du sujet. J’écris un synopsis pour l’éditeur dont je m’éloigne en écrivant le roman. J’invente des personnages au fur et à mesure de l’écriture, puis je les approfondis quitte à revenir en arrière. Je réunis toute une documentation, en me rendant sur les lieux, en lisant des livres, en interviewant des gens. Sur Internet le moins possible, pour vérifier une orthographe, ou voir une photo dont je pourrais m’inspirer.

8. Pas mal d’années se passent entre vos romans (près de dix ans à chaque fois). Comment l’expliquez-vous ?

Un hasard, vraiment. Je ne me suis pas dit un beau matin en prenant un café, tiens si j’écrivais un roman tous les dix ans ? Mon métier d’attaché de presse m’a pas mal accaparé, les dépressions n’ont pas facilité l’écriture, et puis je crois surtout que je n’avais pas vraiment le désir d’écrire. Sinon j’aurais trouvé le temps. Le désir est le moteur.

9. Quelle est votre prochaine actualité en tant qu’écrivain, encore dix ans à attendre ?

Non, car mon dernier roman Au pays des kangourous (Don Quichotte) a reçu un bel accueil des lecteurs, des libraires et des médias. Tout cela m’a incroyablement encouragé.

Une version illustrée d’Autobiographie d’une Courgette parait chez Etonnants Classiques (Flammarion) ce 17 avril. Les dessins de Charles Berberian sont superbes.

J’ai participé également à un ouvrage collectif chez Albin Michel Toi mon frère, toi ma sœur. J’ai écrit un texte autobiographique sur mes deux sœurs, à hauteur d’enfant (on ne se refait pas).

Enfin, mon quatrième roman L’été des lucioles paraîtra en janvier 2014 chez Héloïse d’Ormesson. Une comédie aux limites du fantastique au cours d’un été caniculaire dans le sud de la France. Avec cette fois-ci un petit Victor de neuf ans au sacré tempérament. Et davantage de personnages principaux.

10. Les avis des lecteurs ont-ils une influence sur votre manière d’écrire ?

Oui et non. Quand les critiques reviennent à plusieurs reprises sur un défaut du livre, je dresse l’oreille et j’en tiens compte. Quant à tous les lecteurs que j’ai eu la chance de rencontrer dans mes déplacements, ils viennent surtout pour me dire combien ils ont aimé mes romans. Je ne cherche pas à convaincre ceux qui s’en éloignent en pensant que mes romans sont tristes. Car d’une certaine manière, ils n’ont pas tort. Et je ne peux forcer un lecteur à me lire quand il repose le livre sur un « Ouh là c’est trop triste vos histoires ». Mais je me plais à penser qu’on sourit et rit aussi en me lisant. Et peut-être même que mes thèmes font réfléchir, une fois le livre refermé.

11. Ce blog est fait de mots et de sons. La musique prend-elle une part dans votre processus créatif ?

Ô combien ! Il y a d’une part la musicalité des phrases dont j’ai parlé plus haut. Je lis parfois des paragraphes à voix haute en cherchant « la fausse note ». Le mot en trop, la virgule mal placée… Et j’écoute beaucoup de musique en écrivant. Parfois en boucle, pour ressentir la même émotion me traverser et entrer dans mes phrases. Des musiques souvent entraînantes, joyeuses, comme George Michael, les Pet Shop Boys ou Jennifer Lopez. J’assume. Ou plus mélancoliques comme Peter Blake.

12. Le mot de la fin ?

Ne m’envoyez pas de manuscrits, ce n’est pas mon métier !

http://www.gillesparis.net



Catégories :Interviews littéraires, Littérature

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10 réponses

  1. Bien vue cet entrevue, questions et réponses simples et franches.J’ai beaucoup aimé les deux romans de G. Paris que je trouve loin d’être tristes. Comme certains blogueurs, je suis en lien avec sa maison d’attachés de presse dans laquelle tous sont à l’écoute. Une impulsion due à cet homme sûrement.

  2. Une très belle interview… on sent les réponses sincères et sans langue de bois. Je n’ai pas encore lu Au pays des kangourous, mais cela va surement se faire !

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