Interview – 1 livre en 5 questions : Vaste comme la nuit – Elena Piacentini

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

ELENA PIACENTINI

Titre : Vaste comme la nuit

Éditeur : Fleuve Editions

Sortie : 22 août 2019

Lien vers ma chronique du roman

A la différence de ton précédent roman, « Vaste comme la nuit » est centré sur le personnage de Mathilde Sénéchal qui enquête sur son propre passé…

Avec « Comme de longs échos », on fait la connaissance de Mathilde dans l’exercice de son métier et au travers d’une enquête soumise à un impératif d’urgence. On découvre une femme âpre, introvertie, exigeante avec elle-même qui met ses émotions en sourdine et les personnes à distance. À la fin de ce premier roman, si l’enquête qui l’a occupée est résolue, le mystère qui entoure sa phobie de la menthe et son rapport charnel aux odeurs reste entier. Le lecteur comprend que Mathilde s’est construite en réaction à un évènement majeur de son enfance dont elle n’a conservé aucun souvenir. Au début de « Vaste comme la nuit », Mathilde prend conscience que sa relation avec Orsalhièr ne pourra pas évoluer, qu’elle est condamnée à faire du sur-place tant qu’elle n’aura pas comblé les vides. Et les inconnues sont nombreuses. En effet, Mathilde est au cœur de cette histoire qui la conduit à creuser les circonstances d’une disparition inexpliquée dans laquelle elle a joué un rôle clé. Lequel, elle l’ignore et c’est tout l’enjeu de ce roman en forme de quête personnelle. Mais elle n’est pas seule. Orsalhièr, Adèle, et d’une certaine façon Albert Lazaret sont à ses côtés. Mais aussi bien d’autres figures qui ont accompagné ses débuts dans la vie et qu’elle a occultées.

Sans trop en dévoiler, on peut dire que c’est une histoire qui tourne autour de secrets de familles…

… Et des femmes qui en sont victimes et gardiennes… Les secrets, les non-dits et, bien au-delà, la manière dont certains drames et événements « fondateurs » continuent d’influer sur les choix individuels tissent l’histoire. Ce thème central est celui de la transgénéalogie que l’on appelle aussi scénarios transgénérationnels. Le sujet est passionnant en ce sens qu’il touche à notre liberté individuelle, à nos possibilités de choix. Quelle est la part de conditionnement et de déterminisme dans notre cheminement ? Quels schémas reproduisons-nous ? Quels héritages subissons-nous ? Comment s’affranchir de ce que nos aînés ont fait de nous ? En tirant un à un les fils de son passé, Mathilde va remonter bien plus loin qu’elle ne l’avait imaginé. Sa quête de vérité est aussi une quête de liberté.

On est au plus proche des personnages, c’est un roman qui touche à l’intime…

Mes personnages possèdent des raisons profondes et anciennes d’agir et tous sont interconnectés. Le lecteur suit les motivations qui les animent et se font écho les unes aux autres. Il avance pas à pas, il tâtonne avec Mathilde. Il s’agit à la fois d’être au plus près de la vérité partielle de chacun et de conserver suffisamment de recul pour entrevoir le schéma général. L’amour, la jalousie, la vengeance, la haine… Les moteurs des personnages ont des effets puissants qui perdurent parfois sur des décennies. Pour les justifier, pour qu’ils soient perçus comme crédibles, il est important de les décortiquer, d’en déterrer les racines… Mettre un personnage en action, c’est une chose. Mettre à nu les ressorts qui président à ses choix, ses valeurs, sa vision du monde c’en est une autre qui ne tolère pas l’analyse de surface. Voilà pourquoi le tempo de ce roman est aux antipodes du précédent : les mouvements sont intérieurs et ils se font au rythme de la prise de conscience de Mathilde.

Tu as toujours pris grand soin à fignoler ton écriture. Peut-être que je me trompe, mais j’ai l’impression que c’est encore plus le cas avec ce roman plein d’une noire poésie…

L’écriture doit servir le propos. Dans le précédent roman, le temps était compté. Dans « Vaste comme la nuit », nous naviguons dans la perception, le subjectif, le sentiment… Analogies, synesthésies, métaphores…l’écriture poétique permet le pas de côté qui, par une image, une association décalée, étrange, permet de se rapprocher d’une fulgurance qu’on a parfois de la peine à saisir. Les pensées intimes, celles que l’on garde pour soi, sont souvent libres dans leur forme, proches d’une poésie intérieure… Le travail sur l’écriture n’a pas consisté, pour moi, « à faire joli », mais à être au plus proche de l’image que je souhaitant faire surgir, à être fidèle à la voix et à l’univers de chacun des personnages.

C’est presque paradoxal, les chapitres sont courts mais tu prends ton temps pour créer une vraie atmosphère, une ambiance…

En poésie, justement on apprend à faire court, à faire surgir un univers, une idée en peu de mots, mais des mots choisis, positionnés avec précision, comme des notes dans une partition.

L’atmosphère, ce sont des couleurs, des odeurs, la musicalité d’une phrase… L’atmosphère c’est aussi ce qui vous embarque et qui continue de vous imprégner longtemps après la lecture. J’ai cherché à partager cette ambiance, cette petite musique avec ceux qui me liraient, à les emmener avec moi. Quand je découvre certaines chroniques ou que je vois les photos qui leur ont servi d’illustration, j’ai le sentiment que nous avons fait le même voyage et je me dis que le temps passé sur l’écriture n’a pas été vain.

Merci beaucoup Yvan pour la sensibilité de tes questions et ton attachement aux auteurs et à leurs histoires.

Yvan Fauth



Catégories :Interviews littéraires

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21 réponses

  1. Merci pour nous permettre de lire cet échange avec Elena. Je suis contente de lore que tu évoques une poésie en parlant de son écriture car je m’étais faite tacler lorsque j’ai écrit que c’était un polar poétique !
    Merci !! 😉

  2. Une très prochaine lecture !

  3. que j’aime cette auteure !! merci pour cet interview…. je viens de finir à l’instant « Vaste comme la nuit »… un grand moment de lecture comme à chaque fois avec Elena Piacentini…. 🙂

  4. Je suis quasiment à la fin 😉

  5. Je viens enfin de découvrir cette auteure et mon seul regret sera d’avoir mis autant de temps. Pour ma défense, j’ai une PAL des plus énormes. Là, j’ai commencé par le tome 2, au diable les conventions. Put*** j’ai aimé ! Surtout Hortense… cette vieille dame est un personnage mystérieux et très fort.

Rétroliens

  1. Vaste comme la nuit - Elena Piacentini - EmOtionS - Blog littéraire

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