Interview – 1 livre en 5 questions : Maxime Girardeau -Persona

1 livre et 5 questions pour permettre à son auteur de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

MAXIME GIRARDEAU

Titre : Persona

Éditeur : Mazarine

Sortie : 12 février 2020

Lien vers ma chronique du roman

Votre histoire nous plonge dans les coulisses des GAFAM, un univers que vous connaissez bien…

Oui, j’y ai passé dix ans. Je faisais du conseil en marketing digital. J’étais l’un de ceux que je décris dans PERSONA. J’y étais heureux, épanoui. C’est étrange à reconnaître, car c’est la part sombre des GAFAM qui s’est imposée à moi quand j’ai construit la toile de fond de mon histoire. C’est un paradoxe que j’assume. Au sein de ces entreprises, nous sommes dans un cocon moelleux. Leur puissance financière leur permettent d’offrir des conditions de travail extravagantes, qui avec le temps nous paraissent aller de soi. Il devient alors difficile d’être lucide face au décalage avec le reste de la société. Écrire m’a poussé à faire un pas de côté, à prendre du recul, à rendre conscient ce qui était inconscient.

C’est cette dualité, ce rapport d’amour et de haine que j’entretiens avec cette sphère que j’ai romancé dans PERSONA. Ces entreprises du digital savent être aussi incroyables et puissantes, que monstrueuses et terrifiantes. Elles agissent bien souvent comme des adolescents qui hériteraient d’un pouvoir surhumain. Pensant faire le bien avec radicalité, elles en deviennent incontrôlables.

Ça n’en reste pas moins un vrai thriller, rythmé et parfois brutal…

Oui, absolument, et c’était ma volonté première. Je voulais que les GAFAM restent en toile de fond, mais ne cannibalisent pas l’essentiel : mes personnages et mon histoire. L’idée de PERSONA est née au moment où je lisais un roman de Pierre Lemaitre, Alex. C’est là que je me suis mis en tête d’écrire un thriller. Un polar noir, autour d’une intrigue palpitante, angoissante, et au cœur de l’univers qui m’entourait au quotidien.

Cette dualité que j’évoquais plus haut, ce combat entre l’ancien et le nouveau monde, je voulais l’incarner à travers le vécu de mes personnages, le matérialiser en quelque sorte. Je ne peux hélas pas développer plus cet aspect sous peine de divulgâcher l’antagoniste de mon roman, mais il fut mon point de départ, le premier personnage que j’ai posé sur le papier et autour de qui j’ai construis l’ensemble de ma trame et ma structure narrative.

Pour la question de la brutalité, je dois vous avouer que ce fut le seul sujet de désaccord avec ma fantastique éditrice. Il y a eu de nombreuses versions de PERSONA et jusqu’au tout dernier moment, certaines séquences de violences, que je qualifierais de « graphique », allaient plus loin encore. Elle pensait que je franchissais une ligne rouge. Choquer oui, si cela apporte du sens, un éclairage particulier, mais dégoûter le lecteur est une erreur. Au début, je n’étais pas d’accord. Tout un pan de ma culture vient du cinéma de genre américain des années 80/90. Une époque où Hollywood produisait des films radicaux dans leur usage de la violence tel que Robocop, Alien, The Thing, Seven ou Basic Instinct, pour n’en citer que quelques-uns. A cela s’ajoute le choc American Psycho de Bret Easton Ellis, que j’ai lu adolescent et qui reste toujours aujourd’hui mon livre de chevet. C’est pourquoi l’usage que je fais de la violence dans PERSONA et la façon dont je l’utilise pour accrocher l’attention du lecteur était importante. D’autant qu’elle a un double emploi. Elle doit également souligner la violence Inhérente au monde qui nous entoure. Elle se devait d’être d’autant plus rugueuse, que je décrivais un univers déconnecté des réalités.

Je pense qu’à force d’argumenter chacun nos points de vue, nous sommes arrivés à un point d’équilibre.

L’image que l’on donne de soi en public est souvent bien éloignée de son moi intérieur…

Oui, c’est l’une des premières choses que j’ai apprise – et que j’ai toujours gardé – de mes deux années de Psychologie à la fac. Cela devient une évidence quand on observe les comportements sous cet angle. Sur ce point, la révolution numérique et les réseaux sociaux n’ont rien inventé. En revanche, ils font office de catalyseurs et amplifient ce besoin de se cacher derrière des masques sociaux, de peur d’apparaître aux autres tel que l’on est, avec ses doutes, avec ses faiblesses, avec ses défauts. L’importance prise par les filtres Snapchat chez les Millénnials en est une incarnation actuelle.

Dans le monde professionnel, ça devient une uniformisation de l’ensemble pour coller aux carcans de ce que l’entreprise définit comme un collaborateur performant. Carcan qui d’ailleurs change parfois drastiquement et provoque des ruptures entre ceux qui s’adaptent, changent de « persona » et ceux qui ne peuvent pas.

Votre écriture est vive et souvent cynique…

Merci ! Je suis heureux de ce compliment, car je n’ai aucune formation en lettre, je n’ai jamais participé à des ateliers d’écriture. J’ai beaucoup travaillé le style par tâtonnement, durant les longues phases de réécriture, guidé par la patience de mon éditrice. Je peux vous assurer que ce fut, un long processus, je suis donc content, si le résultat se ressent.

Concernant le cynisme, je crois que je le suis d’autant plus que je suis aussi profondément idéaliste. Et comme l’ancien et le nouveau monde s’affrontent, mon cynisme et mon idéalisme passent leur temps à ferrailler dans mon subconscient.

Je pense aussi que le cynisme est une manière de crier : « Nous ne sommes pas dupes ! », face aux visions idéalisées que le Marketing aime tant imprimer dans l’esprit de chacun.

C’est votre premier roman, peut-on imaginer retrouver certains des personnages par la suite ?

Je ne sais pas ce que j’ai le droit de répondre, ce qui est déjà, je crois, une réponse en soi ! Je me risque donc à vous dire un grand Oui, et j’espère que je n’aurai pas un coup de fil de mon éditrice demain, furieuse que j’ai révélé ce qui devait rester secret.



Catégories :Interviews littéraires

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10 réponses

  1. Je suis entrain de le lire et j’avoue avoir eu un peu de mal à y entrer : la froideur de ce monde bien huilé mais surtout, les détails sur les violences subies…et un petit ton décalé est venu me chatouiller et m’a pris par la main …alors je continue ! Très belle ITW merci pour ce partage !

  2. Merci🙏 à vous deux pour ce bel échange. Je reviens, je vais vendre un rein. 😄😉❤️

  3. j’ai beaucoup aimé ce polar!! on sent le vécu:-)
    il a accentué ma méfiance, défiance pour les GAFAM qui était pourtant déjà considérable
    je voulais changer de moteur de recherche mais il faut faire une mise à jour des pots de passe, des raccourcis…. donc j’attends encore un peu 🙂

  4. Merci pour le scoop 😉

Rétroliens

  1. Persona - Maxime Girardeau - EmOtionS - Blog littéraire

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