Interview – 1 livre en 5 questions : Petiote – Benoît Philippon

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

BENOIT PHILIPPON

Titre : Petiote

Editeur : Les Arènes

Sortie : 12 mai 2022

Lien vers ma chronique du roman

De livre en livre, tu nous proposes des personnages en reconstruction, à l’image de ce père de famille perdu (mais il n’est pas le seul)…

Oui, je crois que c’est ce qui m’intéresse le plus dans la vie. En tout cas dans ce que je veux aborder à travers mes histoires : les gens cabossés (on l’est tous), qui ont des failles (on en a tous), qui tentent de les cacher (le masque, la façade, l’armure qui prend des proportions délirantes aujourd’hui avec les réseaux sociaux, les filtres, le dictat des apparences, pas que des apparences de beauté, mais aussi d’une certaine forme de perfection sociale, ou même de normalité). Chercher l’humain derrière l’armure, l’émotion/la sensibilité à travers la faille, la petite étincelle de lumière dans l’obscurité, bref la poésie dans le noir.

Ton écriture fait appel à tous les sens, le visuel en premier, avec par exemple des scènes cartoonesques du plus bel effet…

Je plaide coupable, je suis team cinéma. C’est mon métier, il faut rappeler (à la terre entière, vers l’infini et au-delà, comme dirait Buzz L’éclair) que je suis aussi réalisateur. Donc oui, quand j’écris, je VOIS ce que j’écris, et je le retranscris avec des mots. Les mots sont fondamentaux et avant tout littéraires. Ils ont leur mélodie, leur musicalité, leur rythme, leur couleur. Mais les situations que je décris, oui, sont très visuelles. Et il y a effectivement quelques scènes cartoon dans le roman, parce que faire de l’action en roman, c’est pas évident. C’est pas comme au cinéma quand tu vois Jason Bourne foutre des mandales pendant 5 minutes, si c’est bien chorégraphié, ça a de la gueule. En mots, bah… c’est pas passionnant. Alors oui, j’aime bien grossir le trait, faire du Tex Avery ou du Frères Coen à l’écrit, c’est un bon exercice de style, et c’est assez fun et surtout surprenant (enfin c’est l’idée). Les scènes dont tu parles (enfin que tu évoques) font déjà couler beaucoup d’encre (en bien) et suscitent de super réactions. Donc, la sauce cartoon a bien pris.

Tu as une capacité étonnante à changer de ton d’un passage à l’autre, tirant au lecteur des éclats de rire tout comme des larmichettes au coin de l’œil…

C’est comme un mix musical, ou du montage image. J’aime bien ne pas m’appesantir sur une ambiance. Si j’ai une scène drôle, j’essaie de ne pas l’étirer au risque de tomber dans la gaudriole. Idem pour l’émotion et le danger du mielleux. Mais si je passe de l’un à l’autre, avec la bonne dose, le bon équilibre, que je saupoudre avec de l’action et du suspens, normalement, le tout peut rester divertissant, drôle, puis touchant. C’est un équilibre. Comme en cuisine, faut faire gaffe à ce que ce soit pas trop salé, ou trop sucré, ou trop épicé. Sinon c’est imbouffable. Je dis ça, je sais pas cuisiner, mais bon, t’as compris l’idée 😉

Ce roman semble moins engagé que pouvait l’être ta Mamie Luger, mais quand on creuse sous la surface, ta vision sociale est là. C’est noir, mais tu gardes toujours cet espoir fou en l’être humain…

Il n’est pas moins engagé, il l’est sur un éventail de sujets plus large. Mamie Luger était concentré sur le thème de la violence faite aux femmes. Dans Petiote, chaque personnage illustre une thématique sociale. Il y a Gus en père raté, qui tente d’assumer son échec social et familial, mais il y a également tous les otages qui ont une caractérisation qui résonne avec un thème propre. Comme dans Luger où chaque mari représente une forme de cette violence masculine. Dans Petiote, il y a Fatou, la migrante, Boudu, le SDF, le couple illégitime et leurs thèmes à eux (que je ne veux pas dévoiler pour ne pas spoiler), la critique des médias également, quand ils ont propension à tomber dans le sensationnalisme, la fake news, l’immédiateté non fact checkée etc…

Mais oui je garde l’espoir en l’être humain. En tout cas dans mes bouquins, parce que dans notre monde, c’est pas toujours facile. Je veux, à travers mes fables, donner, si ce n’est un peu d’espoir, en tout cas une lumière d’optimiste. C’est mon côté conte de fée du noir.

Tu proposes des romans qui se lisent individuellement, et pourtant il y a ce lien entre eux, à l’image de ton personnage de Cerise…

Oui, ça m’amuse de créer un monde qui s’étoffe à mesure que j’écris de nouvelles histoires. C’est assez réjouissant de se dire que tout ce beau monde fictif vit dans le même monde, justement. Y a pas de raison après tout. C’est celui de mon imagination, c’est finalement assez cohérent. Quand j’étais gosse, j’adorais spotter les caméo d’Hitchcock dans ses propres films. Je sais que maintenant les lectrices/eurs attendent avec curiosité de savoir qui ils vont redécouvrir dans le prochain roman. Dans Petiote, il y a effectivement Cerise (croisée dans la cellule de dégrisement dans Mamie Luger), mais les plus pointu/es d’entre vous reconnaitront également le George de Lullaby (mon premier film), interprété par Forest Whitaker. Plus ma galerie de personnages s’agrandit, plus j’ai le choix de tirer l’un de ses profils pour le mettre sous les projecteurs dans une histoire suivante. Chez moi, même les figurant/es peuvent devenir des héro/ïnes, et j’avoue que j’aime l’idée. Je me dis que ce serait bien que ce soit aussi possible dans la vraie vie.



Catégories :Interviews littéraires

Tags:, , , , ,

2 réponses

  1. Merci pour le partage. Ce mec est génial comme auteur. Les personnages, rien que d’y penser, me filent le sourire. Merci à vous deux pour ce bel échange. 🙏❤️

Rétroliens

  1. Petiote - Benoît Philippon - EmOtionS - Blog littéraire

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :