Interview – 1 livre en 5 questions : Le don de Skullars Newton – Jean-François Chabas

1 livre et 5 questions pour permettre à son auteur de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

JEAN-FRANCOIS CHABAS

Le don de Skullars Newton

Éditeur : Calmann-Lévy

Sortie : 15 janvier 2020

Comment vous est venue cette idée fantastique (dans tous les sens du terme) d’un homme qui sait lire les corps ?

Cette idée des « corps transparents » me poursuit depuis de très longues années. Bien avant, même, que l’idée d’être écrivain m’ait effleuré.

J’éprouve depuis la petite enfance une grande répulsion vis-à-vis de la duplicité, la dissimulation. Il me semble que c’est un des grands malheurs du monde que cette hypocrisie rongeant les cœurs, empoisonnant le quotidien.

Le mensonge, parfois vanté, quelquefois admiré, provoque des dégâts incalculables.

Ici, Skullars Newton, le héros, est frappé dès l’enfance d’un don étrange aux allures de malédiction : tel une machine à IRM, un scanner, il voit ce qui se produit dans les organismes. Plaisir, souffrance, maladie, activité des fluides, des cellules, rien ne lui échappe.

Le roman me vient de cette obsession. Bien entendu, n’étant pas un enfant, je me doute que la vérité crue n’a pas que des avantages. Elle comporte des inconvénients, parfois sévères. Mais, à choisir entre deux maux… plutôt la claque de la franchise que le venin de la fausseté.

Ces idées m’ont coûté cher, mais elles sont pour moi sans prix.

Skullars et son don sont la manifestation romancée de ces idéaux.

Voilà une idée qui sert l’intrigue au premier degré, mais à lire aussi comme une métaphore…

C’est une question très maligne, qui contient sa propre réponse.

Oui, bien entendu, le don de Skullars est métaphorique. En plus de cette capacité, c’est dans les âmes (comme on parle de l’âme d’une corde) qu’il lit.

Ce roman n’est pas que l’histoire d’un seul homme, mais de trois caractères particulièrement marqués…

Quatre caractères, même…

Il y a Skullars, personnage solaire, bienveillant, qui a réussi à n’être pas vaincu par ce don qui aurait pu le rendre fou. Qui parcourt le monde, avec son immense sagesse et son élégance.

Sissi, qui incarne l’amour. C’est un personnage ambivalent ; on pourrait croire de prime abord qu’elle est inoffensive, presque soumise à sa passion. Puis on la découvre redoutable, complexe. Elle est basée sur quelqu’un de mon passé. De ces gens qui peuvent tout, vraiment tout faire pour celui qu’ils aiment.

Jay-Jay, lui, est rendu particulier par le fait qu’il se nourrit du mal qu’on lui fait. Là aussi, c’est un souvenir de mon passé : un être si puissant qu’il demande sa propre destruction. Seulement, ces personnes que rien n’effraie sont très difficiles à détruire. Leur esprit ne cède jamais, elles sont aussi solides mentalement que physiquement. Et aucun sens moral ne les freine…

Ebunoluwa, enfin, qu’il ne faut pas oublier. C’est peut-être mon personnage préféré. Cette petite fille docte et droite, qui affronte un monstre et lui tient tête avec un merveilleux courage, est un peu une héroïne de conte…

C’est aussi un livre sur le(s) voyage(s)…

Les voyages, oui, les pays, leur influence sur les êtres…

La Jamaïque d’abord, nation compliquée, d’une violence immense née de ses origines même, de l’esclavage, des ravages d’un racisme fondateur. Mais nation qui abrite les Rastafari et leur magnifique philosophie,  ne s’arrêtant pas à fumer des tonnes de ganja… La Jamaïque est une île qui entretient des contraires, violemment opposés.

Elle m’a permis de créer des personnages très emblématiques de ce « climat », entre la beauté rayonnante et pacifique de Skullars et la sauvagerie démente de Jay-Jay, la séduction irrépressible de Sissi et le personnage-oxymore qu’est Ebunoluwa, gamine des quartiers misérables de Kingston qui prospère dans une école chic de Londres, qui connaît le commerce des drogues dures mais vénère les Élisabéthains…

Puis Skullars, et Sissi à ses trousses, traversent le monde… comme je le fais moi-même depuis des années, et pour des raisons assez similaires.

Vous avez écrit énormément pour la jeunesse. L’approche d’un tel livre adulte est-elle vraiment différente de celle de récits pour un public jeune ?

Voilà une question qui touche mon cœur. Non, il n’y a pas de différence. Lorsque j’ai publié mon premier roman « adulte » il y a une quinzaine d’années, un journaliste a écrit dans un grand quotidien : « on savait que Chabas écrivait pour la jeunesse, on est surpris par la grande qualité de son style ».

Que voulez-vous répondre à ça? Je l’ai engueulé, j’aurais sans doute dû me taire : à quoi bon? Ces idées sont tenaces, et elles sont françaises. Les Anglo-saxons, par exemple, respectent grandement les livres pour enfants. C’est aussi difficile d’écrire un album pour les petits de cinq ans qu’un roman de littérature générale. Quant à mes romans pour adolescents, ils pourraient, dans leur immense majorité, avoir été publiés en littérature adulte, sans y avoir touché une virgule.

Pour les plus jeunes, l’exercice est dissemblable, il n’est pas inférieur. Et l’on rencontre des lecteurs plus profonds, moins superficiels, chez les enfants, qui se moquent des conventions, des modes et des arguties. Ils aiment… ou pas. Et quand ils aiment, ils plongent dans un livre comme au fond d’un océan.

Pour ma part, c’est pour tous, toujours, que je voudrais écrire.

Jean-François Chabas – Australie Occidentale 2019



Catégories :Interviews littéraires

Tags:, , , , , ,

5 réponses

  1. Voilà un échange tout en émotions ! Objectif atteint, ça donne vraiment envie de découvrir le livre !

  2. Une histoire originale, c’est sûrement un livre passionnant!

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :