Interview – 1 livre en 5 questions : Les monstres – Maud Mayeras

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

MAUD MAYERAS

Titre : Les monstres

Editeur : Anne Carrière

Sortie : 02 octobre 2020

Lien vers ma chronique du roman

Quel a été le cheminement qui t’a amenée à cette histoire de monstres ?

Ce roman, je crois qu’il s’agit au final du premier. J’avais envie de l’écrire depuis mes 12 ans, il est né quand les « monstres » sont entrés dans mon quotidien. Dans mes influences, certes, mais dans le cœur aussi, dans la tête, dans le corps. Ces monstres, je crois que chacun les appelle comme il veut, mais qu’ils remplissent le ventre de tous. On leur donne des noms différents : « angoisses », « démons », « folie », « maladie ». On dit toujours que les Monstres, ce sont les autres, ceux qui craquent, ceux qui franchissent la limite de l’indicible, ceux qui tuent, ceux qui font souffrir. Mais, en nous tous, tout au fond, il y a un trou béant d’obscurité, non ?
Parfois il prend le dessus. Parfois, non.
Ces « monstres », peu importe leur forme initiale, avaient besoin de mûrir, de devenir des mots, des ressentis, des odeurs, des personnages.
3 romans et 25 ans m’ont permis d’apprendre et d’avancer dans l’écriture.
Il y a toujours eu des Monstres, dans Hématome, Reflex ou Lux, mais ici, j’ai pu les explorer bien plus profondément, et enfin embarquer les lecteurs avec mes personnages.

On sent que tes influences viennent de différents horizons, du fait divers jusqu’au films / livres de genre…

Les influences pour Les Monstres sont très précises, contrairement aux romans précédents, car elles me suivent depuis toujours. Ce sont les plus profondes, les plus sincères, les plus ancrées.
D’abord, il y a eu Stephen King, évidemment, avec le roman ÇA (je radote sur King, mais il a tout éveillé !), car celui-ci réunissait des enfants qui devaient combattre leurs plus grandes peurs. La récurrence des enfants dans mes histoires vient de là, en grande partie. Ils font appel à des sensations qu’on a oubliées en devenant adulte.
Puis de plus en plus de claques, qui jouaient moins sur l’imaginaire, plus proches de l’horreur de la réalité, Rafael derniers jours, Le livre de Jérémie, Sur ma Peau, et Le puits pour ne citer que quelques exemples.
Et puis, il y a eu les films de genre, révélation ici aussi. Le tout premier était une adaptation de Clive Barker : Rawhead Rex (incroyablement mauvais), mais je sursautais, je m’agrippais aux draps, j’avais envie que ça s’arrête et je regardais quand-même. Et de la soif de sang gratuit, on se tourne vers les thrillers psychologiques bien noirs, qui chatouillent les vraies peurs, celles qui hantent, je pense à Mister Babadook (Australie), et à Mother (Coréen), qui m’ont remué les tripes extrêmement fort.
Et, au-delà de tout ça, il y a évidemment la réalité, qui dépassera forcément toutes les histoires abjectes que les auteurs pourront jamais inventer.

On retrouve des thématiques obsessionnelles chez toi, comme la relation maternelle…

La thématique des enfants a toujours été présente, car je n’ai jamais eu envie de quitter ce stade. Insouciance, années 80, synonymes de liberté, de bêtises sans gravité, de croûtes, d’amours qui ne faisaient pas mal, de monstres qu’on avait envie d’adopter, des peluches qu’on voulait voir vivantes…
Et l’obsession pour la relation mère-enfant est née avec Reflex. J’étais enceinte lorsque je l’ai écrit, toutes les angoisses sont ressorties à torrent. J’ai franchi les barrières du mal à l’écrit, pour ne jamais les franchir autrement. Je dis souvent que ce livre est pour moi un talisman, écrire le pire pour qu’il n’arrive jamais.

Oui c’est un roman noir, oui il colle des frissons, mais ce qui transpire de chacun de tes mots ce sont les émotions…

Elles ont toujours transpiré… Malheureusement, heureusement, je ne sais pas. L’hypersensibilité est un mot de moins en moins taboue, mais elle est toujours incomprise et mal vue.
Les émotions, les odeurs, les sens font partie des histoires. J’ai besoin de ressentir pour écrire, de fermer les yeux pour imaginer une scène, et de sentir des mains rugueuses autour de mon cou pour raconter.
C’est bien pour cela que je serais bien incapable de publier un roman tous les ans. C’est une énergie de dingue.
En parlant d’énergie, parlons aussi de celles qui sont échangées sur les salons, c’est fou, on peut rire comme être proche des larmes, on en sort totalement épuisé parce qu’on a rien gardé pour soi.

Le livre est réaliste. Mais en terme d’écriture, certains passages du roman sont surprenants et évoquent les contes. C’était une manière de te lancer des challenges ?

A vrai dire, la toute première lecture dont je me rappelle (j’apprenais à aligner les lettres à l’époque), et que j’ai découverte grâce à une série de cassettes audio (qui s’appelait « Raconte-moi une histoire », appel aux plus anciens !), était un conte d’Andersen : « Le briquet ».
L’histoire : un homme doit partir en quête d’un briquet, sorte de trésor pour une méchante sorcière. Il y a ce trou creusé dans un tronc (voilà le terrier…) et à l’intérieur se tiennent 3 chiens immenses avec des yeux « plus grands que des soucoupes » (cette phrase est restée).

Début des monstres, de la fascination et de l’attirance pour ceux-là.
Pour la petite histoire, le conte se termine très mal, les chiens tuent, l’homme se met à tuer à peu près tout le monde, et enlève une princesse dont il est « amoureux ». Voilà, voilà.
Tout cela pour dire que l’imagerie des contes a toujours été présente, et qu’effectivement, il s’agissait là d’un défi. J’en ai écrit pour des amis, ils me donnaient un ou plusieurs mots et je tissais tout autour. J’ai adoré écrire ces contes. Ils étaient une respiration dans le récit et un hommage que je devais leur rendre depuis longtemps.

Crédit photo : Marie Bossavy Lapuelle



Catégories :Interviews littéraires

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15 réponses

  1. Mazette. Quel talent Maud, merci à tous deux pour ce bel échange. 🙏❤️

  2. Une auteure trop rare et incontournable quand on aime le noir. Je l’adore

  3. Je l’ai dans ma PAL, je vais donc bientôt le découvrir, mais j’attends le moment propice !

  4. Voilà maintenant que j’ai enfin digéré cet incroyable roman, je peux lire votre bel échange.
    Merci à vous deux pour cet entretien passionnant.

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