Interview – 1 livre en 5 questions : Laisse tomber – Nick Gardel

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

Nick Gardel

Titre : Laisse tomber, petit manuel de survie en milieu grabataire

Éditeur : Editions du Caïman

sortie : 26 mars 2019

Tu as quelque chose de particulier contre les vieux ?

On a toujours quelque chose de particulier avec la vieillesse. C’est un passage obligé quand on ne termine pas une vie trop courte dans les excès ou les postures poétiques. Plus sérieusement, l’âge peut revêtir une sorte de fascination. Surtout dans notre époque où la population vieillit et refuse de plus en plus la plus évidente des responsabilités. Nous (je dis « nous » parce que je cours moins vite et que l’âge me rattrape chaque fois plus facilement). Donc, « nous » passons notre temps à tenter d’apprendre à la nouvelle génération à « grandir » et à se responsabiliser tout en refusant que l’état du monde actuel soit parfaitement de notre faute, que nous en avons la pleine et entière responsabilité.

Comment t’es venue cette belle idée de parler d’histoires de voisinage et de lier le tout avec quelques décès ?

Cela est dû au fait que je pense avant tout en terme de roman noir. Pour moi une histoire se construit autour des morts qu’il va y avoir dedans. Mais je voulais aussi défricher cette catégorie particulière dans laquelle on range les voisins. On oppose souvent la famille et les amis, définissant ainsi que le reste du monde étant « les gens qu’on connaît pas ». En fait, il reste toutes ces personnes qui nous accompagnent au quotidien, là, juste de l’autre côté de la cloison ou du pallier. Un voisin c’est quelqu’un qu’on ne choisit pas comme notre famille mais qu’on n’est pas obligé d’aimer, comme un ami. Ça me paraissait intéressant de montrer ces rivalités, ces égocentrismes racornis qui se mettent en branle dans de telles conditions.

Ton histoire est souvent bien misérabiliste…

Mon histoire est désespérée parce que dans ce cas précis ces gens sont au bout d’un cycle. Ils explorent la solitude, la fin de leurs espoirs, la gloire passée, la folie parfois. Certains d’entre eux ne sont plus que l’image déformée et laide, une quintessence sordide, de ce qu’ils ont été. Pourtant il y a des personnages lumineux. Par exemple, j’ai une revêche et méchante tandis que sa sœur n’est que rondeur et gentillesse dans le souvenir d’un homme. Un de mes autres personnages est totalement désespéré mais, quand sa médication fait effet, continu un chemin plein de tendresse et d’énergie. Aucun de ces personnages n’est entier. Ils sont caricaturaux parce qu’on peut les définir en quelques mots, mais dès qu’on creuse on se rend compte qu’ils ont une grande part d’humanité.

On sent que tu as pris grand soin à travailler ton écriture, tout particulièrement tes dialogues qui sont assez jouissifs…

C’est mon roman le plus « écrit », le plus noir aussi, bien que les scènes sont souvent truculentes. Je l’ai commencé dans une période de réflexion où je comprenais que l’acte d’écrire était totalement solitaire, dans le sens « détaché du lecteur ». Ce roman n’a pas été écrit pour les lecteurs, il a été écrit par moi, simplement, sans projection aucune de l’objet « livre » qu’il deviendrait. Il est bourré d’empathie pour ces gens qui se sont mis à exister dans cette histoire. Les dialogues ont été rédigés avec une liberté totale. Pour tout dire, je ne sais souvent pas où l’histoire me mènerait. C’est souvent le cas chez moi, mais cette fois-ci c’était encore plus vrai. Il y a tellement de moi, de ma façon d’appréhender le monde, du cheminement même de ma pensée dans ce roman que c’en est à peine un. Ce livre est une véritable lâcher-prise. Comme un feel-good désespéré.

Qualité du contenu et du contenant n’est pas synonyme de prix d’or. Le choix semble avoir été fait de proposer ce roman à un prix très abordable (12 €)…

Ce n’était pas une volonté de ma part (n’ayant aucun pouvoir là-dessus) mais je dois avouer que j’en suis ravi. Le prix est vraiment bas dans ces périodes où le livre reste un produit cher. Mon éditeur se rapproche toujours plus d’un format que j’affectionne particulièrement. Certains médisants prétendent que je voulais éviter que les premiers concernés n’arrivent à déchiffrer les caractères trop petits de la mise en page. C’est un odieux mensonge !

Yvan Fauth



Catégories :Interviews littéraires

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