De mort lente – Michaël Mention (Réédition)

(Pour la réédition en numérique exclusivement de l’indispensable roman par Belfond en édition revue et augmentée, je republie ma chronique de 2020 d’un livre passé inaperçu du fait de sa sortie au moment de la crise sanitaire)

Michaël Mention est un perturbateur. Un agitateur de conscience, un provocateur de réactions.

Un mutin mutant qui frappe frappe frappe là où ça fait mal. Choc frontal pour nous ouvrir les yeux.

Nous vivons de plus en plus vieux. Mais nous tombons de plus en plus malades, de plus en plus jeunes. Cancers, infécondité, problèmes de thyroïde, autisme…, la liste des maladies et nouveaux symptômes est interminable. On en a plus ou moins conscience sans trop arriver à toucher le problème du doigt. Mais :

Certains savent…

Certains savent et ne font rien…

Certains savent et en profitent…

Certains profitent et savent en être responsables…

Certains savent !

Le sujet central de son nouveau roman est en lien avec les perturbateurs endocriniens. Ils sont partout, villes et champs, intérieur et extérieur.

Les envahisseurs, des substances étranges. Leur but : s’établir dans votre corps et en faire leur univers. Michaël Mention les a vus. Pour lui, cela a commencé pendant une triste nuit (sans sommeil), alors qu’il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva.

A présent, Michaël Mention sait que les envahisseurs sont là, qu’ils ont pris forme humaine et il lui reste à convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé…

Parce que les envahisseurs ne sont pas que matières et composants chimiques. Ce sont aussi des hommes de l’ombre qui défendent les profits de ceux qui répandent le mal : les lobbies.

Contre les lobbies seuls, laissons Michaël Mention être notre Obi-Wan.

L’écrivain de génie (je n’ai pas peur d’utiliser le mot) choisit la fiction pour faire passer des messages. Et des émotions. Le but n’est pas de faire peur, mais d’ouvrir les consciences à la réalité et jeter une pierre supplémentaire dans la mare saumâtre des profiteurs à profits.

Les personnages capricieux de son histoire sont en guerre. Un journaliste, un scientifique, un couple et leur jeune enfant atteint par des maux étranges. Qui veulent savoir, qui veulent faire savoir. Le prix de leur engagement sera très lourd.

Peu d’auteurs savent ainsi proposer un récit imaginaire si ancré dans le réel, avec une patte si personnelle. Coups de griffes.

Chaque roman de l’auteur possède son atmosphère propre. Écriture inimitable et reconnaissable entre mille, mais ambiance et traitement différents.

Ce Mention-là est presque journalistique. Enquête de fond d’un frondeur qui dévoile la face cachée d’une Industrie. Et les rouages complexes et grippés de la Commission Européenne, qui virent trop souvent de leur axe.

Mention, séduisant séditieux, qui cogne avec ses mots, percute avec son style, bouscule avec sa construction narrative. Lynche, dérouille, pilonne, rosse, bastonne. Écrit avec les tripes à l’air ; opération à cœur ouvert. Ses personnes souffrent mais combattent, avec le peu d’armes à leur disposition. David contre Goliath, moustiques dans le système.

Parce que c’est aussi une histoire d’humains et de notre humanité dont il est question. C’est. Notre. Histoire.

De mort lente est un acte de résistance. Brutal comme la vie l’est, insolent comme l’est le talent de son auteur. Michaël Mention est un perturbateur littéraire, au don unique, et qui a encore la folie de croire qu’on peut se battre. Essayons de croire comme lui, puisqu’on croit en lui !

Yvan Fauth

Date de sortie initiale : 11 mars 2020

Date de réédition : 25 janvier 2024

Éditeur : Belfond

Prix : 9,99 €

Genre : roman noir

4° de couverture

Tous concernés. Tous menacés. La machine est lancée. Qui pourra l’arrêter ?
Entre drame social et thriller politique, un roman noir puissant, cinglant et extrêmement documenté, pour dénoncer l’action criminelle des industriels et des lobbies dans la bataille contre les perturbateurs endocriniens.

Marie, Nabil et leur fils : une famille sans histoires.
Philippe est un scientifique éminent.
Franck est journaliste au Monde.
Désormais, tous sont victimes du puissant lobby de l’industrie chimique. Pourquoi ? Parce qu’ils se sont interrogés sur les perturbateurs endocriniens, ces substances présentes dans notre alimentation et les objets de notre quotidien, responsables de pathologies telles que l’infertilité, le diabète, les dérèglements thyroïdiens ou encore le cancer.
Marie et les autres exigeaient des réponses ; ils vont subir une riposte d’une violence sans précédent. Rien ne leur sera épargné. Une guerre sans pitié, de Paris à Bruxelles, de la Bourse à la Commission européenne, où s’affrontent santé publique et intérêts privés, notre avenir et leurs profits.


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Catégories :Littérature

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18 réponses

  1. Quelle chronique Yvan, merci à toi 🙏 😘

  2. Waow, ça valait le coup de la republier, effectivement c’était passé sous mon radar à l’époque.

  3. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Excellent bouquin !! Tu as raison d’en reparler !

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 58 ans, Strasbourg, France

      il le mérite, sa sortie initiale a été un gâchis

      • Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

        Je vais peut-être en reparler aussi, tu as raison. J’avais adoré ce livre et il était passé à la trappe ! Quel dommage !

  4. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    Mais quelle chronique ! Une puissance incroyable ! Le livre doit être également puissant. Je n’ai pas encore lu cet auteur. Là tu me donnes très envie ! Merci

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 58 ans, Strasbourg, France

      merci :-). Michaël Mention m’inspire à chaque fois, c’est un auteur unique qu’il faut lire absolument

  5. Ludivine – Franche-Comté, France – Salut ! J'ai partagé mes lectures pendant quatre ans sur le blog Vingt et une pages. Vous pouvez encore me retrouver sur Babelio et Twitter. 🍃

    Je ne connaissais absolument pas, mais le sujet est intéressant ! Tu sembles conquis par cette lecture, merci pour la découverte. 🙂

  6. Merci Yvan pour cette belle chronique. Je n’ai pas encore lu cet auteur (même si j’ai lu plusieurs chroniques enthousiastes sur « Les Gentils ») et le sujet qu’il traite dans celui-ci m’intéresse particulièrement. Je le note, merci pour la découverte 😊

  7. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    Ah, mais je l’avais lu et adoré, en plus 🙂 Covid ou pas ! 😆

  8. Percutante cette chronique ! Cela donne envie de suive Michael Mention dans son enquête. Pour avoir parlé avec lui de la préparation de ce roman, c’est un vrai travail de fond, où rien n’ est laissé au hasard. Après les Gentils, la trilogie anglaise, il sera sans doute sur ma liste. Je me pose la question de la BO, parce qu’il doit surement y avoir de la musique dans cette histoire.

  9. Collectif Polar : chronique de nuit – Simple bibliothécaire férue de toutes les littératures policières et de l'imaginaire.

    Oh la belle réed que voilà.
    Je vais aller voir ça de plus près tu t’en doute.
    Vive Michaël !!!

Rétroliens

  1. De mort lente, Michaël Mention, Avis de lecture

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