Interview – 1 livre en 5 questions : Le chant de l’assassin – R.J. Ellory

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

R.J. Ellory

Titre : Le chant de l’assassin

Éditeur : Sonatine

Date de sortie : 23 mai 2019

Lien vers ma chronique du roman

Un grand merci à Valérie, du blog Sangpages, pour la traduction !

Même si l’histoire est différente, que penses-tu si je te dis que l’ambiance de ce roman m’a fait penser à celle de trois de tes livres (Papillon de nuit, Mauvaise étoile, Seul le silence) ?

C’est tout à fait logique pour moi ! J’ai l’impression d’écrire trois types de romans très différents :

Le premier type concerne des enquêtes plus conventionnelles, comme le sont Les Anges de New York ou Un Cœur Sombre. Le second serait de vastes épopées historiques comme Vendetta ou Les Anonymes. Et puis il y a le troisième type, une sorte de drame sudiste plus lent comme Seul le Silence, Papillon de Nuit et Mauvaise Etoile.
Je comprends donc pourquoi ce livre te rappelle ces travaux antérieurs. L’idée centrale de ces livres est – comme tu le dis – l’atmosphère. Je veux créer ce sentiment d’internalisation claustrophobe qui semble être présent dans une petite ville. Tout le monde se connaît, tout le monde est conscient des affaires des autres, mais il y a quand même – d’une manière ou d’une autre – de nombreux secrets et d’innombrables interprétations de la vérité. Tout comme à la guerre, où c’est le vainqueur qui écrit l’histoire, il en est de même dans la vie. Les gens qui survivent sont ceux qui ont l’occasion d’expliquer ce qui s’est passé.

Ce superbe récit met en avant l’humanité complexe de personnages aux prises avec leurs cotés sombres…

Bien sûr ! C’est le genre d’histoire le plus intéressant à écrire ! Personne n’est simple. Je le dis en toute honnêteté. Les gens sont complexes, même lorsqu’ils pensent qu’ils sont simples. C’est le métier d’être humain. Chaque difficulté que nous éprouvons dans la vie est quelque chose que nous avons influencé et créé, directement ou indirectement. Nous sommes tous responsables des situations et des conditions dans lesquelles nous nous trouvons, mais souvent nous ne voulons pas l’accepter. Nous nous disons que tout dépend de la chance, mais les loups ne tuent pas les moutons malchanceux ! Je ne crois ni aux bonnes ni aux mauvaises personnes. Je ne crois pas aux gens bons ou mauvais. Parfois le bon est très fort, et parfois le mal est le plus important. Les catalyseurs et les événements peuvent provoquer des changements soudains et spectaculaires. Parfois, un seul acte de traumatisme ou de violence peut changer complètement la personnalité d’une personne. Ce sont ces aspects imprévisibles de la condition humaine qui me fascinent et qui rendent le processus d’écriture d’un livre si agréable.

Tes personnages masculins sont plein de failles, alors que tes personnages féminins ont des caractères très forts. Comment tu l’expliques ?

Parce que ma femme m’a dit que les hommes sont stupides et ont tort et que les femmes sont toujours incroyables ! Elle a aussi dit que si je disais du mal des femmes, elle m’enfermerait au sous-sol.

Donc… pour répondre à la question… je pense que ma vie a été davantage influencée par les femmes que par les hommes. Je n’ai jamais connu mon père et je n’ai jamais rencontré ses parents. Ma mère est morte quand j’avais sept ans. Ma mère était fille unique, donc je n’avais ni tantes, ni oncles, ni cousins. Mon grand-père maternel s’était déjà noyé dans les années 1950 et ma grand-mère maternelle est devenue ma tutrice légale. J’ai fréquenté un pensionnat, et la matrone de l’école était responsable de notre bien-être pendant cette période. Elle est devenue notre mère par procuration, si tu veux. Je pense que je traduis simplement ma perception des femmes comme étant des êtres aptes, forts, capables de comprendre et de faire face aux situations de la vie, capables de rester calmes en période de stress et d’être une sorte d’ancre. Je pense qu’il y a toujours eu un personnage féminin important dans ma vie. Ils ont toujours été d’une grande substance et d’une grande personnalité. J’écris peut-être sur les femmes de cette façon comme une expression purement autobiographique de mes propres expériences.

Et je ne veux pas non plus retourner au sous-sol.

« L’idée ne semblait pas si mauvaise au départ », c’est une phrase qu’on retrouve à plusieurs reprises dans le roman. Elle résume en partie ce qui fait que tout part de travers pour les personnages ?

Je pense que ça résume en partie ce qui fait que tout va mal pour n’importe qui… n’importe où… peu importe qui ils sont ! Cela vient en fait de l’observation des enfants et de la façon dont ils réagissent lorsqu’ils ont des ennuis. Ils font quelque chose de fou ou de stupide, et puis ils se font prendre. Après toutes les larmes et les énervements, quand on leur demande enfin pourquoi ils ont fait cette chose stupide et folle, la réponse est toujours la même : parce que ça semblait être une bonne idée à ce moment-là. Je ne vois pas de différence pour les adultes. Nous sommes tous de grands enfants, après tout. Parfois, les enfants sont plus intelligents que les adultes, ce qui prouve que souvent nous n’apprenons pas de nos erreurs. Donc, en général, quand on voit quelqu’un passer un mauvais moment, c’est généralement parce qu’il a fait quelque chose ou dit quelque chose qui ne semblait pas une si mauvaise idée à l’époque et que qu’ensuite tout est allé de travers !

