Interview – 1 livre en 5 questions : Le jour où – Amélie Antoine

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

AMÉLIE ANTOINE

Titre : Le jour où

Sortie : 03 septembre 2020

Éditeur : XO

Lien vers ma chronique du roman

Pour différentes raisons, tes deux personnages principaux voient leurs vies être chamboulées, ils sont cassés de l’intérieur…

Oui, Rebecca et Benjamin sont tous les deux des écorchés vifs. Pour chacun d’eux, il a suffi d’un instant pour que leurs vies basculent de façon irréversible et qu’il ne reste plus devant eux qu’un champ de ruines… D’un côté, Rebecca n’attend plus rien de l’avenir ; elle est complètement engluée dans le chagrin et la douleur. De l’autre, Benjamin est rongé par l’angoisse au point d’en devenir paralysé et de se couper du monde.

On pourrait se dire que ces deux-là sont tellement brisés que rien de bon ne pourra sortir de leur rencontre inattendue, un jour de printemps dans un cimetière parisien. Et pourtant… Pourtant, la vie n’a peut-être pas dit son dernier mot, et peut-être que tout en étant cabossé, on peut parvenir à soutenir l’autre sans s’en rendre compte, alors même qu’on est persuadé de ne plus être bon à quoi que ce soit…

On peut donc écrire un roman en noir et blanc, à la fois sombre et lumineux. Ce livre est avant tout une histoire de résilience…

Je me dis que plus la vie se montre cruelle avec nous, plus on perd pied et on s’enfonce dans le désespoir et la peine, plus la lumière est vive le jour où elle parvient enfin à se frayer un chemin jusqu’à nous. Un peu comme quand on est plongé dans l’obscurité et que d’un seul coup quelqu’un allume une lampe et nous éblouit… Quand j’étais lycéenne (il y a quelques années à peine, donc ^^), j’avais noté dans un carnet cette citation de Khalil Gibran, que je trouvais très juste : « Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie. »

Le jour où, c’est un peu ça, dans un sens. Comment, quand on a tout perdu, absolument tout, quand plus rien ne nous rattache à la vie hormis le fait de ne pas encore avoir trouvé le courage d’en finir, comment est-il possible de trouver la force de taper du pied pour remonter à la surface ? Comment la vie, comment une autre personne – jusqu’alors inconnue, étrangère – peut faire en sorte de nous ramener sur la rive ?

Comment vis-tu l’écriture d’une telle histoire, émotionnellement si forte ?

Comment expliquer… Imaginer ces personnages, et cette histoire, c’était une façon d’exorciser beaucoup de chagrin et d’angoisses que j’avais en moi, à un moment de ma vie. Écrire ce livre, et surtout y mettre un point final, c’était un peu comme John Coffey qui retire le mal en apposant ses mains sur la poitrine de quelqu’un et qui le recrache ensuite. L’écriture a eu cet effet cathartique, et surtout ça m’a donné le sentiment de donner un sens à l’absurde. « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or »… Je ne pense pas avoir créé de l’or, mais je sais que j’ai transformé la boue, du mieux que je pouvais.

Les relations parents-enfants, et celles de couples, sont décidément au centre de tes romans…

Effectivement, mes histoires sont toujours centrées sur la cellule familiale, qu’il s’agisse des relations qu’on a avec ses enfants, ses parents, ou son conjoint… Peut-être parce que c’est avec ses proches qu’on est censés être le plus en confiance, et qu’en réalité, la famille me semble être le terreau le plus fertile pour les secrets, les trahisons, les mensonges, les déceptions, les blessures… Tous mes romans parlent, au fond, de cette même idée : qu’on ne connait jamais vraiment les personnes qui partagent notre vie… Ce peut-être pour le meilleur comme pour le pire.

Crois-tu au hasard ou au destin ?

Bonne question… Je ne crois pas à l’idée que nos vies soient tracées d’avance et qu’on suive un chemin prédestiné sans la possibilité de rien changer. Je pense au contraire que, chaque jour, nous faisons des choix – minimes, comme se lever deux minutes plus tard et rater son métro, ou essentiels, comme changer de travail – qui créent un chemin de vie par des milliers d’autres potentiels.

Mais je crois aussi au hasard, aux coïncidences, aux signes, à la chance : je suis persuadée que si une bonne chose doit arriver, elle arrivera et qu’il suffit d’être confiant et patient (facile à dire, hein !) Enfin, je crois aussi au sens qu’on donne aux événements, je crois à l’idée que tout le monde a besoin de donner un sens à ce qui arrive pour parvenir à avancer, à se relever, à persévérer… Beaucoup de choses peuvent devenir acceptables, ou du moins tolérables, quand on parvient à les transcender et à leur donner une signification…

Crédit photo : Sophie Mary



Catégories :Interviews littéraires

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10 réponses

  1. J’aime beaucoup la simplicité des réponses d’Amelie alors qu’elle livre beaucoup d’elle même. Une très belle personnalité.

  2. Je pense que toi et Amélie avaient une sensibilité d’âme identique 😉

  3. Les mots d’Amélie sont tellement justes : transformer de la boue en or, trouver dans la famille un terreau d’écriture car le sujet est tellement vaste qu’il peut être utilisé à l’infini…
    J’aime cette façon qu’elle a de puiser dans le réel et de transcender ses émotions pour sortir des textes tellement profonds et qui sonnent tellement justes.

  4. Mon Dieu, quel échange. Entre ta chronique, et cet interview j’ai envie de pleurer tellement c’est beau. Amélie est un don du ciel, comme John Caffey, forcément si on parle de la Ligne verte, j’ai les oreilles qui se dressent. Changer la boue en or. Merci à vous deux 🙏❤️ Vais noyer mes kleenex de larmes.

  5. Voilà bien un échange à l’image de l’idée que je me fais de cette auteure d’une rare sensibilité ! Je sens que ce livre va beaucoup me plaire !

Rétroliens

  1. Le jour où - Amélie Antoine - EmOtionS - Blog littéraire

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