Le crépuscule des Gueux – Hervé Sard

4° de couverture

Les Gueux, c’était l’Enfer. Et c’était aussi le Paradis. Allez expliquer ça… Des années que ça durait.

Les Gueux, c’était un no man’s land avec du monde dedans. Ceux qui vivaient là, ils se cramponnaient, vous comprenez, comme des naufragés sur un radeau qui prend l’eau qu’on colmatait au système D. On s’arrangeait, fallait bien.

Et puis ça a recommencé. Et puis ça s’est arrêté. C’est quand on a compris, quand tout était fini, que tout a commencé. Les trois mortes, c’est sûr, elles n’étaient pas inventées. Alors, enfer ou paradis, j’ai plus douté.

Mon ressenti

Le Crépuscule des Gueux est un polar sans en être vraiment un, un vrai roman noir, et surtout un bouquin truculent et plein d’humanité. Un roman qui nous narre une tranche de vie :

  • des laissés pour compte sur qui il faut pourtant compter,
  • des affligés qui vivent dans notre affligeante indifférence,
  • des cloportes qui vivent à nos portes,
  • des bélîtres qu’on imagine uniquement se noyer dans leurs litres,
  • des claque-faim qui surfent dangereusement avec le clap de fin,
  • des parias de Paris (ou d’ailleurs),
  • des traîne-misère qui traînent leurs savates à deux pas de chez nous,
  • des pouilleux, dépouillés de leur dignité,
  • des va-nu-pieds qui sont tout sauf des va-t-en-guerre,
  • des êtres humains surtout…

Certains écrivains du siècle dernier étaient payés à la ligne. Si Hervé Sard était payé pour chaque bon mot, il serait millionnaire.

L’auteur nous conte un bout d’histoire de ces femmes et de ces hommes laissés au bord de la voie (ferrée), dans un roman qui ne tombe jamais dans le misérabilisme. Il nous colle la tête dans la vase, mais il écrase les stéréotypes du talon. Oui, ses personnages sont en marge de la société et pourtant il semblent (ils sont ?) plus heureux que beaucoup d’entre nous.

N’allez pas croire que ce roman n’est qu’une charge contre l’indifférence, loin de là ! C’est un vrai roman noir, un polar qui nous colle aux basques d’un duo (trio ?) d’enquêteurs hauts en couleur. C’est une enquête en marge de ce sujet sensible, avec une vraie idée originale à la base (même s’il elle aurait mérité d’être davantage exploitée).

Un récit qui fait la part belle aux personnages, tous plus étonnants les uns que les autres, tantôt émouvants, drôles, énervants, mais surtout vivants. Le genre de tronches qui ne passent pas inaperçues, le genre de caractères marqués vraiment marquants. Des accidentés de la vie, pour plein de bonnes ou de mauvaises raisons (ou le parfait exemple qu’un mal de toi peut aboutir à un mal de toit).

Et puis il a (surtout, oh oui surtout) cette plume magnifique, expressive, drôle, virulente, vitupérante, poétique, créative, décalée… Une écriture vraiment unique, bien mise au service de cette histoire où l’intrigue n’est pas l’essentiel, mais qui met admirablement en lumière les différents points de vie de ces « héros » du quotidien.

Une belle façon de prendre son pied de lecteur tout en le prenant (le dit pied) dans la tronche, avec ce qui n’est rien de moins qu’un scandale national.

Magnifiques miséreux que nous dépeint Hervé Sard, magnifique roman qui ne laissera personne de marbre. Un beau divertissement d’utilité publique.

Sortie :

Éditions Krakoen – 2011

Éditions Après la lune – 24 octobre 2013

Notes (sur 5) :

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥

Psychologie des personnages : ♥♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥♥

Émotion : ♥♥♥♥ 

Note générale : ♥♥♥♥ 



Catégories :Littérature

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38 réponses

  1. Belle chronique,pour un superbe livre.Comme toi,j’ai reçu un coup de pied dans la tronche en prenant mon pied 🙂

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      Exactement Betty 😉
      Merci pour ton gentil commentaire !
      Un bouquin à mettre entre toutes les mains, pour plein de raisons !

  2. Un livre qui m’a profondément marqué moi aussi! MERCI pour cette superbe chronique! Et ravie de t’avoir offert cette petite merveille!

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      sur ce coup c’est à moi de remercier ! Sans toi, je passais à coté d’un bouquin pareil ! Mille mercis !

  3. Non, mais là, il va falloir arrêter de nous faire de si belle chroniques…..Rien que de la lire, tu baves déjà devant le bouquin et mon ordi aurait tendance à aller acheter le livre tout seul tellement cela donne envie…
    Ca y est, je suis encore contaminée, un de plus sur ma longue liste ( c’est drôle, mais depuis que je te lis, il me faut carrément un cahier pour noter tout ce que je veux lire et ma bibliothèque est remplie à moitié de livres qui m’attendent)…. J’ai qu’une vie moi, hein, comment je vais faire…
    En tout cas, un beau moment cette lecture de chronique… Merci…

    • il faut vraiment découvrir la plume, l’humanisme, la poésie et l’humour d’Hervé Sard, Muriel !

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      ahah Merci Muriel !
      Il va falloir inventer des ordinateurs étanches et qui ne passent pas de commandes dans ton dos (quoi que ça fait de jolies surprises dans la boite aux lettres)
      Merci, merci à toi !

    • J’entre en rébellion avec Muriel, moi !! Faut arrêter, Yvan, tu exagères !!

      • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

        Ben j’arrête ! (1 jour sur 2) 😉

        • J’étais pas en forme hier, j’ai échappé à « apnée noire », nananinanère…

          Mince, j’y vais pas échapper ce soir… « maman, sauve-moi !! je vais encore dépenser tout mes sousous » 😀

  4. Oui oui oui je dis oui!!! Après avoir lu et fortement apprécié ta chronique qui me fait un effet boeuf, je note ce livre de suite!! Ta chronique est juste sublime!!!

    • Ce livre regroupe tout ce que tu aimes ma Foumette …… je te le conseille vivement !

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      Pfff tu es toujours si gentille que je ne peux que te dire merci encore et d’essayer de te plonger dans l’univers de Sard

      • Je suis pas gentille moi….je suis sincère et je trouve que tu es trop doué!!! Euh…me plonger..euh…pas trop envie d’avoir « une apnée noire » moi ahahahahah

        • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

          va pas commencer à mélanger les titres et les romans 😉

  5. Alors celui-là, je suis complètement passé à côté, et j’ai l’impression que c’est très très dommage. Merci Yvan pour le coup de projecteur, et bravo pour cette chronique superbement écrite ! On sent que tu as aimé le livre et que tu t’es régalé à en parler, ça donne vraiment envie de s’y plonger.

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      Je me suis régalé c’est le mot ! Et j’ai voulu régaler en rendant hommage de mon mieux à cette plume étonnante
      Merci pour ce commentaire !

  6. Comme de coutume, une chronique super bien écrite. Je suis en admiration devant ta faculté à transmettre tes émotions de lecture. Tu as vraiment le chic pour nous donner envie… Encore un à noter sur mon petit carnet…

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      Tu sais que venant de toi, c’est un compliment qui me touche.
      J’essaye à mon humble niveau de rendre hommage aux livres que je lis et pour Sard c’était important pour moi de soigner la forme et le fond

  7. Hervé Sard est pour moi une belle découverte de l’année 2013 (merci Valérie S), je suis ravie Yvan que tu ne sois pas passé à côté. Et en plus tu as beaucoup apprécié. Merci pour ta chronique.

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      moi aussi je suis sacrément ravi de cette découverte, de cette plume étonnante et de ce bon coup de pied aux fesses (même si j’en avais pas spécialement besoin)

  8. Déjà lu & tant aimé à l’époque ! Superbe chronique Yvan !

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      suis-je étonné de savoir que tu as aimé ce bouquin ? Pas l’ombre d’une seconde 😉
      Merci pour le compliment, je sais que tu es sincère 😉

  9. Yvan, je ne te salue point ! 👿
    Là, tu exagères, moi qui avait décidé de résister à ce livre, voilà que tes mots deviennent mes maux et je me sens des envies de prendre mon pied littéraire tout en le prenant dans mon pauvre petit cul qui en a pris un peu trop ces derniers temps… non, pas des orgasmes dans mon cul, mais des coups de pied ! 😳

    Bon, je mets un 5/5 pour la grosse nique et les jeux de mots du haut qui m’ont émerveillé. On sent que tu l’as aimé, ce livre…

    – La carte Visa !! Où tu vas, Visa ?? Non, non, non, on ne passe pas commande sans que je ne le décide ! 😀 Cartes bancaires, aux pieds ! intenables, ces cartes ! Je peux bien aller au salon du livre sans aucune cartes dans mes poches !!!

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      ce bouquin m’a donné des ailes, j’ai eu un mal fou à écrire ma chronique et pouf un jour c’est venu d’un traite 😉
      Merci pour tes compliments, mais ce livre et cet auteur valaient bien quelques tentatives de jeux de mots.
      Désolé ! 😉
      C’est fou ces cartes douées d’une vie qui leur est propre ! 😉

      • Fou, oui, en fait, c’est comme les personnages d’un roman, on ne sait pas ce qu’ils font dedans lorsque l’auteur n’est pas là… Ils ont leur vie propre ! 😀

        Moi aussi j’ai un mal fou à faire ma chronique de Reflex parce que je ne dois pas en dire trop, mais en dire assez que pour lui rendre justice ! Je vais me tâter aussi et qui sait ce que je vais pouvoir traire de mon cerveau ! 😀

        • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

          j’ai une confiance aveugle dans ce que tu vas nous pondre !
          cot cot

          • J’ai toujours pas pondu un truc qui me plaise, alors, toujours au brouillon sur mon carnet !

            Je suis constipée de la chronique, tiens ! 😀 Pas envie de la foirer, de trop divulguer, de pas en dire assez, de pas faire passer mes émotions…

            • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

              ahah Impayable que tu es !
              Bon je suis rassuré, tu n’es plus constipée 😉

              • Nan, le paquet « chronique » est sorti ! J’ai poussé et ça est venu 😀

                • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

                  Poussez fort, Madame ! 😉

                  • Respirer ! Poussez ! Oh, on voit la tête ! Mais c’est une grosse chronique, là, madame, que vous nous faites ! Quelques kilos de mots, même 😀

                    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

                      😉

  10. Un mal de toi qui peut aboutir à un mal de toit…une bien jolie phrase qui ouvre un bien triste débat. Domi m’avait déjà donné envie de lire ce livre, voilà qu’une coalition d’amoureux alsacien vient de me convaincre 🙂

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      A deux on est plus fort 😉
      Le livre tout entier lance le débat (mais ce n’est pas que ça, loin de là)

  11. Black Kat – Ni O-, ni A- ... juste mon sang artistique, passionnément livresque...

    Je suis interpellée par ce bouquin… pas top convaincue pourtant… 😉

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      c’est différent de mes lectures habituelles aussi, mais quelle merveilleuse plume, j’ai adoré !

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