L’autre élément central, c’est la musique…

Là, nous remontons de nombreuses années en arrière !
J’ai sept ans et je me tiens dans le couloir d’une étrange maison. Ma mère vient de mourir, et j’ai été envoyé chez une grand-tante. Elle a un fils – un adolescent, un sauvage, un rocker – et il a une pièce peinte en noir avec des affiches partout sur les murs – Hendrix, Joplin, Canned Heat, Jim Morrison et The Doors. Il passe son temps à écouter des disques, à fumer des cigarettes et à boire de la bière. Je trouve un étrange réconfort en compagnie de cet adolescent sauvage. L’adolescent m’a raconté une histoire et me faisant écouter un disque. “C’est Robert Johnson” m’a t-il dit. “Il est descendu au carrefour et a vendu son âme au Diable pour le Blues… » J’ai écouté, j’ai entendu quelque chose dans cette musique qui me touchait vraiment, et j’ai su qu’aucune autre musique ne serait pareille.

La musique est un rythme, une atmosphère, un battement de cœur, un pouls, une couleur, un sentiment. Ce n’est pas seulement un son. Tu entends des sons avec tes oreilles, mais la musique est quelque chose que tu ressens dans ton cœur. J’écoute de la musique pour la même raison que je lis : l’impact émotionnel. La musique est toujours là – dans les bons comme dans les mauvais moments, dans les moments de difficulté que ce soit au travail ou une perte.

Comme l’a dit Virgil Thomson : « Je n’ai jamais connu un musicien qui regrette d’en être un. Quelles que soient les déceptions que la vie vous réserve, la musique ne vous décevra pas.” J’ai grandi avec la musique partout, et s’il n’y en avait pas déjà, je l’apportais ou je la faisais. Quatre décennies plus tard, je chante toujours les mêmes airs, remettant un groupe sur la route alors que tous les sens et la sensibilité disent qu’une telle chose ne devrait pas être considérée par un homme de mon âge. Mais il s’agit de la vie. Il s’agit d’être qui vous êtes. Il s’agit de ressentir quelque chose en soi que l’on ne peut pas exorciser sans faire de bruit. Les gens peuvent vieillir, mais l’émotion reste jeune pour toujours.

Maintenant – même quand j’écris ma fiction – je recherche le même rythme, les mêmes tensions que je trouve dans la musique. C’est ce que nous faisons. Ce que nous avons à dire. C’est de ça qu’on parle. Ce que nous écrivons. Des questions de cœur. Des questions d’âme. Les affaires de la vie. La musique est à la fois une destination et un foyer ; c’est à la fois un ami familier et une nouvelle connaissance ; c’est à la fois un parent et un enfant.

Je repense à ma vie, à tous les événements importants, à tout ce qui comptait – le mariage, la paternité, les nouveaux emplois, les nouveaux lieux et les nouvelles personnes – tout cela était en quelque sorte lié à la musique. Ces choses sont la bande-son de nos vies. Je peux dire en musique ce que je ne pourrai jamais écrire. Je peux écrire avec des mots ce que je ne pourrai jamais communiquer avec la musique. Et c’est pourquoi j’ai écrit un roman policier sur les musiciens. C’est pour la même raison que j’ai réuni The Whiskey Poets et que j’ai commencé à faire des concerts et à enregistrer des albums. Je suppose que nous essayons tous d’être entendus au-dessus du bruit de la vie. Il me semble que la pire chose à faire est de garder le silence.

Yvan Fauth



Catégories :Interviews littéraires

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15 réponses

  1. Très très bel échange…si ce roman est dans la veine des 3 que tu as cités (intéressant ces 3 catégories narratives décrites par l’auteur) alors il faut qu’il rejoigne ma bibliothèque!

  2. Très bel échange avec un auteur que j’aime beaucoup. Son côté musicien me plaît également et ses sources sont les mêmes que les miennes ! Il faut un casque ou des écouteurs pour lire ses romans et écouter les musiques citées au fil des pages ; ensuite on est en symbiose avec l’auteur.
    Cordialement 🙏😉

  3. Merci pour ces beaux mots… tu m’as converti à RJ! Je l’apprécie beaucoup!

  4. très très bel échange, bravo.

  5. Ce rapport à la musique, cette première rencontre avec de tels noms… Ça me parle, forcément, et ce respect pour les femmes, tout ça transpire dans son livre. Merci !!! Une interview qui arrive juste dans la foulée de ma lecture, en plus !

  6. Merci pour cet entretien (traduit !), quel homme, quel auteur ! Dans les contemporains, il est l’un de mes préférés.

  7. Génial cet échange Yvan avec mon petit chouchou R.J Ellory. Je vais commencer d’ailleurs son nouveau livre. On en reparlera. Excellent weekend à toi 🙂

  8. J’aime tellement cet auteur! Il me semble que je pourrais le lire pendant des heures! Alors merci pour cette belle interview ! J’ai adoré!

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