Pages après pages : Derek Van Arman – Il

Je vais tenter un nouveau type de chronique, en couchant ici, tout au long de ma lecture, les impressions que me procurent un livre (sans pour autant en dévoiler l’intrigue).

« Il » de Derek Van Arman s’y prête tout particulièrement par sa taille et son environnement.

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Le contexte :

Le livre est présenté par son éditeur Sonatine, comme le chef-d’œuvre inconnu du roman de serial killer.

Ce roman, paru en 1992 aux États-Unis, a valu des gros soucis à l’auteur. Devant le réalisme des méthodes d’investigation de la police, le romancier a été mis en examen par le FBI pour qu’il livre ses sources jugées trop proches de la réalité.

Ce livre reste le seul écrit de l’auteur et, du fait des problèmes judiciaires rencontrés, est resté inédit en France jusqu’en 2013.

Un contexte sulfureux qui apporte à cette parution une publicité et un éclairage particulier.

L’objet :

Le livre est un pavé de 765 pages, inhabituel pour ce genre de récit. Il pèse son poids.

Comme toujours chez Sonatine, la couverture est superbe, à la fois sobre et luxueuse.

Petit énervement, avant même d’ouvrir le livre : pourquoi ne pas avoir traduit littéralement le titre original « just killing time » ? Le titre français est racoleur et j’ai du mal avec le fait de ne pas respecter le choix de l’auteur pour son titre.

 La lecture, étape par étape :

– Jeudi 07 février 2013, jour de sortie du livre en librairie et début de ma lecture :

Le livre venant tout juste de sortir, je suis vierge de tout avis extérieur.

Impression du jour : intrigué.

82 pages lues, une écriture plutôt riche, assez descriptive.

Les premiers chapitres sont classiques. Il est important de ne pas oublier le contexte dans lequel a été écrit le livre et le fait que le livre a été publié en 1992. Sentiment un peu bizarre de lire des chapitres se déroulant dans le World Trade Center…

L’introduction du « chasseur » de serial killer (je ne sais pas si le terme « profiler » existait à l’époque) est tout bonnement scotchante. Les premières explications sur le phénomène des serial killers (chiffres à l’appui) sont étonnantes et passionnantes.

– vendredi 08 février 2013 :

Impression du jour : attentif.

De la page 83 à la page 193.

Le récit me fait un peu penser, par son rythme, aux histoires que proposait Thomas Harris. Le rythme n’est pas enlevé, c’est assez lent, mais il convient bien au bouquin (et à sa taille).

Les personnages prennent corps, principalement du coté des « forces du bien ». Le chasseur de serial killer n’est pas caricatural (personnage assez âgé, plein d’expérience), le deuxième est plus énigmatique pour le moment.

Du fait de l’ancienneté du récit, certains petits passages sonnent un peu caduc (la description des ordinateurs), mais la plupart du temps l’age du roman passe totalement inaperçu.

– samedi 09 février 2013 :

Impression du jour : concentré.

De la page 194 à la page 255.

L’histoire est sordide, bien sûr, mais l’auteur à fait le choix de ne pas tomber dans la surenchère d’horreur.

L’enquête prend de l’épaisseur. Le rythme est toujours lent. Trop lent ? Juste la vitesse qu’il faut ? Trop tôt pour le dire (je ne suis qu’à peine au tiers de ce gros roman).

– dimanche 10 février 2013 :

Impression du jour : début d’impatience.

De la page 256 à la page 398.

Le rythme est toujours assez lent, nous sommes dans un polar à ambiance, un peu à la manière des écrits de R.J. Ellory (les envolées lyriques en moins).

Certains passages sont tout bonnement passionnant, d’autres me paraissent plus dispensable.

On commence à bien comprendre pourquoi l’auteur a pu avoir maille à partir avec le FBI, certains procédés d’investigation sont en effet décrits dans le détail.

