Ghislain Gilberti – Le Baptême des Ténèbres : Le prologue

Ghislain Gilberti - Le baptême des ténèbresPour son deuxième thriller, Ghislain Gilberti enfonce le clou (sortie du roman le 02 octobre 2014) ! Pour vous donner l’envie de vous y plonger ou pour vous permettre de découvrir sa plume, l’auteur a eu l’immense gentillesse de vous proposer le prologue de ce nouveau livre, par le biais de ce blog.

Merci à Ghislain et aux Editions Anne Carrière pour leur aimable autorisation. Bonne lecture !

Ma chronique du roman

Le Baptême des ténèbres

Prologue

Baptême

C’est par un mercredi particulièrement pluvieux que le gamin a découvert le trou et laissé son regard se perdre dans les ténèbres épaisses. Une expérience qui le marquera à jamais.

Le ciel gris sombre, ce jour-là, semble se déverser sur la région parisienne. Un temps à ne pas mettre le nez dehors, ce qui donne au petit garçon une excuse en béton pour jouer dans la cave. À défaut d’avoir des amis, il dispose d’un univers secret aménagé au fil du temps, nourri par la lecture de ses contes favoris.

Ses pensées constituent une véritable mine d’aventures qui se superposent à la réalité et lui permettent de jouer seul dans un monde magique intarissable. Il peut être Achab, cherchant à capturer le monstre marin qui l’obsède. Il lui arrive de se promener au pays des Merveilles et de partir à la rencontre des personnages aussi excentriques que fascinants qui l’habitent. Ou alors, il se laisse emporter par le cyclone dont l’œil donne sur le pays d’Oz, ou de s’envoler au côté de Peter Pan, l’éternel enfant, vers des royaumes inconnus.

La maison dispose d’une cave à deux niveaux, qui recèle des trésors incroyables : des malles remplies de vieux livres gonflés par l’humidité, des costumes d’époque, des draps jaunis qu’il a transformés en tenues de fantôme, des photographies sans âge. Comme il ne dérange personne lorsqu’il est au sous-sol, on ne lui interdit pas de s’y rendre, de tracer sur les murs, à la craie, les contours torturés d’immenses labyrinthes menant à une princesse endormie ; il s’y projette, tel un chevalier solitaire à la recherche du chemin qu’il doit découvrir, évitant les pièges et combattant les créatures qui s’y terrent, avant d’en atteindre le cœur.

Quand l’heure du repas arrive, il quitte ce monde à regret, pressé d’y retourner, ne serait-ce que quelques minutes. Il faut dire que l’espace de jeu recèle des possibilités infinies : le deuxième niveau du sous-sol est encombré par un bric-à-brac de vieux meubles qui dessinent dans la pénombre les contours de monstres effrayants qu’il va combattre, l’épée à la main. Il n’a pas peur du noir. Au contraire, les ténèbres sont pour lui l’équivalent d’un écran de cinéma sur lequel ses rêves se profilent.

Parfois, en prenant garde à ce que personne ne le voie, il amène au fond de son domaine un chat errant, un chien ou un oiseau blessé. Il s’arme d’anciennes baïonnettes ou de couteaux dénichés au deuxième sous-sol, pour aller chasser le monstre. Il apprend à écouter les bruits, se déplacer lentement, retenir son souffle pour débusquer la proie qu’il pique chaque fois qu’il peut de la pointe de son arme, la poussant à s’enfuir et à se cacher encore plus loin, jusqu’au niveau le plus bas. Il sait ne pas trahir son approche en se cognant aux meubles ou en faisant craquer une planche sous son poids. Avec le temps, il est devenu patient et apprécie que le jeu dure. Il est déjà arrivé que la chasse se prolonge pendant plusieurs jours, l’obligeant à fabriquer des pièges au moyen de nourriture, de bouts de bois taillés en pointe et de ficelle, qu’il place ensuite à des endroits stratégiques. Lorsqu’un de ses dispositifs fonctionne, le gosse crie de joie en entendant de petits cris de souffrance. Et cela dure jusqu’à ce que l’animal devienne de plus en plus facile à traquer. L’enfant a appris à reconnaître le goût et l’odeur du sang.

Quand la bête est à bout de forces, terrassée par les blessures que lui ont infligées l’arme et les pièges, il l’achève en la perçant de sa lame ou, selon l’humeur du jour, la transporte, à peine vivante, pour la suite des événements. Car alors vient le moment où il décortique minutieusement sa proie, sous l’ampoule du premier niveau. Une dissection qu’il peaufine depuis des années et qui lui a fait comprendre à quoi ressemble l’intérieur d’un mammifère, quels sont ses points faibles, son système circulatoire, l’emplacement de ses organes. Il consigne ses observations dans ses cahiers, dessine des schémas, prend des photos avec le Polaroid de sa tante et les colle sur les pages en les accompagnant de commentaires précis.

