Les dynamiteurs – Benjamin Whitmer

Le genre du roman noir est multiple. Voilà pourtant un livre qui pourrait à lui seul le définir.

Colle à la peau

Tout y est. Le contexte social (et historique ici aussi). La violence et la noirceur qui mettent d’autant plus en avant l’humanité, dans ce qu’elle a de pire mais aussi de plus beau. Des personnages forts et par qui tout arrive. Une histoire qui sonne vrai tout en étant véritablement inattendue. Des émotions puissantes, de celles qui marquent. Et, pour sublimer le tout, c’est magnifiquement bien écrit et raconté.

La vie en 1895 n’est pas une partie de plaisir, même dans une grande ville comme Denver. La peinture du milieu, loin du « nature writing » dont les auteurs américains usent et abusent, colle très vite à la peau du lecteur.

Aux côtés de ce groupe de jeunes orphelins qui n’ont comme seul objectif que de survivre, les émotions sont palpables à chaque page. La découverte du roman se fait réellement par l’entremise de personnages étonnants, atypiques, de vraies rencontres. D’ailleurs, dans ce roman, il est beaucoup question de rencontres.

Âpre

Ce groupe de jeunes est en conflit, physiquement et moralement, avec le monde des adultes. Pourtant, Sam, notre « héros » va devoir s’extraire de son petit monde pour aller vers celui des « Crânes de Nœud » (comme ils appellent les adultes). Le choc va être brutal, une découverte qu’il fera avec retenue mais aussi les yeux grands ouverts.

Voilà bien un roman qui risque de ne pas vous aider à garder le moral. Dur, injuste, éprouvant parce que vivant, il est pourtant aussi le lieu où de vraies émotions positives peuvent poindre parfois, entre ces pans de noirceur.

Les dynamiteurs font du bruit, Benjamin Whitmer ne nous raconte pas une berceuse. Sur fond de guerre de territoires ; territoires de non droit ; il nous fait vivre au plus près la transformation de Sam en homme.

Récit initiatique, avec la brutalité d’une Amérique qui explique bien des choses, le roman touche tellement aux tripes et au cœur qu’il est difficile de s’extirper de cette âpre histoire.

Combattre la fatalité

L’écrivain décrit la noirceur sans détour, et pourtant avec sensibilité. Cette aventure humaine, d’un laissé-pour-compte qui tente de sortir de son environnement, bouscule.

Qu’on ne s’y trompe pas, il n’en rajoute pas pour le plaisir de secouer le lecteur, et il sait aussi parler d’amour et de sentiments complexes. Ça rend les protagonistes d’autant plus attachants et fascinants, avec leurs manières de tenter de combattre la fatalité.

Par la grâce d’une belle et expressive plume, par un talent formidable pour créer des personnages qui sonnent juste, par ce contexte si dur, Benjamin Whitmer propose un roman qui ne s’oublie pas.

Aussi désespéré que parfois émouvant, Les dynamiteurs est l’essence même du roman noir. Un livre, un auteur, à lire absolument.

Yvan Fauth

Date de sortie : 03 septembre 2020

Éditeur : Gallmeister

Genre : roman noir

4° de couverture

1895. Le vice règne en maître à Denver, minée par la pauvreté et la violence. Sam et Cora, deux jeunes orphelins, s’occupent d’une bande d’enfants abandonnés et défendent farouchement leur “foyer” – une usine désaffectée – face aux clochards des alentours. Lors d’une de leurs attaques, un colosse défiguré apporte une aide inespérée aux enfants, au prix de graves blessures que Cora soigne de son mieux. Muet, l’homme-monstre ne communique que par des mots griffonnés sur un carnet. Sam, le seul qui sache lire, se rapproche de lui et se trouve ainsi embarqué dans le monde licencieux des bas-fonds. Expéditions punitives, lynchages et explosions précipitent l’adolescent dans l’univers honni des adultes, qui le fascine et le repousse à la fois. Au point de modifier sa nature profonde, et de l’éloigner insidieusement de Cora.



Catégories :Littérature

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6 réponses

  1. Et oui encore un très grand Whitmer. On commence à être habitué avec lui 😉

  2. Benjamin Whitmer ne raconte jamais de berceuse, c’est limite « perceuse », lui… 😆

  3. Ahhhh Benjamin Whitmer, j’aime beaucoup cet auteur depuis que j’ai lu Pike.
    Et même si je ne lis pas ses livres lors de leurs sorties, je m’arrange toujours pour leur faire une place dans mon planning livresque. 😉

  4. J’achète !
    Vil tentateur !

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