Interview – 1 livre en 5 questions : Merci, Grazie, Thank you – Julien Sandrel

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

JULIEN SANDREL

Titre: Merci, Grazie, Thank you

Editeur : Calmann-Lévy

Sortie : 02 mars 2022

Lien vers ma chronique du roman

Le pouvoir d’un merci est immense…

« Merci » est probablement l’un des mots les plus courants de la langue française, une formule de politesse vidée de sa substance, que l’on emploie des dizaines de fois par jour sans y penser. Mais si l’on y réfléchit bien… combien de fois dans une vie dit–on vraiment merci ? Combien de fois exprime–t–on une gratitude profonde et sincère aux personnes qui comptent, en en étant pleinement conscient ? La réponse est forcément individuelle, mais pour nombre d’entre nous, l’expression de la gratitude se heurte à un obstacle de taille : la pudeur, qui nous bloque, nous empêche. Alors parfois, le mot reste coincé. Et les mercis qui n’ont pas été prononcés se transforment en regrets.

Alors oui, ce roman est une forme de militantisme positif en faveur de ce petit mot si simple mais si puissant. Il est né de mon envie de rendre hommage au parcours de mes grands–parents, et de les remercier pour leurs sacrifices, et pour ma vie actuelle. C’est ainsi qu’est né le personnage de Gina, cette vieille dame d’origine italienne haute en couleurs, animée d’un furieux besoin de dire merci, et qui embarque pour une folle aventure à la recherche des personnes qui ont d’une certaine façon, forgé son destin. Détail amusant : l’étincelle de départ du roman m’a été fournie par… George Clooney ! J’étais tombé il y a quelques temps sur un article de presse qui expliquait qu’une fois devenu la star que l’on connaît, il a décidé de donner une somme importante à 14 de ses amis les plus proches… des amis qui l’ont aidé quand il était au plus bas, qui l’ont soutenu dans les moments difficiles… George, Gina, même combat ! 🙂

Ta charmante vieille dame ne part pas seulement à l’aventure, elle part sur les traces de son passé…

C’est un roman dont l’idée est née dans mon enfance, sans même que je m’en rende compte, à travers ce que me racontaient mes grands–parents de leurs vies, hautement romanesques. Je suis issu d’une famille d’immigrés italiens, mon grand–père était un Italien, le dernier d’une famille de 10 enfants, un menuisier–charpentier qui a commencé à travailler à l’âge de 12 ans en pleine seconde guerre mondiale, qui a souffert de la faim, du racisme, de l’extrême pauvreté… Toute mon enfance, mon grand–père m’a raconté sa vie, par bribes, façon puzzle. Et moi qui étais un petit garçon des années 80 de la classe moyenne, très heureux, qui ne manquait de rien… ce que me racontait mon grand–père était presque irréel, ça relevait de la science–fiction, j’avais l’impression que c’était très loin dans le temps… je ne me rendais pas compte à quel point c’était hier.

Et puis dans la naissance de ce roman, deux éléments ont été déterminants. Le premier, c’est ma visite d’Ellis Island, à New–York en 2007. J’y ai retrouvé le nom de mes arrière–grands–parents, partis tenter leur chance en 1912… puis revenus en Europe… Découvrir leur nom sur les registres d’arrivée m’a bouleversé, profondément marqué. La seconde visite déterminante a eu lieu dix ans plus tard : en 2017, l’exposition « Ciao Italia ! » au Musée National de l’Histoire de l’Immigration à Paris, rendait hommage à « ces Italiens qui ont fait la France »… là encore, visite passionnante, bouleversante… et là, le projet de roman a commencé à prendre forme. J’ai mis 4 ans avant de me sentir capable de m’y atteler. Ça n’est pas un roman autobiographique, mais dans le passé de mon héroïne Gina, j’ai glissé d’innombrables allusions aux parcours de mes aïeux… Attention, même s’il évoque des épisodes passés, l’action se situe en 2018, c’est un roman résolument contemporain et joyeux : je crois qu’il est toujours possible d’aborder des thématiques graves en conservant un point de vue optimiste, et des touches d’humour et de légèreté !

