Interview – 1 livre en 5 questions : Vers le soleil – Julien Sandrel

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

JULIEN SANDREL

Titre : Vers le soleil

Editeur : Calmann-Lévy

Sortie : 24 février 2021

Lien vers ma chronique

Autre livre, autre ambiance. Après un feel-good militant à suspense, tu nous reviens avec un feel-good dramatique…

« Feel good », je ne sais pas… à vrai–dire je ne me reconnais dans aucune case, et comme tu le soulignes très justement, j’aime varier les plaisirs et changer d’ambiance, de personnages, de tonalité, dans chacun de mes romans. J’aime surprendre mes lecteurs, et si je devais trouver un point commun, un lien entre tous mes romans, je dirais que chacun s’ancre à sa manière dans une histoire familiale forte, et procure des émotions intenses, diverses et variées… « Vers le soleil », c’est l’histoire d’une famille en apparence ordinaire – mais en réalité très particulière –, qui part en vacances en Toscane, et dont les mensonges et secrets volent en éclats lorsque la mère est portée disparue dans l’effondrement du Pont de Gênes, en août 2018. Le titre du roman vient d’un proverbe maori que j’ai cité en exergue et qui résume bien l’esprit de cette histoire : « Tourne–toi vers le soleil, et l’ombre sera derrière toi »… parfois, au cœur d’une épreuve, il suffit de changer de perspective, de se tourner vers la lumière, pour apercevoir une issue.

Sans trop en dire sur l’histoire, un fait réel peut devenir une forte source d’inspiration pour l’imaginaire…

L’effondrement du pont de Gênes en août 2018 est un événement qui m’a beaucoup marqué. D’une part parce que je suis d’origine italienne, et d’autre part parce que j’ai ressenti une empathie immédiate avec les victimes de cette tragédie. Je me suis demandé pourquoi, et la réponse est finalement assez simple : car la plupart de ces victimes sont simplement des familles comme tant d’autres, sur l’autoroute des vacances, au cœur de l’été. Comment ne pas imaginer que l’on aurait pu être à leur place, au mauvais endroit au mauvais moment ?

Il se trouve que la ville de Gênes occupe une place particulière sur cette autoroute des vacances : depuis la France, si l’on se rend en Toscane, il n’y a aucun moyen d’éviter de passer par Gênes. Alors ce lieu dramatique devient en quelque sorte une porte d’entrée vers la beauté des paysages de la vallée du Chianti, les villes de Florence et Sienne, entre autres. Autant dire que pour un romancier, la juxtaposition de ces éléments dramatiques et ces merveilles italiennes est une source d’inspiration infinie…

La famille est pour toi une source inépuisable d’inspiration…

Qu’elle soit choisie ou subie, chaque être humain a une famille… plus qu’un sujet, c’est juste la vie 🙂 . Donc oui, je crois que la famille est et restera le terreau principal de mes romans, et qu’il y a autant d’histoires qu’il y a de familles…

Ici, c’est une famille assez particulière, dont l’idée m’est venue en découvrant un reportage sur le phénomène des « acteurs pour clients privés » au Japon : là–bas, il est possible de louer les services d’un acteur pour jouer le rôle d’un proche dans la vraie vie. Je me souviens de ce reportage totalement dingue, dans lequel une jeune femme avait fait appel à tout un tas d’acteurs pour jouer le rôle de sa propre famille lors de son mariage : elle voulait à tout prix éviter que la famille de son mari rencontre sa vraie famille… alors elle a engagé des acteurs. Ça m’a fasciné. Je me suis demandé ce qui pouvait pousser cette jeune femme à une telle démarche, qu’avait–elle vécu, qui était–elle ? Et d’un autre côté je me suis demandé qui sont les comédiens qui acceptent ce type de rôle, quel est leur passé, leur vécu ? C’est comme ça qu’est née cette famille étrange dans mon roman. Tess a engagé Sacha il y a 3 ans pour jouer le rôle d’un proche, en l’occurrence l’oncle de sa fille… évidemment, lorsque Tess va être portée disparue, Sacha, qui n’a aucun lien légal avec cette enfant, va être poussé dans ses retranchements, et se questionner à grande vitesse sur la réalité de ses sentiments pour cette petite fille et sa mère… J’ai beaucoup parlé de maternité dans mes romans précédents, notamment dans « La Chambre des merveilles ». Dans « Vers le soleil », j’ai voulu parler de paternité. Montrer le parcours accéléré d’un homme qui apprend à devenir père, presque à son insu.

Ta belle histoire est aussi une manière de rappeler qu’il ne faut pas attendre que la vie décide à notre place…

Ce que j’apprécie particulièrement, c’est de saisir mes personnages à un tournant de leur vie. Ce genre d’instant charnière où il y aura forcément un avant et un après, où les décisions à prendre sont cruciales, et obligent à se poser les bonnes questions. C’est une manière de les bousculer, de leur rappeler ce que tu formules si bien : pourquoi laisser la vie décider à notre place ? Bien souvent, même dans une situation dramatique, il reste une marge de manœuvre, un pouvoir extraordinaire : celui de choisir quelle direction donner à la suite de son existence. Alors si le lecteur en tire la conclusion qu’il ne faut pas attendre d’être bousculé comme cela pour prendre un pas de recul sur sa vie et faire des choix, tant mieux… 🙂

A chaque livre, de manière différente, tu nous parles de quête de sens. Tes personnages apprennent à aimer, et toi tu les aimes à la folie…

J’écris quasi–exclusivement à la première personne, alors cela m’oblige à me glisser dans la peau de mes personnages, à penser comme eux, à décider selon leur psychologie, leur vécu… Je ne pourrais pas faire cela sans les aimer, d’une façon ou d’une autre. Et ce, dans toute leur humanité : avec leurs qualités, mais aussi leurs failles, leurs douleurs et leurs joies. Je pense qu’une bonne histoire repose forcément sur des personnages forts, qui font des choix, parfois atypiques, et qui évoluent au fil des épreuves qu’ils traversent. Alors oui, chacun, d’une manière ou d’une autre, a une direction, un chemin à suivre pour se trouver ou donner un sens à sa vie… un peu comme nous tous finalement, non ? 🙂



Catégories :Interviews littéraires

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2 réponses

  1. Je n’ai pas encore lu ce livre ci. Un grand coup de cœur pour La Chambre des Merveilles. J’ai adoré et j’en conseille vivement la lecture. Une belle découverte pour le roman que je cite. Celui-ci est en attente 😊☀️

Rétroliens

  1. Vers le soleil – Julien Sandrel – EmOtionS – Blog littéraire

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