Interview – 1 livre en 5 questions : De bonnes raisons de mourir – Morgan Audic

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

MORGAN AUDIC 

Titre : De bonnes raisons de mourir

Éditeur : Albin Michel

Sortie : 02 mai 2019

Lien vers ma chronique du roman

On est loin de l’ambiance de votre premier roman. Pourquoi cette envie de nous plonger dans l’Ukraine post catastrophe de Tchernobyl…

L’idée m’est venue en 2016, tandis que je regardais un reportage commémorant les trente ans de la catastrophe. Le journaliste qui l’animait se tenait devant les barbelés qui interdisaient l’accès à la zone interdite autour de la centrale. Et puis à un moment, il a traversé un trou dans la barrière et a commencé à marcher dans le périmètre interdit. Ça a été un choc. Pour moi, Tchernobyl, c’était un territoire cadenassé par l’armée, un espace inaccessible. Et voilà qu’un journaliste se promenait aux milieux des arbres, un dosimètre à la main…

Très vite, j’ai été séduit par l’idée d’écrire un roman policier dans cet endroit dont tout le monde a entendu parler mais qu’au fond on connaît mal. J’ai mis de côté les autres projets sur lesquels je travaillais pour me concentrer sur celui-ci.

Votre travail de recherches a été conséquent, ça se sent, mais toujours parfaitement intégré dans l’intrigue. Vos découvertes ont dû souvent vous étonner (c’est absolument stupéfiant de lire tout ce que vous décrivez)…

Le travail de recherche sur Tchernobyl et sa région a tout de suite fait partie du projet d’écriture. Romans, essais, blogs, reportages, ouvrages d’historiens, j’ai passé beaucoup de temps à me documenter. C’était pour moi une évidence : si je devais utiliser Tchernobyl comme arène pour un roman policier, il fallait que je respecte son histoire. Le lieu ne devait pas simplement être un accessoire, un décor en carton-pâte. J’ai donc cherché à retranscrire au mieux l’ambiance de la zone, tout en montrant les conséquences de la catastrophe nucléaire sur les ukrainiens et leur territoire.

C’est vrai que beaucoup de choses m’ont étonnées pendant ce travail de recherche. L’endroit le plus pollué du monde devenu une attraction touristique… les décisions ubuesques des autorités pendant la catastrophe en 1986… la décision de maintenir la centrale en activité jusqu’en 2000… les mensonges d’État sur la situation sanitaire, qui perdurent aujourd’hui… la zone et ses trafics invraisemblables qui mettent en danger la population… C’est comme si Tchernobyl et ses environs étaient marqués du sceau de la folie. Sur certaines terres touchées par les retombées radioactives, des agriculteurs font même pousser des céréales « bio ». Du bio à Tchernobyl ! Il fallait y penser.

C’est un formidable thriller (l’un des meilleurs que j’ai lu dernièrement), où vous avez pris grand soin de travailler le rythme et l’alternance des deux enquêtes qui se croisent…

Merci ! Très rapidement, j’ai voulu faire en sorte qu’il y ait deux histoires qui se croisent. C’était déjà le cas dans mon premier roman, je connaissais donc les défis que cela suppose. Dans la phase de réécriture, on a beaucoup travaillé là-dessus avec Caroline, mon éditrice. Un des deux personnages prenait trop d’importance par rapport à l’autre, qui disparaissait pendant plus de cent pages ! C’était un problème qui avait déjà alerté une de mes bêta-lectrice. J’ai corrigé ça dans la version finale et ça fonctionne beaucoup mieux. D’où l’importance d’avoir un regard extérieur sur son travail…

Le rythme, c’est quelque chose de complexe à gérer, surtout sur la durée. Il y a beaucoup de romans policiers qui commencent de manière tonitruante et qui s’essoufflent dans le dernier tiers. Et il n’y a pas de recettes toutes faites pour régler ça. On ne peut pas toujours être dans l’action : il faut trouver un équilibre entre les temps forts où l’enquête s’emballe et les temps plus calmes où le lecteur respire et découvre un peu plus les personnage et l’univers du récit. C’est de la dentelle. Pour ma part, pour dynamiser le récit, j’essaye de mettre le plus souvent possible mes personnages en tension. Je les mets face à un problème matériel, un mystère, un dilemme moral… Mais ça reste de l’artisanat. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas.

Et puis, il y a les personnages, forts et mémorables, que vous n’avez pas peur de malmener…

La rudesse du milieu dans lequel évolue les personnages impliquait que je les malmène. Et puis, c’est l’avantage des romans où il n’y a pas de héros récurrent : il peut arriver n’importe quoi aux personnages principaux comme secondaires.

Au moment de créer mes personnages, je me suis demandé qui accepterait d’aller enquêter à Tchernobyl. Très vite, un profil s’est dégagé : celui d’un type au bout du rouleau et qui n’a rien à perdre. Le personnage de Rybalko est né dès les premières heures de travail sur le roman. De par sa situation personnelle, il est dans une urgence telle qu’il est prêt à faire n’importe quoi. C’est ce qui fait la richesse de ce personnage : il peut aller là ou personne ne veut aller, faire ce que personne ne veut faire. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il affronte pas mal de situations difficiles dans le roman.

Melnyk, le flic ukrainien, se fait aussi malmener. Contrairement à Rybalko, lui n’a pas le choix : il est flic à Tchernobyl et doit faire son job. Entre ses problèmes familiaux et son enquête, il en voit de toutes les couleurs !

Et puis il y a aussi Ninel et Novak, les deux personnages féminins principaux. Ninel est le personnage qui porte le discours écologique sur la zone et Novak celle qui rappelle la fragilité de l’être humain face à la catastrophe de Tchernobyl. Toutes deux doivent se faire une place dans un monde dur et essentiellement masculin.

Avoir attiré l’attention d’un grand éditeur comme Albin Michel, après votre premier roman, doit être une belle preuve de confiance…

Les équipes d’Albin Michel ont fait un super travail sur le livre. Je suis vraiment content du résultat. Ils ont tout de suite cru au potentiel du livre et ont décidé de mettre le paquet. Détail amusant, c’est après avoir lu Rivières pourpres que j’ai décidé de me mettre à l’écriture de polars. Or, quand j’ai rencontré mon éditrice pour la première fois, il y avait un exemplaire du scénario de la série tirée du livre qui traînait sur son bureau. Un petit clin d’œil du destin, sans doute.



Catégories :Interviews littéraires

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6 réponses

  1. Très intéressante cette itw Yvan. Merci 😊

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  2. Merci Messieurs pour cet entretien.
    J’ai adoré ce livre.
    J’avais déjà beaucoup aimé le premier roman de Morgan Audic

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  3. Je rejoins Geneviève car j’ai lu et adoré, dévoré ce livre de Morgan Audic. La toile de fond n’est pas « en carton pâte » mais est un personnage à part entière. L’enquête est passionnante, les personnages sont travaillés.. un plaisir d’en apprendre plus sur Morgan Audic. Merci Yvan ! 😉

    Aimé par 1 personne

  4. Je n’ai aucune bonnes raisons de mourir mais tout plein de lire ce livre ! Même si le monsieur il fait du mal aux hirondelles ! Je l’ajoute à ma « kill list » où se trouvent déjà messieurs Norek (le chat), Bussi (un chien) et Minier (un cheval) 👿

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Rétroliens

  1. De bonnes raisons de mourir – Morgan Audic – EmOtionS – Blog littéraire
  2. Apocalypse Tchernobyl | George et les Électrons libres

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