Marcus Malte – Les harmoniques

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Une voiture quitte les rives de l’océan pour Paris à travers la nuit et des nappes de jazz qui s’échappent d’un autoradio.

A son bord, deux hommes. Mister est un pianiste de jazz. Un black amoureux de Trane et de Lady Day. Bob, son complice, son frère de coeur, est un ancien prof de philo reconverti en chauffeur de taxi. Encore plus que Monk ou Getz, lui vénère les classiques grecs et Schopenhauer. Les deux hommes foncent vers la capitale mus par l’obsession de Mister : Vera, une jeune femme qu’il a récemment rencontrée, vient d’être retrouvée morte, brûlée vive.

Les coupables ont été arrêtés sur le champ, mais Mister ne croit pas à la version officielle. Il décide de mener sa propre enquête. Ses questions et sa curiosité vont les amener à lever le voile sur une histoire qu’il aurait mieux valu garder secrète, et à côtoyer une faune peu recommandable.

Mon avis

La trame générale est connue. Le récit aurait pu en être banal, mais c’est sans compter sur Marcus Malte qui propose, telle une ré-orchestration d’un air familier, une partition de haut vol.

Tout d’abord un contexte, bien plus profond que ne laisserait l’imaginer l’introduction, prenant son inspiration dans les pires moments de l’histoire récente de notre continent.

Un duo de choc ensuite, un chauffeur de taxi sans client qui accompagne son ami, pianiste de jazz non violent (à l’opposé du récit, qui lui l’est). Deux personnages assez extraordinaires.

Malte dirige avec maestria tout ce petit monde, ponctuant son récit de morceaux de jazz (pas besoin d’être amateur de genre pour lire le livre, à mon sens, simplement avoir une petite sensibilité musicale).

L’auteur imprime le tempo, claque le timing de ses doigts dans cette histoire d’un pianiste écoutant sa petite mélodie intérieure, en quête de vérité, pour se retrouver confronté à une histoire qui le dépasse.

Parce que Malte est un grand écrivain, sans aucune contestation ! Son écriture est pleine de verve, touchante, sachant être tantôt dure, tantôt irrésistiblement drôle.

Il alterne scènes éprouvantes avec des envolées quasi lyriques, et scènes drolatiques qui font retomber la pression ( ah cette scène d’anthologie du champs de patates, en milieu de roman).

Malte intègre parfaitement la musique à son récit, jazz et blues qui savent transformer souffrance en beauté, ténèbres en lumière.

Marcus Malte, un pro de la (fausse) impro, pour un récit qui reste à l’esprit, une fois la dernière note jouée, justifiant parfaitement le titre du roman.

Publication française : 2011

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥♥ 1/2

Qualité de l’écriture : ♥♥♥♥

Émotion : ♥♥♥♥ 1/2

Note générale : ♥♥♥♥ 1/2

L’auteur :

201101081832_zoomAprès un Bac littéraire, Marcus Malte (Marc Martiniani) passe un CAP de projectionniste et obtient une Licence d’études cinématographiques. Puis il devient musicien de rock, de jazz  et projectionniste avant de se consacrer finalement à la littérature.

Le premier roman de Marcus Malte, « Le Doigt d’Horace », est publié en 1996 au Fleuve Noir. 

Il publie en 2007 chez Zulma « Garden of Love ». Le livre est distingué par de nombreux prix littéraires.

Excellent présentation de l’auteur par lui-même sur le site de l’éditeur Zulma



Catégories :Littérature

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13 réponses

  1. Jamais entendu parler du roman ou de l’auteur mais tu titilles ma curiosité !

  2. un livre que j’ai bien apprécié également, ainsi que la playlist qui l’accompagne, bon dimanche!

  3. Il est dans ma PAL. Ce doit être le seul « Marcus Malte » que je n’ai pas encore lu. Ton article me donne envie de m’y plonger prochainement.

  4. Mon premier Malte et sûrement pas le dernier. Très beau billet.
    Nous avons abordé notre critique par un côté différent, cela les rend complémentaires, je trouve. J’espère qu’elles donneront l’envie de lire ce bon roman noir.

  5. Bonjour Yvan,
    Nous devons, au moins en partie, avoir les mêmes goûts de lecture. Marcus Malte est un auteur que j’aime énormément. Il nous concocte des histoires hors du commun, des histoires extraordinaires solidement ancrées dans la réalité. Souvent drôles et tragiques en même temps. Et puis, il a cette faculté à doter ses personnages d’une énorme sensibilité. Un grand monsieur pour des livres hors du temps. « Les harmoniques » est un livre que l’on peut à coup sûr relire. Amitiés. Jean.
    PS: très belle chronique car il n’est pas facile de parler de ce livre, j’en suis bien conscient.

    • merci Jean !
      Toi même tu parles parfaitement bien ce que qu’on peut ressentir à la lecture d’un roman de Malte.
      Tu as raison d’insister sur sa sensibilité, même si ses histoires sont dures.
      Oui c’est un grand Monsieur ce Marcus Malte, indispensable à lire si on aime les romans noirs

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