Ton livre évoque également les liens familiaux, à travers le temps, comme si l’histoire se répétait parfois…

Oui, c’est un roman qui explore la gratitude bien sûr, mais c’est surtout un roman qui parle de transmission inter–générationnelle, de l’importance de savoir d’où l’on vient pour pouvoir se construire sereinement. De la puissance de transmission des non–dits, aussi : comment quelque chose qui est passé sous silence au sein d’une famille peut avoir des répercussions sur l’ensemble des générations suivantes, tant que le voile n’est pas levé. Les secrets de chacune de mes trois héroïnes sont au cœur de l’histoire… Avec une cristallisation autour de la question de la maternité… mais chut, j’en dis déjà trop 😉

Ton récit n’apporte pas seulement une forte dose d’émotions, il est bourré de surprises vraiment inattendues. Impossible d’imaginer ce que tu as imaginé pour tes personnages…

Mais j’espère bien ! En tant que lecteur, j’adore qu’un roman prenne des chemins inattendus, me surprenne au détour d’une page. Alors ça fait partie de ma jubilation d’auteur, de penser au plaisir du lecteur. Dans ce roman–ci, c’était pour moi d’autant plus important que l’histoire tourne autour des nombreux secrets de Gina, et du constat vertigineux que fait sa petite–fille Chloé au début du livre : elle qui croyait bien connaître sa grand–mère décide de faire un décompte mathématique des jours passés avec elle, et malgré leur grande complicité, la vérité arithmétique est implacable… 98% de la vie de Gina s’est déroulée sans que Chloé ne soit présente. J’ai essayé de retranscrire au mieux les surprises que vont représenter pour Chloé les diverses révélations de sa grand–mère, et puisque je suis joueur, ça m’intéressait évidemment que Chloé nous réserve également son lot de surprises… 🙂

Ton histoire est pleine de bonnes ondes et de leçons de vie. Mais tu veilles à ce que ça sonne juste, et à ne pas tomber dans le pathos…

Je crois que la tonalité d’un roman exprime, d’une certaine façon, une vision de la vie. Je suis un optimiste réaliste, je crois que lorsque l’on traverse une période sombre, il existe un chemin – parfois intense, souvent exigeant – vers un avenir plus lumineux. Je malmène mes personnages en cours de roman, je leur fais vivre des épreuves souvent rudes, et les moments difficiles qu’ils traversent leur laissent des traces, des marques indélébiles. Mais je choisis résolument de montrer qu’un chemin, une forme de reconstruction existe. Nous vivons dans une société hautement anxiogène, où la tendance est au repli sur soi, à la méfiance, à la haine parfois. Il n’y a qu’à allumer une chaîne info pour s’en convaincre. Alors si des romans peuvent nous aider à saisir quelques instants de beauté, de rire ou de joie… pourquoi s’en priver ?

« Merci, Grazie, Thank you » est un roman éminemment positif, dans lequel on rit beaucoup j’espère, qui est rempli de lumière et d’espoir, qui parle du passé pour mieux se tourner vers l’avenir. J’ai mis beaucoup de moi, de l’histoire de ma famille, dans ce roman. C’est peut–être aussi pour cela qu’il sonne juste.

Bon, et je ne peux pas conclure ces réponses sans te dire merci, Yvan, pour ta passion des livres, l’énergie que tu mets à transmettre cette passion : Grazie mille, mon cher Yvan !!



Catégories :Interviews littéraires

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18 réponses

  1. Merci !

  2. Voilà un échange qui me met les larmes aux yeux. ❤️

  3. Un échange riche, bon dimanche

  4. Cet homme a l’intelligence du coeur, (c’est de plus en plus rare !) et une belle lucidité positive. On peut l’épouser ??? 😉

  5. ça donne envie de se plongé dans la lecture de ce roman!! Un grand merci (sincère)pour toutes ces intéressantes chroniques littéraires.

Rétroliens

  1. Merci, Grazie, Thank you - Julien Sandrel - EmOtionS - Blog littéraire

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