Kerozene – Adeline Dieudonné

Le nouveau livre tant attendu d’Adeline Dieudonné tient d’avantage du recueil de nouvelles. Mais ça vaut bien un bon roman !

Des tranches de vie, liées entre elles directement ou indirectement par une station-service d’autoroute belge, une étouffante nuit d’été. Un environnement dangereusement inflammable, essence, chaleur, mais le liquide le plus explosif coule dans les veines des protagonistes.

Style qui met à terre

Chaque chapitre met des bouts d’existence en avant, sous la lumière blafarde des néons, ou encore par un retour vers leur passé. Des passages racontés par l’autrice avec une plume qui met à terre, grinçante, frappé par son style coups de poing, son univers aussi noir qu’unique, ses thématiques percutantes.

Plusieurs de ces histoires commencent de manière assez burlesque, mettant le sourire au lèvre, voire prêtant à rire. Sauf que très vite, il reste coincé au fond de la gorge… Parce que ces morceaux de destins personnels sont le plus souvent des reflets de mal-être, de traumas, d’horreurs du quotidien. La misère humaine traverse le temps et les strates des statuts sociaux.

Dans Kerozene, il y a zen. Sans aucun doute le mot le plus éloigné de (des) ambiance(s) de ce livre. Le ton est cru et cruel. Derrière une voix parfois faussement légère, provocatrice, émerge vite de la colère. Cette peinture de caractères sert à rendre la fiction presque réelle pour mieux s’en indigner.

Noir et rouge

Ces personnages abîmés, même aussi tranchés, semblent devenir vrais en quelques mots, par le pouvoir d’une écriture viscérale et hautement expressive. De celle qu’on reconnaît vite maintenant, qui marquera à l’avenir.

L’amateur d’histoires courtes que je suis aura été happé, meurtri et subjugué par ces récits-là. Des ambiances tragi-comiques qui laissent des traces, à lire avec des yeux parfois exorbités, incrédules même. Touché au cœur aussi par des protagonistes qui n’ont pourtant pas grand-chose de séduisant à la base.

C’est sans aucun doute cette fibre de réalité, même étirée vers le grotesque et aspergée de violence, qui rend ce livre aussi saisissant.

Pas de redite avec ce deuxième livre d’Adeline Dieudonné, qui marque déjà l’univers littéraire au fer rouge. Son univers, peint de différentes teintes de noir et de rouge, enflamme l’esprit, embrase les sentiments, chauffe à blanc jusqu’au bord de l’excès. Kerozene, brûlot ludique.

PS : le premier « chapitre » de ce livre a été précédemment publié dans le recueil 13 à table 2020, au profit des Restos du cœur.

Yvan Fauth

Date de sortie : 01 avril 2021

Éditeur : L’iconoclaste

Genre : Fiction

4° de couverture

Drôle comme une comédie, tendu comme un thriller, mordant comme un pamphlet : le retour de la patte Dieudonné !

Une station-service, une nuit d’été, dans les Ardennes. Sous la lumière crue des néons, ils sont douze à se trouver là, en compagnie d’un cheval et d’un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23h12. Dans une minute tout va basculer. Chacun d’eux va devenir le héros d’une histoire, entre lesquelles vont se tisser parfois des liens. Un livre composite pour rire et pleurer ou pleurer de rire sur nos vies contemporaines.



Catégories :Littérature

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19 réponses

  1. Il m’attend sagement mais cette chronique donne diablement envie de l’attaquer ❤️

  2. Ayant vu l’auteure à la grande librairie et suite à cette superbe critique ,il ne me reste plus qu’une chose à faire c’est de me rendre chez ma libraire pour l’acheter.Merci pour ce retour.

  3. J’avais été touchée par l’adolescente narratrice de la vraie vie et apprécié le ton incisif de cette jeune auteure belge.

  4. Je crois que je vais craquer…

  5. J’avais adoré son premier, véritable révélation dans laquelle elle maniait déjà cet art de raconter des choses terribles avec une sorte de fausse légèreté, une poésie légèrement décalée qui n’empêchait pas la cruauté ni la beauté de s’exprimer.
    Je passerai par cette station-service à coup sûr. Merci 😉

  6. C’est une autrice que je dois absolument découvrir! Merci pour ce beau retour, je me laisserai bien tenter par ce mélange de rouge et noir…✨🧚🏻‍♀️

  7. J’avais adoré son premier roman, un véritable coup de coeur et j’ai bien envie moi aussi de passer par la pompe à essence 😉

  8. J’ai passé l’après-midi dans la station service et je suis… circonspecte….

Rétroliens

  1. Kérozène – Ma collection de livres
  2. Kerozene, Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste, 2021) – Chroniques de Ju la Brindille

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