Interview – 1 livre en 5 questions : Et les vivants autour – Barbara Abel

1 livre et 5 questions pour permettre à son auteur de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

BARBARA ABEL

Titre : Et les vivants autour

Editeur : Belfond

Sortie : 05 mars 2020

Lien vers ma chronique du roman

Sans trop en dire, ton nouveau roman est tiré d’un fait divers et traite d’un fait de société douloureux…

En effet. Difficile d’en parler, mais en gros, on peut dire que le roman met en scène quatre membres d’une même famille face à un choix impossible : Jeanne, 29 ans, est plongée dans le coma depuis quatre ans. A ce stade du récit, l’équipe médicale préconise l’arrêt des machines au nom de l’acharnement thérapeutique. Mais lorsque le professeur Goossens convoque la famille pour l’entretenir de l’état de Jeanne, l’impensable s’est produit.

L’histoire tourne autour de l’entourage proche de Jeanne, l’onde de choc que cette nouvelle va provoquer en chacun d’eux, la façon dont ils vont gérer la crise, les tensions qui vont naître de leurs différents points de vue. Et puis surtout, les limites qu’ils sont prêts à repousser pour se faire entendre d’abord, obtenir gain de cause ensuite. Chacun est confronté de manière très personnelle au cataclysme qui s’abat sur eux, et j’ai tenté de rendre au mieux et d’appréhender leurs positions respectives. J’aime ce défi, celui d’opposer différentes opinions ainsi que des émotions contradictoires mais de les comprendre chacune séparément et de se demander : « mon dieu, que ferais-je si j’étais à leur place ? »

La situation place une famille assez dysfonctionnelle devant des choix difficiles…

Ce n’est pas une famille dysfonctionnelle à l’origine. En tout cas, pas plus que n’importe quelle autre famille, avec son histoire et son passif, ses secrets et ses cadavres dans le placard (on en a tous, et ceux qui disent le contraire, je demande à voir !). Il est vrai que la famille Mercier fonctionne beaucoup sur le paraître, mais ça aussi, ce n’est pas exceptionnel. C’est la situation qui va la rendre dysfonctionnelle. C’est une façon pour moi, comme souvent dans mes romans, d’explorer les limites du clan, quand un groupe doit faire face à l’adversité et que son équilibre se trouve mis en péril par un choix impossible. La famille faisant office de microcosme, tout y est aiguisé. Parce que c’est la famille, justement. C’est le cercle le plus proche qui soit, qui charrie les émotions les plus exacerbées. Du coup, quand ça explose, c’est cataclysmique.

Tu installes le lecteur au plus près des ressentis des personnages et de leur intimité…

C’est le seul effet sur lequel je puisse compter pour accrocher mon lecteur. Mes histoires sont plutôt ancrées dans l’intime, je ne raconte pas d’enquêtes policières (quoi que, il y en a une, tout de même) je n’ai pas de scènes d’action choc, de personnages qui sortent de l’ordinaire comme un serial killer ou un super flic… Du coup, il faut que je puisse intéresser mon lecteur à l’histoire que je lui raconte d’une autre façon et, pour cela, je joue à fond sur la catharsis, l’identification aux personnages. Mieux tu connais quelqu’un, plus tu vis de l’intérieur ses affres et ses douleurs, ses doutes et ses combats.

Roman de société, roman noir, mais aussi toujours thriller…

Thriller avant tout, je dirais. Je ne perds pas de vue que c’est avant tout une histoire à rebondissements, coups de théâtre et retournements de situation. J’essaie de maintenir le suspens et la tension au fil des pages en faisant monter la tension et en distillant les infos. Après tout, le thriller, c’est une savante mise en scène des rebondissements qui émaillent l’histoire et l’ordre dans lequel tu les intègres. J’essaie de plus en plus de donner à la fois du contenu à mes histoire sans perdre le côté ludique du genre.

Est-ce difficile de trouver le ton juste à chaque page, sans surjouer ? (ce que tu arrives formidablement à faire)

Et c’est là que mes cours de théâtre me sont d’un précieux secours ! Je fais un travail très proche de celui du comédien qui doit se glisser dans la peau d’un personnage et l’interpréter. C’est ce qui me sert de mètre étalon : il faut que la comédienne en moi soit sincère avec ses émotions et, en général, ça se traduit plus ou moins juste sur le papier. Après, c’est surtout du travail. Le meilleur moyen, c’est laisser passer du temps (pendant que j’avance sur le roman et écris les chapitres suivants) puis relire les chapitres précédents et ainsi de suite. C’est (presque) infaillible : si c’est mauvais et mal joué, ça saute tout de suite aux yeux. Finalement, je suis ma première lectrice et je ne me fais pas de cadeau.

Photo : Sophie Mary



Catégories :Interviews littéraires

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4 réponses

  1. Merci pour cette éclairage de cette lecture que j’ai justement achevée ce matin…

  2. Ahhh Barbara. Ce talent qu’elle a pour nous renverser à chacun de ses livres. Merci à toi Yvan et à Barbara pour cet échange. 🙏❤️

  3. Des questions et des réponses qui donnent envie de lire ce livre!

  4. Pas encore lu mais ce roman est fluoré sur ma wish 😉

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