Freeman – Roy Braverman

Fin d’une trilogie atypique avec un roman qui l’est tout autant. Le trio nord-américain de Roy Braverman aka Ian Manook alias Patrick Manoukian.

Lisez les trois, ou lisez celui-ci seul. Car il est libre Roy, il est libre. Il met de la magie, mine de rien, dans tout ce qu’il fait. Sentez-vous libre comme lui.

Roman Noir sudiste

Freeman, le livre, a son identité propre. Pas seulement par son histoire, par son environnement. Mais aussi par l’écriture changeante de l’écrivain, différente de celle des deux précédents romans.

C’est d’ailleurs assez incroyable de voir à quel point il a réussi à écrire à la manière du « Roman Noir » américain, côté Nouvelle-Orléans, comme si c’était son ADN.

Le résultat est bluffant et surtout prenant, quand on y prend le temps. Je dois l’admettre, il m’aura fallu une cinquantaine de pages pour trouver le rythme, m’adapter à la tonalité. Ce n’est rien quand on sait que le livre en fait 520. C’est un vrai roman noir sudiste, qui ne lésine pas sur les descriptions de cette Louisiane étouffante (et qu’on découvre en plein ouragan).

La ville et ses gens

Il y a une enquête, étonnante, menée par deux flics, autour de deux millions de dollars volés au caïd de la mafia locale, avec Freeman (l’homme) qui se retrouve embringué malgré lui dans l’affaire.

Mais avant de parler des hommes, il faut insister sur le fait que le personnage principal est bien la Louisiane post Katrina. C’est elle qui dicte ses lois aux hommes.

A la différence de ses autres romans (sous Roy ou Ian), le texte n’est pas construit autour d’un personnage principal socle. Non, ici gravitent ces deux flics aux caractères assez antinomiques et obligés de travailler ensemble, ainsi que Freeman et sa progéniture. Sans que les uns ne prennent le pas sur les autres, il n’y a pas d’ombre à la Nouvelle-Orléans.

Que ça ne m’empêche pas de pointer Mardiros, collecteur de dettes arménien (voir aussi les précédents romans), pour moi sans aucun doute le meilleur personnage secondaire de l’auteur. Lui et ses méthodes apportent un peu d’air à la pesanteur du climat et à la noirceur de l’intrigue. Il est indispensable à l’intrigue ! Quant à ce livre en particulier, j’ajoute une mention spéciale à l’étonnante Big Emma.

Écriture soignée

L’écriture subjugue, hypnotise presque. Les protagonistes ont de l’épaisseur. L’histoire est sacrément audacieuse et bigrement surprenante ! Une fois plongé dans la touffeur du récit, difficile de s’en détacher.

Roy Braverman, écrivain protéiforme, dame le pion des écrivains américains sudistes de roman noir sur leur propre terrain avec ce Freeman. Non seulement on s’y croirait, non seulement l’intrigue et les personnages sont formidables, mais en plus la plume noire et travaillée achève de convaincre. Encore un étonnant roman de l’étonnant Roy / Ian.

Lien vers l’interview de Roy Braverman au sujet de ce roman

Yvan Fauth

Date de sortie : 06 février 2020

Éditeur : Hugo

Genre : Roman noir

4° de couverture

Patterson, Louisiane.
Deux millions de dollars disparaissent. Envolés pendant un ouragan d’une rare violence. Volés au boss de la mafia locale. Drôle de casse !
Un autre million et demi tombe du ciel, pendant le même ouragan, livré à Freeman par un chasseur de primes. Drôle d’héritage ! Le reste est moins drôle. Une double traque commence. Elle va faire se croiser et s’affronter un « parrain » amateur de cocktails, un explosif tandem de flics que tout oppose, plus torturés par des quêtes personnelles que par leur enquête et le respect des procédures, une serveuse beaucoup trop éprise de l’un des deux pour en sortir indemne, un FBI plus FBI que jamais, Freeman et sa fille Louise, rescapés de la vie, et Mardiros, l’obstiné collecteur de dettes arménien. Plus tout ce que La Nouvelle-Orléans compte de faune interlope, d’indics tordus, de paumés de la vie et de décérébrés du bayou. Sans oublier, bien entendu, saint Jude et saint Expédit.
C’est fort et violent comme un ouragan, mais aussi, grâce à la plume inspirée de Roy Braverman, chaud et sensuel comme la Louisiane, sombre et envoûtant comme le bayou, rythmé et joyeux comme un air de zydeco, gourmand et épicé comme la cuisine cajun, obsédant comme le parfum des fleurs de lys et des belles-de-nuit, et bien sûr terrifiant, par l’omniprésence invisible des alligators aux yeux jaunes et à la voracité sans pitié…



Catégories :Littérature

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4 réponses

  1. Un style et une approche tellement différente que c’est un peu déconcertant au départ. Mais la sauce prend bien, on finit par être convaincu que c’était la meilleure façon d’approcher son récit.

  2. J’ai bien aimé, même si Freeman n’est pas assez présent dans les pages. Mais j’adore les personnages, alors, je pardonne 🙂

Rétroliens

  1. Interview – 1 livre en 5 questions : Freeman - Roy Braverman - EmOtionS - Blog littéraire

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