Aujourd’hui, profitant du mauvais temps qui éloigne les promeneurs, il s’est aventuré dans le jardin d’un voisin et a fermement attrapé par les oreilles le lapin-bélier blanc qui somnolait dans son abri, au sec. Auparavant, il a installé un véritable labyrinthe au niveau inférieur de la cave, truffé de culs-de-sac, d’abris piégés, de chemins parsemés d’éclats de verre ou de flaques de colle. Lorsqu’il pénètre dans la cave avec sa nouvelle victime, il la pique à la cuisse pour l’affoler et se contente de la jeter à l’intérieur avant de refermer la porte et de se mettre à compter jusqu’à cent, lui laissant ainsi le temps de se cacher. Puis il entre, sa baïonnette à la main, et se métamorphose en chevalier dans un château en ruine, décidé à s’emparer du trésor que garde un redoutable dragon blanc. Il met plus d’une heure à détecter l’animal, qui se trouve déjà au plus profond du sous-sol. L’enfant le sait grâce à un piège inoffensif, composé d’un sac de billes suspendu à un morceau de ficelle, qui fait un bruit reconnaissable entre tous. Alors comme ça, tu es déjà en bas ! s’étonne le gamin.

Il ne lui faut pas longtemps pour trouver le petit animal, caché sous une commode vermoulue, et lui asséner un coup dans le flanc, provoquant sa fuite immédiate dans un couinement. Il suit sa trace grâce aux gouttelettes de sang, perçoit un nouveau gémissement non loin du centre de la salle. Mais les minutes passent et il n’arrive plus à le localiser, au point qu’il se demande s’il ne s’est pas embroché tout seul contre les pics en bois. Il découvre bien un peu de sang, mais pas suffisamment pour que le lapin soit mort.

C’est à cet instant qu’il entend un bruit de coussinets sur sa gauche. En cherchant à bifurquer le plus rapidement possible, le garçon dérape et tombe contre une armoire vermoulue qui s’écroule sous son poids, entraînant dans sa chute d’autres éléments, telle une cascade de dominos. Humilié, le gamin avance à quatre pattes puis se relève et heurte brutalement un vieux fourneau, qui s’enfonce dans le sol dans un craquement de bois humide.

Ses yeux étant habitués à l’obscurité, il distingue la forme blanche qui passe à moins de dix centimètres de sa main. Il saisit son arme et lance un coup dans cette direction, mais ne touche que le vide. Se redressant d’un bond, il s’avance lentement pour considérer le trou béant mis au jour entre les planches brisées. Dégageant l’antique fourneau en dépit de son poids, il le pousse et le fait basculer, fissurant la dalle au passage.

Soudain, il aperçoit le lapin qui se faufile entre ses jambes. Un nouveau coup de baïonnette manque de peu sa cible, et la bestiole poursuit sa course pour se glisser dans la cavité. Furieux, le garçon arrache les planches restantes pour y descendre à son tour. Mais lorsqu’il se trouve face à l’ouverture, parfaitement circulaire, et qu’un léger clapotis se fait entendre au fond, il comprend qu’il s’agit d’un niveau encore inférieur. Un troisième sous-sol.

Il se penche pour regarder, telle Alice suivant le lapin blanc au pays des Merveilles et découvrant son terrier. Comme pour le narguer, le claquement des pattes de l’animal qui s’éloigne lui parvient sur ces entrefaites. Mais, les yeux plongés dans les ténèbres opaques, le garçon reste immobile.

C’est alors qu’il éprouve une impression étrange, comme si l’obscurité totale qui règne au fond de cette béance venait de trouver une résonance en lui. Il ressent un vertige, ébloui par une clarté intérieure paradoxale – comme lorsqu’on met deux miroirs face à face, ou qu’on provoque un larsen assourdissant en pressant un micro contre son propre amplificateur, ou encore comme le brouillage d’une caméra filmant l’écran qui affiche les images qu’elle capture. Un caméléon sur un caméléon, révélant sa véritable couleur : un noir absolu.

Les yeux du garçon ont perçu dans ces ténèbres une figure identique à ce fragment au fond de lui. Un échange violent s’opère. Sans comprendre pourquoi, l’enfant ne peut plus bouger, malgré sa panique grandissante et son envie de fuir. Incapable de détourner le regard.

Copyright Anne Carrière

Site internet de l’éditeur



Catégories :Littérature

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16 réponses

  1. Ça commence fort!!! Pour un apéritif, c’est corsé!!! Merci Ghislain pour cet avant-goût et merci à Yvan pour la mise en lumière…
    Bonne journée… 🙂

  2. Merci à mon letorat et à Yvan pour la chance qu’il me donne de vous faire partager mes écrits.

  3. *Lectorat (désolé, faute de frappe…)

  4. C’est malin ça…J’avais déjà super envie de le lire, alors là, maintenant je trépigne. Pas sympa du tout les garçons ;). Je ne vous reconnais pas là, vils tentateurs que vous êtes Ghislains et toi Yvan.
    Je dis simplement vivement le 2 octobre. 🙂

  5. Mais enfin !! Ce devrait être interdit d’aiguiser l’appétit du lecteur de la sorte, de lui agiter devant les yeux un joli ver de terre bon à gober et ensuite, de lever la ligne sans qu’il ait eu le temps de grignoter plus qu’un tout petit bout (et moi, j’aime pas les petits bouts !! de roman, je précise).

    Rhââââ, arrête de soumettre à la tentation !! Mais que fait la peau lisse ? Yvan, tu es un monstre sanguinaire… je veux le livrrrrrrrrrrrreeeeeeeeeeeeeeeeeee ! 😀

  6. voilà une mise en bouche es plus délectable un grand merci à vous !

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