Détruire tous les monstres – Grady Hendrix

En ces temps où tout se ressemble, qu’il est bon de voir un auteur et un éditeur sortir un roman atypique ! Détruire tous les monstres est bien un thriller, mais comme vous n’en avez surement jamais lu.

Sans doute qu’on pourrait parler d’un thriller fantastique, mais ce serait tellement réducteur. A Black Metal Novel.

L’essence de la musique

Voilà un roman qui traite avant tout de musique, extrême pour certains, mais vraie et pure surtout. Un genre qui n’est pas totalement pollué par le marketing et qui regorge encore de passionnés qui ne pensent qu’à créer. La définition de l’artiste. Mais dans ce style aussi, certains vendent leurs âmes au diable.

C’est donc une histoire à lire au premier degré, mais qui en cache également un second. Pour réfléchir à la place de plus en plus limitée de la sincérité créative dans notre société, sur l’aseptisation générale, sur le nivellement de la production musicale (idée qui peut s’étendre à tout ce qui nous entoure).

La musique Metal était idéale pour raconter cette histoire sombre et ainsi développer des thématiques plus profondes. Et pour ça, l’auteur (le bien nommé) a compris que l’essentiel reste les personnages (mais on en reparlera plus loin).

Carrière ratée (de peu)

A titre personnel, je dois chaleureusement remercier Grady Hendrix. Je suis tombé dans le Rock et le Metal à l’âge de 13 ans pour ne plus en ressortir. Une passion dévorante. La lecture a été présente en parallèle, importante aussi, mais c’est bien la musique qui a été mon moteur et mon carburant pendant des décennies. Près de 40 ans. Il m’a replongé dans mon passé avec son livre.

L’écrivain nous fait vivre au plus près d’une musicienne qui a presque côtoyé la réussite, tutoyé la reconnaissance, avant de complètement rater sa vie. Il nous emmène aussi dans un monde musical étonnant, avec ses codes, ses excès, ses coups de génie.

Je ne sais pas quels sont les goûts musicaux d’Hendrix, en tout cas son travail de recherche pour construire son environnement est aussi impressionnant que précis et formidablement mené. Chaque chapitre est introduit par le titre d’un album de Metal. J’ai écouté presque tous les albums cités, durant les heures glorieuses du genre (les années 80 et 90). Autant dire que ce livre m’a beaucoup parlé.

Immersion

Sa manière de décrire la sphère Metal (et le monde musical en général) est diaboliquement immersive si tant est que la musique vous parle (quel que soit le style que vous appréciez). Si ce n’est pas du tout votre cas, ce livre n’est pas fait pour vous.

Les coulisses de cette musique, le lecteur va les vivre aux cotés de Kris, ancienne guitariste, perdue dans cette Amérique déliquescente, celle de la masse silencieuse qui n’a rien, ne possède rien. Sa jeunesse est loin derrière elle, sa vie de musique aussi. Un drame étrange est passé par là. Jusqu’à ce qu’elle reprenne le taureau par les cornes, en voyant le come-back du seul musicien de son ancien groupe à avoir réussi sa carrière au point de tutoyer les étoiles.

Voilà un personnage incroyablement touchant, par ses failles, ses ressentis. D’autres qu’elle croisera sur la route d’une possible rédemption le seront aussi, pour certains. Oui, les protagonistes sont l’autre point fort de cette histoire, joliment dessinés.

Pouvoir de la création artistique

Cette intrigue est différente, étrange. A la fois quête, pour subitement dériver vers l’horreur, et parfois intimiste aussi. Difficilement racontable (et tant mieux).

Elle cultive son côté atypique sans pour autant tomber dans la caricature. Certaines scènes sont étonnantes, à l’image du final complètement fou et qui s’avère aussi grandiloquent que jamais lu (ceux qui ont vécu des festivals comme le Hellfest le vivront dans leur chair).

Détruire tous les monstres est un cri d’amour à la musique, au pouvoir de la création artistique. C’est aussi un thriller comme il n’en existe que peu, singulier et hors normes. Une lecture à part, Grady Hendrix se révélant un aussi bon conteur qu’un témoin de ce qu’est notre société de consommation. Un roman ludique, déstabilisant, et plus profond qu’il n’y paraît.

Yvan Fauth

Date de sortie : 05 novembre 2020

Éditeur : Sonatine

Genre : thriller inclassable

4° de couverture

Et si on vous entendait enfin crier ?

À l’adolescence, la musique a sauvé Kris d’une vie misérable. Elle a monté un groupe de metal avec son ami Terry, puis a pris la route pour une décennie de concerts, d’ivresse, de narcotiques et de délires divers. La belle vie, en somme. Jusqu’au jour où la musique s’est arrêtée. Et où Kris est revenue dans son bled pourri pour travailler dans un hôtel tout aussi pourri. Avec des tonnes de tranquillisants pour endormir sa colère.
La bête en elle se réveille enfin le jour où elle apprend que Terry, qui a trahi le groupe pour une carrière solo triomphale, va refaire une série de concerts.
Et c’est une bête très, très en colère.
Le temps est en effet venu d’aller trouver Terry pour s’expliquer.
Pour lui montrer qu’il reste des choses, dans ce monde, qui ne sont pas à vendre.

Un livre pour tous ceux qui trouvent que le volume n’est jamais assez fort.



Catégories :Littérature

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9 réponses

  1. Ça pulse dès le matin de bonne heure chez toi! Alors comme ça tu fréquentes Clisson ?

  2. Salut mon ami, Un black Metal Novel ? Celui-là est pour moi, juste pour l’expression que tu as employé. Je vais donc le tester. Amitiés

  3. De mon côté, je l’avais déjà repéré et noté, et ta chronique confirme l’urgence à faire passer ce titre de la case wish-list à la case PAL ! (Et vive le metal 😋)

  4. Très envie de l’offrir à Arnaud pour le coup !!

  5. Voilà donc un cadeau tout trouvé à mettre sous le sapin! Merci Yvan!

  6. Fan de thriller et fan de metal… a priori la sauce devrait prendre 🙂

  7. superbe chronique pour un roman qui donne envie…

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