– lundi 12 février 2013 :

Impression du jour : interrogatif.

De la page 399 à la page 519.

Le plus intéressant dans ce roman concerne clairement les techniques d’investigation qui sont décrites avec force détails. On sent clairement que l’auteur a fait un gros travail de recherche.

L’auteur nous propose un certain nombre de rebondissements, amenés avec douceur, parfois dans un style assez bavard.

L’enquête avance toujours lentement et je me demande comment elle arrivera à progresser vers son final.

– mardi 12 février 2013 :

Impressions du jour : émotion et surprise.

De la page 399 à la page 650.

Le roman prend un tour assez inattendu, le tout toujours largement vu du coté de l’enquête, qui se déploie tout azimut. Le thème est plus profond qu’on n’aurait pu le supposer.

Vu la tournure prise par le récit, je pense de plus en plus que le titre français n’est pas adapté à l’intrigue.

Certaines scènes de ces quelques pages sont émotionnellement fortes, même si le style reste assez bavard.

– mercredi 13 février 2013 :

Impression du jour : tendu.

De la page 651 à la page 765 (fin).

Quelle tension !

Le roman se termine en apothéose, tranchant avec le rythme assez lent du ventre mou du récit. Les pièces du puzzle s’assemblent pour mieux exploser, déversant ses shrapnels tout alentour.

Un bon final, long, tendu et émouvant.

La conclusion :

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥♥

Émotion : ♥♥♥

Note générale : ♥♥♥

Évacuons les deux sujets tout de suite :

– non, ce n’est pas le thriller du siècle et il ne révolutionne pas le genre. Replacé dans le contexte de 1992, on peut cependant penser qu’il apportait un regard assez neuf à l’époque.

– le titre ne me semble définitivement pas adéquat, réducteur par rapport au type de récit proposé.

Ceci étant dit, « Il » est un bon roman, alliant les qualités d’un thriller à certains moments (dont le final), aux qualités du polar par sa volonté d’approfondir les sujets et les caractères (sur 765 pages tout de même !).

Le grand intérêt, même si le roman date, est cette étude psychologiques des serial killers dits « ludiques », par le truchement de deux personnages de flics assez formidables.

Van Arman prend son temps, sait garder la mesure et ne tombe pas dans la surenchère gratuite (malgré les sujets douloureux), c’est intelligent de sa part. Cette façon de procéder me fait penser aux romans de R.J. Ellory.

L’histoire en elle même n’est pas qu’un simple récit de tueur en série, elle est plus profonde, s’ancrant dans l’histoire du pays.

Bon, le bouquin n’est pas sans défaut à mon humble avis, je l’ai trouvé parfois trop volubile et de qualité inégale. L’écriture de l’auteur, tantôt très descriptive, tantôt émouvante, est parfois un peu lourde.

Ce n’est qu’un défaut mineur qui ne doit pas empêcher le lecteur, cherchant à se plonger profondément dans un récit solide, de se lancer dans l’aventure.

A lire l’interview (c’est un scoop) de Derek Van Arman sur le site de l’Express.

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(Photo de Derek Van Arman en 1992, au moment de la sortie de Just Killing Time)



Catégories :Littérature

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24 réponses

  1. La démarche est originale 🙂

  2. Je trouve ça intéressant comme chronique !
    Les éditions Sonatine proposent toujours des romans originaux, j’aime bien leurs parutions

    • Les éditions Sonatine sont, pour moi, très au dessus du lot. Mes romans préférés récents font partie de leur catalogue (Gillian Flynn, Paul Cleave, Zoran Drvenkar, R.J. Ellory…). Les romans sont presque toujours de grande qualité, j’espère que celui-là tiendra ses promesses

  3. Ca me semble prometteur… Je vais guetter les rayons de la librairie 🙂

  4. j’aime bien ton idée de chronique. Bravo pour l’originalité

  5. Hé, original cette manière de faire !

    Mais je hurle à la cochonceté sur cette page : tu utilises les mots « en couchant ici » et si des enfants regardent ??

