Vers les étoiles – Mary Robinette Kowal

Il y a des livres qui brillent. Vers les étoiles en est un.

Tout d’abord, grâce à une idée brillante, une uchronie intelligente. Imaginez ce que seraient devenus le monde et la conquête spatiale si une météorite était tombée à côté de Washington au début des année 50, détruisant une bonne partie de cette côte des USA. Et engendrant des changements climatiques catastrophiques et définitifs. De quoi accélérer la volonté d’aller voir au-delà des étoiles (qui ont d’ailleurs disparu de la vue des hommes suite à la catastrophe).

Ensuite, par la manière lumineuse dont le roman est construit. Vu par l’œil d’une femme, loin de de la testostérone habituelle qui accompagne les récits du genre. Une sorte d’Étoffe des héros version féministe et qui se focalise avant tout sur les personnages.

Enfin par la façon éclatante dont l’histoire est racontée, toujours au plus près des émotions, tout en étant travaillée avec rigueur en matière d’environnement scientifique.

Multiprimé

Le livre est bardé des prix les plus prestigieux de la littérature de SF (Hugo / Nebula / Locus / Sidewise), à en donner le vertige. Ces distinctions sont d’autant plus importantes qu’elles consacrent un livre accessible à tous les publics, qui a toutes les qualités pour passionner tous les lecteurs, amateurs de SF ou non. Le sacre d’un roman qui fait passer l’humain avant tout, et développe des thématiques fortes et qui parlent à tous.

Vous aimez les aventures autour des prémisses de la conquête spatiale ? Vous allez adorer. Ce n’est pas un sujet qui vous passionne particulièrement ? Vous risquez fort d’adorer tout de même.

Parce que cette course vers les étoiles, brutalement accélérée par un événement majeur, est passionnante à suivre, à une époque où l’ordinateur n’était pas là pour faire le boulot à la place des hommes et des femmes. A une période charnière où l’intelligence et l’ingéniosité étaient des valeurs à chérir.

Encore fallait-il laisser ces connaissances et cette habileté se déployer. En pleine guerre froide, où la peur du nucléaire se retrouve subitement remplacée par des préoccupations climatiques qui n’étaient pas du tout dans l’esprit des gens.

Ce qui était encore moins dans l’air du temps, c’était de donner une autre place aux femmes que celle de s’occuper du foyer. Autant dire que même quand on est une mathématicienne de génie et qu’on rêve d’aller dans l’espace, c’est une envie qui restait proche de l’utopie.

Féminisme et tolérance

Et quand on est une femme noire, n’en parlons même pas (c’est le cas de plusieurs personnages secondaires)… C’est une époque où on séparait encore les gens par couleurs, sans qu’on imagine parler de ségrégation.

Racisme, féminisme, climat, des thématiques qui résonnent beaucoup aujourd’hui, et cette vision d’un passé proche nous fait comprendre pourquoi on en est là et tout le chemin qu’il reste à parcourir.

Mais ce livre est tout sauf moralisateur. C’est une photographie d’un monde chamboulé et qui se retrouve dans l’obligation de s’entraider, de coopérer, de se coaliser. Par la force des choses. Et c’est là que le génie inné de l’être humain prend tout sa valeur.

Vers les étoiles est une formidable aventure, une épopée racontée au plus près des personnages, de leurs vies, leurs doutes, leurs espoirs, leurs luttes. Au quotidien.

Mary Robinette Kowal a un immense talent pour parler de génies qui sont avant tout des femmes et des hommes. Elle a cette étincelle d’inspiration qui rend son roman impossible à lâcher et si attachant.

Voilà ce que doit être, à mon sens, la SF d’aujourd’hui : parler du monde qui se délite, parler des humains qui se battent pour avancer. Une lueur d’espoir à travers cette histoire aussi distrayante que parlante. Épatant !

Yvan Fauth

Date de sortie : 07 octobre 2020

Éditeur : Denoël

Genre : Science-fiction / Uchronie

4° de couverture

Une femme. Une mission. Sauver le monde.

1952. Une météorite s’écrase au large de Washington, dévastant une grande partie de la côte Est des États-Unis et tuant la plupart des habitants dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. Par chance, Elma York et son mari, Nathaniel, en congé dans les Poconos, échappent au cataclysme et parviennent à rejoindre une base militaire.
Elma, génie mathématique et pilote pendant la Seconde Guerre mondiale, et Nathaniel, ingénieur spatial, tentent de convaincre les militaires que la météorite n’a pu être dirigée par les Russes. Mais, ce faisant, ils découvrent que la catastrophe va dérégler le climat de manière irréversible et entraîner, à terme, l’extinction de l’humanité.
Seule issue : l’espace. Une coalition internationale lance un programme spatial de grande envergure… inaccessible aux femmes. Elma compte pourtant bien y prendre part et devenir la première Lady Astronaute.



Catégories :Littérature

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4 réponses

  1. Vu le palmarès du bouquin (Hugo, Nebula et Locus), j’ai pris sans hésitation.
    Ton avis me motive encore davantage.

  2. Voila qui donne vraiment envie. Merci.

  3. Ben bravo,, on nous reconfine et monsieur Yvan fout le camp vers les étoiles ! 😆 Bon, au moins, si tu rates les étoiles, tu tomberas sur la lune (oui, j’ai changé l’ordre de la phrase).

    Merde, je ne voulais rien noter et voilà qu’une fois de plus, à cause de toi… déjà que j’ai foutrement envie de lire Marc Lévy après ton article et son passage sur LGL…..

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