Interview – 1 livre en 5 questions : Ces orages-là – Sandrine Collette

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

SANDRINE COLLETTE

Titre : Ces orages-là

Editeur : JC Lattès

Sortie : 06 janvier 2021

Lien vers ma chronique

Après les grands espaces (détruits) de ton précédent roman, voici l’espace intime (détruit) d’une femme qui cherche à se reconstruire…

Je suis fascinée par ce réflexe inscrit au fond de la nature (j’inclus l’humain dans la nature) : celui de la lutte absolue pour la survie. C’est l’histoire de la forêt re-née de Tchernobyl, des terres incendiées couvertes d’herbes, des animaux qui reviennent après une catastrophe. C’est l’histoire des hommes et des femmes qui se relèvent après avoir mis un genou à terre, quand nous croyons que c’est impossible. Bien sûr, cet élan a une limite, notamment du côté humain : parfois, le fardeau est trop lourd. Mais ce qui me passionne est la zone trouble juste avant ce point de non-retour. Je regarde la destruction comme le jour précédant la reconstruction bien plus que l’anéantissement total. Je regarde surtout quelle forme prend cette reconstruction. Parfois, elle échoue ; parfois, elle est pire que ce qui existait avant.

Dans Ces orages-là, Clémence vient de quitter Thomas. Le monde, un tout petit monde – le leur – s’écroule. L’avenir est une inconnue, une terre vierge, une croisée des chemins où tout peut arriver : les meilleurs choix comme les pires.

On plonge au plus profond de la psyché, avec une analyse psychologique extrêmement fouillée. Comment as-tu réfléchi ton personnage, travaillé aussi finement ses ressentis ?

Comme toujours : à l’instinct. Bien sûr, j’ai lu quelques livres, mais je me méfie des écueils de la documentation et de la théorie qui enlèvent leur âme à une histoire si on les laisse prendre le dessus. Alors j’ai plutôt essayé de me demander : et si cela m’était arrivé ? Qu’aurais-je fait, qu’aurais-je été capable de faire ? Qu’est-ce qui m’aurait aidée, et qu’est-ce qui m’aurait enfoncée ? Se mettre dans la peau de, c’est une expérience complexe et inoubliable. Dans la situation de Clémence qui a vécu une relation effrayante, je crois que c’est aussi difficile de rebâtir son monde intérieur, intime, que de reconstruire le monde après un cataclysme. En cela, Ces orages-là est à la fois très différent de mon précédent roman par son envergure, et très proche dans son processus. D’une certaine façon, chaque être humain est un monde à part entière.

Ce roman est aussi à part dans ta bibliographie, par le peu de place que prend la nature…

C’est vrai : la nature n’est pas au premier plan, elle n’est pas un personnage, comme on pourrait le dire de la plupart de mes autres romans. Et pourtant elle est là, omniprésente, « obnubilante » pour Clémence. Elle est au commencement et à la fin. Elle est aussi, sous la forme d’un extraordinaire petit jardin si plein, si exubérant, si coloré qu’il a l’air immense, une sorte de chemin. Mais le livre fait la part belle à l’humain, tu l’as dit : à la psychologie des personnages, au tourbillon qui les saisit les uns les autres, à la spirale dans laquelle ils se trouvent et leur façon d’essayer d’en sortir. Pour certains, cela marche. Pour d’autres, c’est fichu. Et cette fois, la nature n’y est pour rien.

Et puis il y a ton écriture, sublime. Qui elle aussi a évolué pour mettre en lumière tous les doutes du personnage…

Peut-être t’ai-je déjà répondu de cette façon : je ne sais pas. J’ai cette chance inouïe que mon écriture s’adapte d’elle-même à l’histoire que je raconte. Cela vient sans doute, comme je l’ai dit, du fait que j’écrive à l’instinct, aux tripes. Je ne suis pas un auteur intellectuel mais émotionnel, les mots me servent à exprimer quelque chose que je ressens plus que de le concevoir, de le travailler, de le conceptualiser. Je les laisse aller. Après, je regarde si cela sonne juste. Il me semble que des phrases à peine terminées, des tirets qui restent en l’air (je t’ai entendu dire avec une magnifique justesse : « des traits de désunion »), quand la pensée se disloque et que la parole n’est plus possible, des plongées dans l’abîme de Clémence, son désespoir, sa colère à coups de tout petits mots, toutes petites images, tout ceci est la meilleure façon que j’aie trouvée de peindre le chaos dans lequel elle se débat au moment où elle se croyait sauvée.

Au final, on y parle aussi d’espoir, celui de tenter de s’en sortir…

Oui, revenons à ta première question 🙂 et cette énergie sidérante pour essayer de se relever quand on tombe. C’est une image qui me hante : être debout. Se mettre debout, rester debout. La position verticale, pour moi, c’est la vie. Quand on ne se lève plus, c’est qu’on est en train de mourir. C’est particulièrement vrai chez les animaux mais il me semble que c’est pareil pour l’humain. En ce sens, tenter de s’en sortir est un réflexe, une pulsion, quelque chose d’animal au fond de nous, je veux dire, poussé à un point extrême : nous le faisons parce que nous sommes des animaux, pas parce que nous le voulons. Mais nous le faisons à notre manière d’humains. Nous le faisons, nous aussi, jusqu’au bout. Le bout, c’est notre résistance : celle de notre corps, car nous ne sommes pas immortels ; et celle de notre énergie psychique, car nous ne sommes pas inépuisables.



Catégories :Interviews littéraires

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12 réponses

  1. J’aime cette écriture instinctive et ce besoin que les phrases « sonnent »justes. C’est exactement ça… j’ai vraiment hâte de la rencontrer ! Merci pour cette très belle interview ❤️qui permet de comprendre comment elle l’a imaginé.

  2. J’avais déjà envie avant « de m’y plonger », mais là c’est sûr, il le faudra !

  3. Waouh. Merci pour ce bel échange. 🙏❤️J’aime déjà Clémence.

  4. Oui très belle interview ! J’aime cette idée d’auteur émotionnel 😍

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  1. Ces orages-là - Sandrine Collette - EmOtionS - Blog littéraire

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