    « Vierge » là, laisse-moi rire !

    Mes yeux chastes sont aveugles depuis la lecture de cette page !

    Merde, je sens que je vais ajouter ce foutu livre sur ma Wishlist et que Flynn va suivre, celle qui fait partie de ton tag !

    Enfer et damnation !

  6. Bon, je ne vais pas la rater, cette Flynn !!

    Mais toi non plus je ne t’ai pas raté mon p’tit père et je t’ai taggé, sans vergogne :
    http://thecanniballecteur.wordpress.com/2013/02/11/tag-de-livres/

    A ton clavier !

    • Alors là c’est petit, tout petit ! Je suis chez moi groggy avec la grippe (la vraie) et toi tu en profites lâchement !
      Bon ok, ptet que la fièvre m’aidera à rédiger ça demain 😉

  7. Très intéressant de voir toutes les impressions au long du roman, je valide 😉

  8. Ca y est il est dans mon Stock à Lire en version numérique, ici les bouquins arrivent avec un décalage de près d’un mois… Dur dur pour le lecteur compulsif que je suis.
    Ta conclusion me fait penser à Au-Delà Du Mal de Shane Stevens, un concept intéressant, un bon thriller mais pas une révolution… Sauf en le replaçant dans son époque 🙂

    • Bon ben je reste dans mon froid glacial alors, je tiens à mes bouquins papier ;-).
      Oui, les 2 livres se rapprochent en ce sens, même si j’ai largement préféré « il », l’écriture de l’autre était trop clinique pour moi

  9. je l’ai acheté aussi, attirée par l’éditeur bien sûr et par le titre !
    on verra bien 🙂

  10. Bonjour,
    Je lis que tu as mis un article sur ce livre et m’en suis allée dévorer tes commentaires.
    Lors de sa sortie, je l’ai directement acheté et lu sur ma tablette numérique, vu le pavé que cela représentait. Et puis je n’ai plus de place etc…etc…
    Bref, le titre en effet m’a aussi vraiment étonnée, car pour moi ne représente rien. Dommage. Même si le livre « traîne » au début, je me suis délectée de ce que l’auteur en a fait dans cette étude très minutieuse dans la plongée du « Mal ». Même si l’écrit date de 1992, je l’ai placé dans son contexte et puis tant pis. Si nous devions proscrire tous les auteurs qui ont écrit et qui sont morts que ferions nous ? 😀 Ceci à titre d’humour avec le sourire.
    J’ai trouvé amusant que tu mettes ainsi par journée tes idées car c’est exactement cela. D’ailleurs, comme il y était question de pas mal de quartiers qui revenaient et que je ne connaissais pas, je me suis amusée sur Google Earth à chercher ces endroits décrits dans le livre. Et j’y suis allée en découvertes géographiques. Comme quoi, j’ai mieux visualisé ces endroits tant de fois décrits dans les récits ou polars noirs, thrillers américains de ces lieux tellement de fois décrits. Je l’ai lu également en quelques jours, car je voulais savoir. Le début est fort descriptif, mais donne l’ambiance et doit être voulu par l’auteur. Il peut donner envie à refermer le livre. Et puis en rentrant réellement dans le vif du sujet ou des sujets, j’ai trouvé génial, l’angle d’écriture. Pour moi, c’est un auteur qui aurait dû avoir le mérite d’être mieux distribué. Son épaisseur a sans doute, détourné quelques lecteurs devant un pavé de plus de 700 pages. Mais c’est la quatrième de couverture qui m’a principalement attirée. Quelque chose qui a été interdit, cela ne pouvait que m’accrocher. Merci pour ton partage intelligent. Je me dis parfois que je devrais le relire 😀
    Je n’ai eu aucun regret, mais aucun.
    Amicalement
    Geneviève

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