Cauchemar – Paul Cleave

Qui l’eut cru ? On pensait que Paul Cleave et la ville de Christchurch étaient indéfectiblement liés. Que sa ville de naissance serait le théâtre de tous ses romans.

Surprise

C’est la surprise de ce Cauchemar. L’action se déroule à Acacia Pines, ville fictive qu’on imagine aux États-Unis. Ça n’a l’air de rien, mais ça en dit beaucoup sur ce qui attend le lecteur.

Voilà donc une histoire totalement indépendante, et un environnement avec lequel l’auteur joue. Une sorte d’exercice de style, un vrai thriller à l’américaine, mais avec la Cleave’s touch (et ça change beaucoup de choses).

Tous les codes du genre sont présents, la petite ville où tout le monde se connaît, ou plutôt croit se connaître… Les rancœurs, les tensions du passé. Et un rythme qui ne faiblit jamais, avec des rebondissements en cascade et qui sont franchement impossible à anticiper. Du vrai bon boulot de ce coté-là, même si cela semble déjà vu.

A l’américaine

Ce qui fait la (grosse) différence, c’est l’écriture de l’écrivain. Et son envie de jouer avec ces codes. Avec le sérieux nécessaire pour que l’intrigue tienne la route et que les personnages prennent vie, mais aussi avec son style incisif et ses pointes d’humour noir pince-sans-rire toutes personnelles.

Et puis, tant qu’à faire, autant s’amuser jusqu’au bout avec le lecteur et commencer son livre avec ce qui d’habitude concerne la fin de la plupart des thrillers : la petite fille kidnappée est libérée dès les première pages. C’est ensuite que l’imagination débordante de Paul Cleave prend le relais. Les réminiscences de cette affaire explosent en pleine figure de Noah, 12 ans après, devenu ex-flic entre temps, loin de sa bourgade natale.

Ambivalent et touchant

L’écrivain néo-zélandais a toujours su créer des personnages ambivalents mais attachants. Ce Noah ne déroge pas à la règle. Malgré ces réactions parfois incontrôlables, malgré sa propension à chercher les problèmes, malgré le fait qu’il ressemble parfois à un miraculé tant il prend des coups, il est profondément touchant.

Sa relation avec son ancienne ville, avec ses changements mais aussi ce qui est resté figé dans le temps, est le cœur de ce récit. Acacia Pines est presque une entité vivante, un personnage à part entière.

Ce cauchemar (titre original : « Whatever it takes », qu’on pourrait traduire par « peu importe ce qu’il faudra ») est un thriller jusqu’au-boutiste. Un protagoniste principal qui va au bout de ses idées et au bout de lui-même. Un auteur qui tirent les ficelles jusqu’au point de rupture, tout en sachant s’arrêter juste à temps.

Sans doute pas le meilleur Cleave pour moi, c’est lié au style de l’histoire. Davantage dans l’action et moins dans la psychologie par rapport aux autres romans de Cleave. Mais que c’est diablement efficace et prenant, et il éclate toujours la concurrence.

Efficace et addictif

L’intrigue est ultra-efficace, totalement addictive, fortement surprenante. Les 400 pages défilent à une vitesse folle jusqu’à un dénouement comme je les aime.

Mais ce n’est pas qu’un récit survitaminé. L’écrivain a su créer une vraie ambiance. Et par son écriture, insuffler une atmosphère noire, entre nostalgie et mélancolie. Parfois avec des émotions assez différentes de celles qu’il nous avait habitué à vivre à travers ses écrits (comme quand il parle de la violence faite aux femmes).

Cauchemar est un thriller qui joue avec les codes du genre. Mais avec tout le talent d’un Paul Cleave, sa plume bien à lui, ses personnages formidables et son imagination débordante, ça change la donne. On en redemande.

Yvan Fauth

Date de sortie : 07 novembre 2019

Éditeur : Sonatine

Genre : thriller

Traduction : Fabrice Pointeau

4° de couverture

Un cauchemar qui va vous tenir éveillé toute la nuit.

Acacia Pine, États-Unis. Une petite fille, Alyssa Stone a mystérieusement disparu. Noah, un des flics du village fait irruption chez le principal suspect. Envahi par la colère, il le séquestre et le torture jusqu’à ce que l’homme lui révèle le lieu où Alyssa est captive. Noah file alors vers une vieille maison abandonnée, la ferme des Kelly, où il la retrouve enchaînée dans la cave, encore en vie.
Fin de l’histoire ? Non, début de l’histoire. Dévoiler davantage la suite des événements serait criminel. Sachez seulement que ceux-ci se passent douze ans plus tard. Le jour où Alyssa est à nouveau portée disparue. Et que le cauchemar recommence.
L’auteur d’Un Employé modèle et de Ne fais confiance à personne nous revient plus en forme que jamais avec ce thriller d’une efficacité rare, entêtant comme un cauchemar récurrent.



Catégories :Littérature

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8 réponses

  1. Très très tentant. 🙂
    Merci pour cette chronique qui donne vraiment envie de lire cette histoire à contresens.

  2. Lu et apprécié son premier roman puis après j’ai décroché sans vraiment savoir pourquoi… je viens de commencer celui-ci et ça s’annonce plutôt prometteur.

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