Le jour où Kennedy n’est pas mort – R.J. Ellory

L’un des grands Maîtres du Roman Noir s’essaye à l’uchronie, change un événement majeur de l’Histoire et déroule le fil pour en suivre les conséquences.

R.J. Ellory est décidément un auteur étonnant, que je n’attendais pas sur ce terrain-là. Et pourtant, le traitement qu’il applique à ce bouleversement lui ressemble tout à fait. En treize romans traduits en français, il a largement fait montre de l’étendue de son talent. Des histoires qui se déroulent toutes aux USA, où l’émotion est palpable et l’aspect politique plus ou moins en arrière-plan.

Réécriture de l’histoire

Si je devais catégoriser ce roman, je le verrais comme un mix entre Les anonymes et Les fantômes de Manhattan, mêlant rouages politiques de l’Amérique et histoire d’amour déchue.

Cette réécriture de l’Histoire sert d’abord à nous plonger dans les mécanismes gouvernementaux, entre stratégies et jeux de pouvoir. Et à mettre en avant les failles et les excès des hommes qui le détiennent.

Il fallait oser s’attaquer au mythe JFK et à son aura auprès des foules. Le plus jeune président des États-Unis n’aura passé que trois ans au pouvoir avant d’être assassiné. L’une des scènes tragiques les plus marquantes de l’Histoire contemporaine, pour le grand public.

Ellory « sauve » donc la vie du président et le pousse à travailler à sa réélection. Ou plutôt à ce que son entourage le fasse, son frère Robert en tête sous sa casquette de procureur général. Mais aussi comme représentant influent de la dynastie Kennedy.

Image écornée

Il n’est pas inutile d’avoir un bagage pour ce voyage dans le temps et les coulisses du pouvoir. Le lecteur profitera d’autant plus de ce puissant récit s’il connaît l’affaire, le mythe autour de John (surnommé Jack) et les arcanes du pouvoir américain. Je suis sacrément chanceux d’avoir lu 22/11/63 avant, le chef d’œuvre de Stephen King m’aura clairement aidé à bien appréhender cette intrigue.

L’écrivain mélange réalité et fiction, avec des personnages connus qui ont gravité autour de cet assassinat, et d’autres fictionnels qu’il relie à cet épisode.

Il ne se gêne pas pour écorner l’image fantasmée de JFK et démontre parfaitement qu’après une mort brutale, la vision collective d’une personne s’en trouve changée. Le commun des mortels ne garde souvent que les bons côtés du défunt, ses actes illustres et l’illusion de son halo positif sur le monde.

John Fitzgerald Kennedy était une personne complexe, physiquement et mentalement touché par les maladies, et accro au sexe. Ses travers et carences sont au cœur de l’intrigue qui découle de sa « résurrection ».

Mais c’est la plongée dans les tréfonds du système qui fait bien plus froid dans le dos… D’autant plus que l’immense travail de recherches est parfaitement intégré dans l’intrigue.

Politique et émotions

Un livre de Roger Jon Ellory, autant axé sur la politique, ne peut pas uniquement suivre cette voie. Même si elle est moins présente que dans son précédent roman, Le chant de l’assassin, l’émotion est là. Elle est ressentie à travers une histoire d’amour qui s’annonçait intense, mais qui s’est terminée, elle aussi, par la mort.

Le photojournaliste Mitch Newman ne supporte pas l’annonce du suicide de son ex-fiancée et part en quête de réponses (et de rédemption ?). Son enquête est donc d’abord un devoir de mémoire et un cheminement très personnel. Sauf que sa petite histoire va vite s’entrechoquer avec la grande.

A la différence d’autres de ses romans, assez peu de personnages fictifs gravitent autour de ce récit. Parce que c’est aussi une histoire de solitude. Un peu moins d’émotions parfois, mais exacerbées durant certains passages.

Ellory est un conteur hors pair, capable de s’épanouir dans toutes les intrigues. Sa focalisation sur l’Amérique est protéiforme, même si on y retrouve souvent ses obsessions en lien avec les guerres du pays (extérieures ou en interne). Toujours avec habileté et un sens inné de la narration. Et puis, il y a son écriture, si expressive, si forte.

Dallas 1 PM, pas la fin d’une route cette fois-ci, mais le début d’un autre chemin bien tortueux. Le jour où Kennedy n’est pas mort démontre que le talent de R.J. Ellory est lui bien vivant ! Une histoire à part, par un écrivain aussi sublime qu’unique.

Lien vers mon interview de R.J. Ellory au sujet de ce roman

Yvan Fauth

Date de sortie : 04 juin 2020

Éditeur : Sonatine

Genre : Roman noir

4° de couverture

Quand soudain, rien : le président ne mourra pas ce jour-là. En revanche, peu après, le photojournaliste Mitch Newman apprend le suicide de son ex-fiancée, dans des circonstances inexpliquées. Le souvenir de cet amour chevillé au corps, Mitch tente de comprendre ce qui s’est passé. Découvrant que Jean enquêtait sur la famille Kennedy, il s’aventure peu à peu dans un monde aussi dangereux que complexe : le cœur sombre de la politique américaine.

Sexe et manipulations, mensonges et assassinats… Dans cette histoire alternative, à mi-chemin entre 22/11/63 de Stephen King et les thrillers paranoïaques des années 1970, JFK semble avoir échappé à son destin. Mais pour combien de temps ?



Catégories :Littérature

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17 réponses

  1. vraiment un maître cet Ellory…

  2. Salut mon ami, mes deux prochaines lectures seront La Vallée et celui-ci. Comme quoi nous avons beaucoup de lectures communes.Cela devrait me permettre d’acquérir Voir le Noir …. BIZ

  3. Je finis Le Minier, je souffle un peu et je l’attaque 😉

  4. Je voulais déjà le lire, mais là, tu me fais carrément envie !!!
    (euh…, pas de toi, de lire le livre…)
    bises

  5. il me tente depuis sa sortie…
    J’ai adoré 22/11/63, j’espère ne pas comparer…
    JFK me fascinait à l’ado, je pense que son comportement sex-addict « coincerait » un peu aujourd’hui 🙂

    • En dehors du fait de parler de Kennedy et de revoir sa mort, les deux livres n’ont strictement rien à voir. Ils sont donc tous les deux indispensables 😉

  6. A lire ! Evidemment quand il s’agit d’Ellory 🙏👍

  7. Pourrait-on dire que JFK était un DSK en plus « beau » et qui a fini avec un trou d’balle ? Ok, je sors et je le met en haut de ma pire avec « de mort lente » pour juillet.

  8. J’ai les mêmes émotions de lecture quand je lis Ellory et Grisham. Grâce à l’ambiance, la qualité des informations, l’intrigue… Ellory est un talentueux conteur !

  9. J’ai tellement hâte de le débuter ! R.J. Ellory est mon chouchou 🙂

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