Duchess – Chris Whitaker

Il y a ces moments très rares, précieux, où vous savez que vous n’avez pas tenu qu’un livre entre vos mains. Mais un cœur et des âmes qui pulsent. Avec votre palpitant qui littéralement explose.

Duchess en fait partie.

Une petite poignée de livres m’a fait un tel effet ces dernières années, à ranger auprès d’un Betty de Tiffany McDaniel ou de Mon territoire de Tess Sharpe, par exemple, même s’ils sont différents.

Alliage parfait

L’écrivain a forgé l’alliage idéal, avec une atmosphère dense, des personnages très marqués mais crédibles, une écriture qui éclaire une foultitude d’émotions, sans surenchère. Et une vraie, puissante histoire.

Un récit qui va prendre le temps de s’installer durant 520 pages. Pour donner tout son sens chapitre après chapitre, il va se révéler d’une incroyable profondeur et fort de sacrés coups de tonnerre. Pour un final à la hauteur.

Chris Whitaker est anglais. Qui raconte les États-Unis. On pense immédiatement à R.J. Ellory, et, de page en page, il s’avère que cette filiation fait sens. Non pas qu’il copie l’un des grands maîtres du roman noir, mais ils ont une sensibilité commune. Et certains de ses personnages ne dépareraient pas dans une œuvre d’Ellory. Croyez-moi, c’est l’un des plus beaux compliments que je puisse faire.

Sœur et mère

L’excellent éditeur Sonatine a fait le choix de mettre en avant le personnage de Duchess en l’utilisant comme titre du livre. Ça a une certaine logique, même si elle est loin d’être la seule à marquer les esprits. L’édition originale s’intitulait We begin at the end, on commence à la fin, titre plus mystérieux.

Duchess n’est pas un prénom facile à porter sur de frêles épaules d’adolescente. Encore moins quand on vit dans la misère à treize ans. Une pauvreté sociale mais également émotionnelle, sans père et avec une mère incapable de s’occuper de ses gamins, livrés à eux-mêmes.

Cette sœur et son jeune frère de cinq ans forment l’un des duos les plus mémorables de ces dernières années.

Duchess n’est pas seulement la grande sœur de Robin. Elle fait aussi office de mère de substitution et le surprotège. Mais une jeune adolescente n’est pas armée pour faire face au monde des adultes et tenir un rôle qui ne devrait pas être le sien.

Beauté déchirante

Du coup, elle se construit à la hache, et développe un caractère trempé qui exacerbe ses pulsions adolescentes. Duchess est du genre sauvage, insolente, irrévérencieuse même, excessive. Rebelle sans aucun doute.

L’amour absolu qu’elle porte à son frère va donner naissance à des passages d’une beauté absolue tout comme à des scènes totalement déchirantes.

Cette étonnante anti-héroïne est un personnage rare, bouleversant au possible. Mais elle n’est pas la seule, certains adultes qui vont croiser son chemin sont d’une profondeur exceptionnelle, tout en nuances de gris, parfois insaisissables mais au final inoubliables.

Si je devais trouver un petit bémol, ce serait certaines réparties du petit frère de cinq ans qui semblent parfois un peu trop poussées pour son jeune âge. Mais ça relève presque de l’anecdote tant le reste touche au sublime.

Sombre et lumineux

L’intrigue va prendre de plus en plus de consistance, tout en mettant toujours en avant ces remarquables personnages. Une vraie enquête se met en place, même si on est bien dans le genre du roman noir.

Tout tient par la grâce d’une écriture parfaite, lumineuse et sombre à la fois, toujours au service de l’histoire et de ses protagonistes. Qui illustre formidablement leurs combats de tous les jours, les ténèbres qui les happent, les moments douloureux qui s’enchaînent. Avec cette énergie du désespoir qui pousse à se battre malgré tout.

Cette histoire est émouvante au possible, déchirante, tellement belle dans sa noirceur. C’est si rare de lire (vivre) des émotions aussi superbement exprimées, qui vous transportent autant qu’elles vous blessent. A en verser quelques larmes, j’en suis la preuve.

Duchess est une merveille de roman noir. Comment lire un autre roman après celui-là ? Chris Whitaker se révèle comme un écrivain au talent fou, toujours au plus près des émotions. Avec ce roman, il entre dans la cour des grands.

J’espère que Sonatine aura maintenant la riche idée de publier ses deux précédents livres.

Yvan Fauth

Date de sortie : 05 mai 2022

Éditeur : Sonatine

Genre : Roman noir

4ème de couverture

« Depuis quand tu veux être comme les autres ? Tu es une hors-la-loi. ​»

Duchess a 13 ans, pas de père, et une mère à la dérive. Dans les rues de Cape Haven, petite ville côtière de Californie, elle ne souffre ni pitié ni compromis. Face à un monde d’adultes défaillants, elle relève la tête et fait front, tout en veillant sur son petit frère, Robin. Mais Vincent King, le responsable du naufrage de sa mère, vient de sortir de prison. Et son retour à Cape Haven ravive les tumultes du passé. Quand cette menace se précise, Duchess n’a plus le choix : il va lui falloir engager la lutte pour sauver ce qui peut l’être, et protéger les siens.

Attention, coup de cœur ! On n’avait pas rencontré d’héroïne aussi farouche et attachante depuis Scout dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, le chef-d’œuvre de Harper Lee. Sous une carapace d’impertinence et de rébellion, Duchess est de ces personnages dont la présence lumineuse et l’énergie désespérée donnent au récit la force des grands romans qui vous marquent à jamais.



Catégories :Littérature, Livre : les incontournables

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5 réponses

  1. Un roman qui t’a remué à ce point là ne peut être que noté immédiatement dans ma Pal !

  2. Je suis en train de lire, et j’aime tellement retrouver les personnages et l’atmosphère. Les grands livres, on les sent dès les premières pages et celui-là je vais le savourer comme il se doit.

  3. Comment tu en parles Yvan. Merci à toi. 🙏❤️

  4. J’ai lu tout récemment  » Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », et j’ai adoré. Le fait que ce roman soit cité, me donne grandement envie de lire « Duchess ». Merci Yvan.

  5. Celui-ci tout le monde me le conseil !
    Je crois que je vais le noter et le garder pour quand j’aurai du temps, quand je pourrais prendre le temps de l’apprécier à sa juste valeur.
    Et je crois que comme toi je devrais kifer grave ! 😉

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